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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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29 octobre 2013 2 29 /10 /octobre /2013 00:01

 

Walter M. Miller Jr., Un cantique pour Leibowitz

Walter M. Miller Jr., Un cantique pour Leibowitz, 1960 – Éditions Denoël, coll. Présence du futur, 1961, Éditions Gallimard, coll. Folio SF, traduction révisée par Thomas Day, 2001

 

Walter Michael Miller, Jr.

Walter Michael Miller, Jr. – Portrait en frontispice du recueil The Science Fiction Stories of Walter M. Miller, Jr., Gregg Press Edition, 1978

 

Walter Michael Miller, Jr. est né le 23 janvier 1923 à New Smyrna Beach, en Floride, aux États-Unis. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il a participé, comme ingénieur radio et mitrailleur, à cinquante-trois bombardements en Italie, et en particulier, en 1943, à la destruction de l'abbaye bénédictine de Monte Cassino, le plus ancien monastère de l'Occident. Cet événement a peut-être inspiré sa conversion au catholicisme en 1947 et l'écriture de son roman. Toutefois, sa pratique demeura distante, et sa foi, fragile.

 

« I have speculated that by writing Leibowitz, I inevitably maneuvered my head back into the Church […]. It was an on-again, off-again thing. Finally, I suppose, I tried to define myself in that area by writing Leibowitz. So then I went back to the Church for awhile, but it never really took, I guess. »

David Cowart, Thomas L. Wymer, Walter Miller Jr., Dictionary of Literary Biography : Twentieth-century American science-fiction writers, Gale Research, 1981

 

Vivant à la fin de sa vie en reclus, à l'écart du monde et même de sa famille, hanté par l'angoisse de la page blanche, depuis la publication de son Cantique, rongé par la dépression, après la mort de sa femme, il s'est suicidé d'un coup de fusil le 9 janvier 1996, alors qu'il travaillait à L'Héritage de saint Leibowitz, repris par Terry Bisson.

 

Un cantique pour Leibowitz, son seul roman achevé, a reçu le Hugo Award (en hommage à Hugo Gernsback, fondateur du magazine de science-fiction Amazing Stories) en 1961.

Le roman est composé de trois nouvelles publiées entre 1952 et 1957 dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction. Walter M. Miller a également publié dans ce même magazine, à la même époque, une quarantaine de nouvelles, dont une partie a été éditée en France sous le titre Humanité provisoire.

 

Un cantique pour Leibowitz

 

Vers l'an 1960, une guerre nucléaire mondiale a transformé la terre en un désert émaillé de ruines antiques, parsemé de rares oasis et entrecoupé de bois dans les montagnes. Au temps de la Simplification, la foule des survivants s'est lancée à détruire tout ce qui rappelait l'ancienne civilisation : savants et livres. Isaac Edward Leibowitz semble avoir été un modeste ingénieur en électronique, mort en martyr lors de la Simplification. Après sa béatification, ses disciples ont formé une communauté monastique afin de recueillir et d'étudier avec dévotion, les traces du monde disparu, les Memorabilia. Un ordre monastique s’est alors créé au sein de la nouvelle Église catholique, l'Ordre Albertien de Leibowitz (o.a.l.). Les membres de l'ordre étaient des « contrebandiers en livres » ou des « mémorisateurs », selon la tâche qu'on leur assignait. Les contrebandiers passaient en fraude des livres jusqu'au désert du sud-est. Là ils les enterraient dans des petits tonneaux. Les mémorisateurs, eux, apprenaient par cœur des volumes entiers d'histoire, d'écrits sacrés, de littérature et de sciences.

 

Le récit se déroule en trois temps : la première partie, Fiat homo, se situe au XXVIe siècle, la seconde, Fiat lux, au XXXIIe siècle, la troisième, Fiat voluntas tua, au XXXVIIIe siècle.

 

Fiat homo rapporte l'histoire de frère Francis Gérard de l’Utah (o.a.l.) amené par un pèlerin, un Juif errant, Leibowitz lui-même, peut-être, à découvrir un trésor enfoui des temps anciens, favorisant ainsi la sanctification du bienheureux et le renforcement du prestige de l’ordre au sein de l’Église.

 

Frère Francis Gérard de l'Utah, occupé à observer son jeûne de carême au beau milieu du désert, n'aurait sans doute jamais découvert les documents sacrés sans le pélern en guenilles qui apparut dans la brume de chaleur.

 

Le novice est craintif, il est aussi un peu naïf, un simple, un idiot – peut-être bien au sens premier en grec : unique.

 

La chose qui approchait évoquait les minuscules apparitions engendrées par les démons de la chaleur quand ceux-ci torturaient la terre en plein midi, heure à laquelle toutes les créatures du désert capables de se mouvoir (exception faite des busards et des ermites tel Francis) restaient immobiles dans leurs terriers ou cachées derrière un rocher pour se protéger de la férocité du soleil. Seule une chose monstrueuse, surnaturelle, ou un homme à l'esprit dérangé, pouvait marcher de son plein gré sur cette piste, à midi.

 

Depuis le Grand Déluge de Flammes, il y a des monstres, difformes, dénaturés, mais le pèlerin portant un bâton, un chapeau de paille, une barbe embroussaillée et une outre sur l'épaule, semble bien n'être qu'un vieil homme, vêtu d'un pagne en toile à sac, comme celui dont on encapuchonna le Bienheureux Leibowitz avant de le pendre. Et sa ceinture pourrait être une corde...

Francis se montre, le misérable entreprend la conversation – le novice a fait vœu de silence pendant son carême. Pendant que le voyageur mange son pain et son fromage, Francis, astreint au jeûne, reprend ses travaux de maçonnerie : en prélevant des pierres dans les ruines, il se construit un refuge contre les loups du désert. Dans la partie haute de son muret, il reste un trou qui menace la solidité de l'ensemble : comment trouver la pierre en forme de sablier correspondant au fameux trou ? Le vieux lui vient en aide : il trouve la bonne pierre et la marque de deux signes pour que le jeune moine puisse la repérer, puis il reprend son chemin.

 

Francis cherche sa vocation dans le désert.

 

Le Petit Livre que le prieur Cheroqui lui avait laissé le dimanche précédent, servait de guide à ses méditations. Il datait de plusieurs siècles et on l'appelait le Libellus Leibowitz, bien que la tradition l'attribuant au Beatus lui-même fût incertaine.

 

Leibowitz, désert rouge

 

Leibowitz, désert, sadhe lamedh

Signes tracés par le pèlerin : לצ, sadhe lamedh – on lit, de droite à gauche « el tz », comme dans « Leibowitz »

 

En retirant la pierre marquée, Francis découvre une ouverture conduisant par un escalier à un espace souterrain. Dans l'escalier, un écriteau en anglais antédiluvien.

 

ABRI DE SUR

A -RETOMBéES

Nombre maximum d'occupants : 15

 

Les « Retombées » sont des monstres légendaires.

 

La tradition disait que le Beatus Leibowitz lui-même avait rencontré un « Retombée » et qu'il en avait été possédé de longs mois avant que l'exorcisme accompagnant son baptême n'eût chassé le démon.

[…]

La pièce dans laquelle il était descendu n'était évidemment qu'une antichambre.

[…]

Dans un coin plus sombre que les autres, un crâne grimaçait ; on voyait clairement sa dent en or, incisive sur laquelle dansaient les reflets du feu.

[…]

Dans le bureau se trouvait peut-être une découverte sans prix : des documents ou un petit livre ayant échappé aux terribles feux de joie de l'âge de la Simplification.

[…]

Frère Francis murmura une prière pour le trépassé. En soulevant très doucement le crâne pour le tourner de façon qu'il grimaçât face au mur, il remarqua alors la boîte rouillée.

 

Il rapporte la boîte près de son campement. Les busards sont toujours là. Une note est collée à l'intérieur du couvercle.

 

Leibowitz, Couvercle boîte

 

La boîte contient des outils, de petits objets...

 

Leibowitz, diodes TSF

 

des notes gribouillées à la main, deux grandes feuilles de papier pliées et un petit livre intitulé Memo.

Il examina d'abord les notes. Elles étaient griffonnées de la même main qui avait écrit sur le couvercle, et l'écriture se révéla tout aussi abominable.

 

Leibowitz, Pense-bête 1

 

Leibowitz, Pense-bête 2

 

Leibowitz, Pense-bête 3

 

Le Memo est décevant : une liste manuscrite de noms, d'endroits, de chiffres et de dates. Les dates allaient de la dernière partie de la cinquième décennie à la première partie de la sixième décennie du XXe siècle. C'était donc vrai ! Le contenu de l'abri datait de la période crépusculaire de l’Ère de l'Illumination.

 

Leibowitz, Document PMU

Le premier document est trop cassant.

 

Leibowitz, Plan de circuit dessiné par Leibowitz, I. E. 6

Le second document est un bleu original, il n'y en a encore aucun à l'abbaye !

 

Il avait découvert des reliques du saint.

 

Le père Cheroqui fait la tournée des ermitages de carême pour entendre les confessions. Celle de Francis est pénible et perturbée par le récit de sa découverte. Cheroqui le ramène à l'abbaye. Il faut éviter tout débordement de surnaturel, tout surplus de miracle qui serait nuisible à la procédure de canonisation en cours.

L'abbé Arkos interroge le novice. Seulement, malgré les coups d'une solide baguette de noyer, Francis ne parvient pas à dire clairement qu'il a imaginé la rencontre.

Pour sa punition, il ne pourra prononcer ses vœux cette année ni les années suivantes, du fait de son entêtement.

 

Frère Francis resta sept ans novice, passa sept carêmes dans le désert et devint excessivement habile à imiter le hurlement des loups.

 

Un jour, un messager de la Nouvelle Rome arrive sur son âne à l'abbaye. Il s'entretient avec Francis. Il semble bienveillant.

« Comment est-ce arrivé, comment avez-vous découvert l'endroit ? Il me faut toute l'histoire.

Eh bien, tout a commencé à cause des loups. »

 

Le désert est peuplé d'un riche bestiaire dont les espèces reviennent régulièrement dans le récit : les busards, les loups, le serpent et la colombe – animaux bibliques, le coyote, le lion, le couguar, le chat et le poisson-chat, la grenouille, le hibou qui ulule à midi dans la forêt – sinistre présage, mais n'anticipons pas.

 

Toute l'histoire commence avec les loups du désert.

 

Quelques jours après le départ du messager, l'abbé annonce au novice que le temps est venu pour lui de prononcer ses vœux solennels.

Frère Francis devient copiste. A ses moments libres, il est autorisé à reproduire, avec de belles enluminures, le bleu dessiné par Isaac Edward Leibowitz lui-même.

 

Leibowitz, Plan, enluminure

 

Le frère Fingo façonne patiemment une statue de Leibowitz. Il lui a donné un sourire étrangement familier et emprunt d'une légère ironie. Elle est déposée dans le bureau de l'abbé.

 

Saint Gilles, Beatus Leibowitz

 

Les années passent, le procès en canonisation du Beatus se poursuit. Monseigneur Malfreddo Aguerra, protonotaire apostolique, puis Monseigneur Flaught, Advocatus diaboli, viennent à l'abbaye mener leur enquête sur les miracles du Bienheureux.

Quelques années plus tard, le pape proclame la sainteté de Leibowitz.

Francis a été invité à la Nouvelle Rome. Il a emporté la relique et sa copie embellie, un travail de quinze années. En chemin, près de la Vallée des Difformes, les monstres génétiquement modifiés par les Retombées et rejetés comme des lépreux, il est attaqué par un voleur. Celui-ci prend l'âne et l'enluminure qu'il croit être l'original, et propose de l'échanger contre deux heklos d'or.

Au Vatican, Francis est reçu par le pape. Il lui raconte son voyage. Le Saint-Père lui offre deux heklos d'or. Le moine reprend le chemin de l'abbaye. Le sentier traverse une sombre forêt.

Un hibou ulula à midi, du fond de la relative obscurité, dans les profondeurs de quelque distant arroyo.

[…]

Le moine murmurait le troisième Ave du Quatrième Mystère Glorieux du rosaire quand il se retourna par hasard.

La flèche le frappa juste entre les deux yeux.

 

Au loin, un vieux vagabond s'est assis au bord de la piste.

Un instant après, il entra dans la forêt. Les busards s'activaient sur les restes d'un homme.

 

La découverte de Francis Gérard de l'Utah et la statue du saint continuent d'être vénérées dans les siècles.

 

Fiat lux montre l’abbaye à la source d’une possible Renaissance scientifique – un moine bricoleur a réinventé la dynamo et la lampe à arc, et du retour des conflits guerriers, du progrès technique, du renouveau politique.

 

Fiat voluntas tua présente une civilisation redevenue proche de celle du monde antique, et retombant dans les vieilles ornières qui mènent à l'anéantissement.

 

Ils chantaient en faisant monter les enfants dans le vaisseau. Ils chantaient de vieux refrains de l'espace, aidaient les enfants à grimper à l'échelle l'un après l'autre, et les remettaient entre les mains des sœurs. Ils chantaient de tout leur cœur pour dissiper la peur des plus jeunes. Quand l'horizon entra en éruption, les chants s'arrêtèrent. Ils embarquèrent le dernier enfant.

L'horizon s'illumina d'éclairs tandis que les moines gravissaient l'échelle. L'horizon devint une grande lueur rouge. Un lointain tore de nuages naquit là où il n'y avait pas eu de nuages. Les moines sur l'échelle détournèrent leurs regards des éclairs. Quand les éclairs s'éteignirent, ils regardèrent en arrière.

Le visage de Lucifer s'épandit au-dessus du banc de nuages en un immense et hideux champignon, et s'éleva lentement comme un titan qui se serait redressé après des siècles d'emprisonnement au sein de la terre.

 

>>> For the good of mankind – les îles Marshall

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Trouver un sens magique, fabuleux, refoulé, à une chose banale est la vocation du simple, de l'ignorant, de l'arriviste. Le colonel Milan en est le modèle dans le film d'Yves Robert, Le Grand Blond avec une chaussure noire, 1972.

Le colonel Toulouse cherche à démasquer son intriguant adjoint du service de contre-espionnage en lui laissant croire qu'un super-agent est à ses trousses. Dès lors, tout signe devient preuve.

 

Yves Robert, Le grand blond, 1972-1

 

 

Yves Robert, Le grand blond avec une chaussure noire, int. à l'image : Bernard Blier, Mireille Darc, Robert Castel, 1972

 

Yves Robert, Le grand blond, 1972-2

 

* * *

 

Anticipation 2013, facebook, Julie 357

Cette chronique s'inscrit dans le challenge Anticipation proposé par Julie Désir.

 

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