Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

Recherche

l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

14 septembre 2013 6 14 /09 /septembre /2013 23:01

 

Tito Topin, Des rats et des hommes

Tito Topin, Des rats et des hommes, Éditions Payot & Rivages, 2011

Le titre s'inspire du roman de John Steinbeck, Of Mice and Men, Des souris et des hommes, dont nous parlerons prochainement.

 

« Dieu est le silence de l'univers, et l'homme le cri qui donne sens à ce silence. »

José Saramago

 

En tête du cortège, ils évoluent en sarouel vert retenu à la taille par un cordon torsadé de la même couleur, le torse nu, les épaules ondulantes, la tête recouverte d'une cagoule noire zébrée de rouge avec deux fentes en amande pour les yeux et ils se flagellent le dos sur un rythme d'une lenteur tragique.

[…]

Derrière eux, coule et roule une houle de lourds crucifix de métal plantés sur des palanches en bois de chêne, chacune d'elles épaulée par douze gaillards vêtus de rouge et de blanc.

[…]

Vient ensuite le flot de drapeaux rouges.

[…]

Suivent des cris des imprécations des galopades pour chasser du cortège une putain égarée […]. L'incident terminé, les portraits géants du fondateur de la scientologie sont hissés haut par des fanatiques […]. Lui succèdent les drapeaux noirs de l'anarchie et le martèlement à pleins gosiers des ni Dieu ni maître où il est asséné qu'il n'est ni grand ni petit mais qu'il n'est pas et qu'il n'a jamais été et qu'il ne sera jamais, bientôt recouvert par les mugissements et les cris dénués de raison d'une secte inconnue brandissant des croix orthodoxes en vulgaire contreplaqué avec un christ femelle punaisé tête en bas […] et puis voilà qu'avancent en rangs serrés les Guerriers de la Pauvreté […]. Ce sont ensuite les déhanchés de la Guilde des Pygolâtres […]. Les androphobes ne portent pas de tenue particulière, elles ont refusé celle que proposait la direction mondiale des gays, elles chantent, elles postillonnent, elles dansent et s'embrassent sur les airs de Dalida que diffusent d'immenses haut-parleurs juchés sur un char en forme de godemiché […]. La voix de la diva du disco se mêle aux psalmodies ânonnées par de pâles barbus coiffés d'épais bonnets d'astrakan d'où pendouillent deux tortillons noirs de chaque côté du visage.

[…]

Leurs lamentations sont couvertes à présent par les pétarades des Road Saints, casqués, corsetés, bottés sur leur machine de chrome d'où jaillissent des fanions noirs figurant la face d'un christ auréolée de Co2. Et d'autres chants brouillons s'élèvent et se chevauchent en queue de cortège, ceux des derviches tourneurs aux longs bonnets rouges et ceux des confréries chrétiennes aux limites de l'extase et aussi les braillements des mormons gris et les pleurs des adventistes du septième jour et les cris farouches des sunnites accompagnés à la darbouka et ceux des pentecôtistes et ceux des bonzes safranés et des shamanistes à clochettes affichant l'effigie dodue du Dalaï-Lama et ceux des bouddhistes anémiés et ceux des animistes boudinés brandissant des totems polychromes et ceux des gnaouas bondissant au rythme des crotales de fer et tous réclament le retour du Seigneur pour mettre fin à leur douleur.

 

Dans un décor apocalyptique et pourtant réaliste, on manifeste, Kubitschek regarde depuis sa fenêtre.

On ne ramasse plus les ordures, Paris est paralysé, les immondices s'entassent jusqu'au premier étage des maisons, on creuse des tunnels pour rentrer chez soi, certains mettent le feu aux poubelles, un feu qui gagne les constructions, les rats prolifèrent.

Des rats, et des hommes qui sont encore plus nuisibles que les rats.

 

Kubitschek est à l'aise, côté finances, il fréquente encore les cercles de jeu, il gagne, jusqu'à ce qu'il soit pris dans un braquage, des braqueurs masqués, mais il a reconnu une voix, un nuisible de longue date. Il faut dératiser.

 

Kubitschek fait le ménage, les nuisibles, ses deux enfants, les méchants en général. Il a peut-être un cancer, plus rien à perdre, et quand Kubitschek fâché... lui toujours faire ainsi.

 

Rentré chez lui, Kubitschek envoie Farida, la fidèle servante, et Olga, la prostituée recueillie, en promenade, il allume une bougie, ouvre le gaz et quitte la maison, son fils et sa fille endormis dans leur couche incestueuse. Tout saute !

 

Kubitschek est maintenant au salon de coiffure où il a ses habitudes.

 

Ce roman est un drame musical, on y entend... écoutez !

 

 

Django Reinhardt & Stéphane Grappelli, Minor swing, 1937

 

 

Artie Shaw, Sometimes I feel like a motherless child, ca 1940

 

 

Arthur Dooley Wilson, As time goes by, Sam in Casablanca, 1942

 

 

Ben Sidran, Language of the blues, 2005


 

Et il n'y aura aucun survivant, ni dans le camp des perdants, ni dans le camp des gagnants.

 

 

Noir Désir, Gagnants-Perdants, 2008

 

Tu voulais savoir ce que je fais ? Tu me demandes tous les jours à quoi je sers, quel sens je donne à ma vie ? Je viens de te l'expliquer, j'ai envie de secouer cette putain de société avant qu'elle envoie des millions de gens à la casse.

Cette société fabrique des jeunes crétins à la pelle et les jeunes crétins font de bons martyrs mais ne me raconte pas de belles histoires pour endormir les connards, tu as toujours été un pervers.

 

Partager cet article

Repost 0
Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
commenter cet article

commentaires

yueyin 17/09/2013 20:29


eu là je ne suis pas sûre, un peu dur pour mon petit coeur tout mou non ?

Lou de Libellus 18/09/2013 06:04



 


C'est plutôt une question d'estomac. Quand on supporte la Saguenayenne, le barbecue de rats est une tendresse : - )


 



des pas perdus 17/09/2013 17:50


Décodément, je vais finir par croire que tu es subventionné par le lobby des libraires ! Ceci dit ton billet met l'eau à la bouche.

Lou de Libellus 17/09/2013 18:52



 


Le rat, bien cuisiné, est agréablement comestible. Sous l'Occupation, il n'y avait plus de rats à Paris. Dans une abbaye dont on tait le nom, le moine dolcinien en faisait une gourmandise ('Le
nom de la rose'). Et il y a des artistes qui mangent leur manuscrit, à mille feuilles (Raymond Devos).


 



 


 
Handicap International

un clic sur les images