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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 23:01

 

Toni Morrison, Home

Toni Morrison, Home, Traduit de l'anglais (États-Unis) par Christine Laferrière, Christian Bourgois éditeur, 2012

 

Toni Morrison

Toni Morrison © Henry Leutwyler pour Télérama

 

Lotus, Géorgie.

Ils se sont dressés comme des hommes.

[…]

Je ne me souvenais que des chevaux. Ils étaient tellement beaux. Tellement brutaux. Et ils se sont dressés comme des hommes.

 

Toni Morrison écrit, dit-elle, pour répondre à une question qui lui vient à l'esprit.

Les années '50 sont encore perçues comme un âge d'or : économie prospère, comédies légères, que du miel !

En réalité, la guerre de Corée, le maccarthysme, la ségrégation contre les Noirs, dont certains font par ailleurs office de cobayes humains pour des expérimentations médicales auxquelles je fais référence dans le roman... Cette époque, dont l'Amérique se souvient comme étant incarnée par Doris Day, est en fait un moment de grande souffrance pour beaucoup de gens.

Propos recueillis par Nathalie Crom, Télérama n° 3267, 22 août 2012

 

Home est un roman à deux voix : le narrateur et le personnage principal, Frank Money, qui ouvre le récit et le conclut.

 

La question : comment devient-on un être humain ?

 

Toni Morrison est professeur de littérature, elle a exercé notamment à l'université de Princeton, jusqu'en 2006.

 

Respirer. Comment y parvenir de sorte que personne ne sache qu'il était éveillé.

 

Frank Money se souvient : vingt ans plus tôt – il avait quatre ans, les habitants de quinze maisons avaient reçu pour ordre d'abandonner leur petit quartier en bordure de la ville. L'un d'eux est resté sur le seuil de sa maison. Il a été lynché.

 

Lawrence Beitler, Lynchage, 1930 555

Lawrence Beitler, Lynchage, 1930

 

Frank s'évade de l'hôpital, de l'asile où il a été conduit, menotté, par la police. Il va nu-pieds. Arrivé au presbytère de l'église épiscopale méthodiste de Sion, il frappe à la porte. Le révérend John Locke lui ouvre.

 

« Je m'appelle Locke, révérend John Locke. Et vous ?

_ Frank, monsieur. Frank Money.

_ Vous venez du bout de la rue ? De cet hôpital ? »

[…]

« Asseyez-vous, dit-il, puis il ajouta en secouant la tête : Vous avez de la chance, monsieur Money. Ils vendent beaucoup de corps, là-bas.

_ De corps ? »

[…]

« Eh oui. A l'école de médecine.

_ Ils vendent des cadavres ? Pour quoi faire ?

_ Eh bien, vous savez, les médecins ont besoin de travailler sur les pauvres qui sont morts pour pouvoir aider les riches qui sont en vie. »

 

Frank est un ancien combattant.

Le révérend :

« Une armée où les Noirs ont été intégrés, c'est le malheur intégré. Vous allez tous au combat, vous rentrez, on vous traite comme des chiens. Enfin presque. Les chiens, on les traite mieux. »

 

Frank veut retourner en Géorgie, dans son pays. Le révérend paie son billet d'autocar jusqu'à Portland, où il le confie au révérend Jessie Maynard, pasteur d'une église baptiste, qui l'aidera à poursuivre son voyage. Le pasteur fait la charité sans le cœur, il est riche, on voit son Oldsmobile Rocket 98 garée derrière la maison.

 

Oldsmobile Rocket 98, 1953 555

Oldsmobile Rocket 98, 1951-1953

 

Les prisonniers de guerre, en Corée, ont été libérés en avril et juillet 1953.

 

Frank pense à Lily, son amour. Sans elle, il a des images de cauchemar. Mike et Stuff, tombés près de lui. Et la fille. Qu'a-t-elle donc fait pour mériter ce qui lui est arrivé ?

 

Huỳnh Công Út, Kim Phuc, Trang Bang, Sud-Vietnam, 8 jui

Huỳnh Công Út, Trang Bang, Sud-Vietnam, 8 juin 1972

Kim Phuc a 9 ans quand un avion sud-vietnamien largue sur son village des bombes au napalm.

 

« Watson. Billy Watson. » Il lui tendit la main.

« Frank Money.

_ Tu viens d'où, Frank ?

_ Ah, mon vieux. La Corée, le Kentucky, San Diego, Seattle, la Géorgie. Tu dis un lieu, j'en viens. »

 

Thomas, le fils de Billy et d'Arlene, a un bras mort.

« Un flic en voiture, dit-il. Le petit avait un pistolet à amorces. Huit ans, il courait d'un bout à l'autre du trottoir en pointant son jouet.

[…]

_ Tu ne peux pas tirer sur un gamin comme ça, dit Frank.

_ Les flics tirent sur tout ce qu'ils veulent. »

 

Lotus, Géorgie, est le pire endroit du monde, pire que n'importe quel champ de bataille.

[…]

La Corée.

Vous ne pouvez pas l'imaginer parce que vous n'y étiez pas.

 

Près de Chattanooga, le train s'est arrêté, une panne. Le haut-parleur grésillant d'une radio fait entendre Bing Crosby.

 

 

Frank retrouve sa sœur,

 

Cee m'a touché l'épaule.

Légèrement.

Frank ?

Oui ?

Viens, mon frère. On rentre à la maison.

 

* * *

 

Remerciements à Yueyin, qui nous a offert ce très beau roman, sombre, nécessaire.

 

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Lou de Libellus Lou de Libellus - dans de litterrance
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commentaires

Lou 07/04/2013 13:01


 


Yueyin a de bonnes lectures, toi aussi ; - )


 

Theoma 06/04/2013 17:54


Une grande auteure, une grande dame.

 


 
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