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de chinoiseries

Jeudi 11 avril 2013 4 11 /04 /Avr /2013 00:01

 

Pieter Brueghel l'Ancien, La Tour de Babel, huile sur panne

Pieter Brueghel l'Ancien, La Tour de Babel, huile sur panneau de bois de chêne, 114 cm × 155 cm, 1563

[un clic sur toutes les images pour une meilleure lecture]

 

Genèse, XI, 1-9

 

Tout le monde se servait d'une même langue et des mêmes mots.

Comme les hommes se déplaçaient à l'orient, ils trouvèrent une vallée au pays de Shinéar et ils s'y établirent.

Ils se dirent l'un à l'autre : Allons ! Faisons des briques et cuisons-les au feu ! La brique leur servit de pierre et le bitume leur servit de mortier.

Ils dirent : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet pénètre les cieux ! Faisons-nous un nom et ne soyons pas dispersés sur toute la terre !

Or Yahvé descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.

Et Yahvé dit : Voici que tous font un seul peuple et parlent une seule langue, et tel est le début de leurs entreprises ! Maintenant, aucun dessein ne sera irréalisable pour eux.

Allons ! Descendons ! Et là, confondons leur langage pour qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres.

Yahvé les dispersa de là sur toute la face de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.

Aussi la nomma-t-on Babel, car c'est là que Yahvé confondit le langage de tous les habitants de la terre et c'est de là qu'il les dispersa sur toute la face de la terre.

(trad. Bible de Jérusalem)

 

Toute la terre avait alors le même langage et les mêmes mots.

Au cours de leurs déplacements du côté de l'orient, les hommes découvrirent une plaine en Mésopotamie, et ils s'y installèrent.

Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons ! fabriquons des briques et mettons-les à cuire ! » Les briques leur servaient de pierres, et le bitume, de mortier.

Ils dirent : « Allons ! bâtissons une ville, avec une tour dont le sommet soit dans les cieux. Nous travaillerons à notre renommée, pour n'être pas dispersés sur toute la terre. »

Le Seigneur descendit pour voir la ville et la tour que les hommes avaient bâties.

Et le Seigneur dit : « Ils sont un seul peuple, ils ont tous le même langage : s'ils commencent ainsi, rien ne les empêchera désormais de faire tout ce qu'ils décideront.

Eh bien ! descendons, embrouillons leur langage : qu'ils ne se comprennent plus les uns les autres. »

De là, le Seigneur les dispersa sur toute l'étendue de la terre. Ils cessèrent donc de bâtir la ville.

C'est pourquoi on l'appela Babel (Babylone), car c'est là que le Seigneur embrouilla le langage des habitants de toute la terre ; et c'est de là qu'il les dispersa sur toute l'étendue de la terre.

(trad. Bible de la liturgie)

 

La terre entière se servait de la même langue et des mêmes mots.

Or en se déplaçant vers l'orient, les hommes découvrirent une plaine dans le pays de Shinéar et y habitèrent.

Ils se dirent l'un à l'autre : « Allons ! Moulons des briques et cuisons-les au four. » Les briques leur servirent de pierre et le bitume leur servit de mortier.

« Allons ! dirent-ils, bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche le ciel. Faisons-nous un nom afin de ne pas être dispersés sur toute la surface de la terre. »

Le SEIGNEUR descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils d'Adam.

« Eh, dit le SEIGNEUR, ils ne sont tous qu'un peuple et qu'une langue et c'est là leur première œuvre ! Maintenant, rien de ce qu'ils projetteront de faire ne leur sera inaccessible !

Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres ! »

De là, le SEIGNEUR les dispersa sur toute la surface de la terre et ils cessèrent de bâtir la ville.

Aussi lui donna-t-on le nom de Babel car c'est là que le SEIGNEUR brouilla la langue de toute la terre, et c'est de là que le SEIGNEUR dispersa les hommes sur toute la surface de la terre.

(trad. TOB)

 

Et c’est toute la terre, une seule lèvre, des paroles unies.

Et c’est à leur départ du Levant,

ils trouvent une faille en terre de Shin‘ar et y habitent.

Ils disent, l’homme à son compagnon:

« Offrons, briquetons des briques ! Flambons-les à la flambée ! »

La brique est pour eux pierre, le bitume est pour eux argile.

Ils disent: « Offrons, bâtissons-nous une ville et une tour,

sa tête aux ciels, faisons-nous un nom

afin de ne pas être dispersés sur les faces de toute la terre. »

IHVH-Adonaï descend pour voir la ville et la tour

qu’avaient bâties les fils du glébeux.

IHVH-Adonaï dit: « Voici, un seul peuple, une seule lèvre pour tous !

Cela, ils commencent à le faire. Maintenant rien n’empêchera pour eux

tout ce qu’ils préméditeront de faire !

Offrons, descendons et mêlons là leur lèvre

afin que l’homme n’entende plus la lèvre de son compagnon. »

IHVH-Adonaï les disperse de là sur les faces de toute la terre:

ils cessent de bâtir la ville.

Sur quoi, il crie son nom: Babèl,

oui, là, IHVH-Adonaï a mêlé la lèvre de toute la terre,

et de là IHVH-Adonaï les a dispersés sur les faces de toute la terre.

(trad. André Chouraqui)

 

Toute la terre

une seule bouche

les mêmes mots

On lève le camp de l'Orient

on trouve une plaine où s'installer

dans le pays de Shinear

Chacun dit à l'autre

Ah fabriquons des briques

et des fours pour les enfourner

La brique est leur pierre

le bitume leur mortier

Ils disent

Ah construisons-nous une ville

et une tour

sa tête touchera le ciel

Faisons-nous un nom

et nous ne serons jamais dispersés

sur toute la terre

Yhwh descend pour voir la ville et la tour

construite par les fils de l'adam

Yhwh dit

Tous ensemble ils commencent à ne faire plus

qu'une seule bouche et qu'une seule communauté

rien ne leur sera impossible

Ah descendons tout brouiller dans leur bouche

que chacun ne comprenne plus la bouche de l'autre

Yhwh les dispersa sur toute la terre

Ils arrêtent de construire la ville

On l'appelle Babel

car ici Yhwh a tout brouillé

dans la bouche de toute la terre

et de là a fait se disperser

tout le monde sur toute la terre

(trad. la bible, Bayard, 2001 – pour Premiers (Genèse) : Frédéric Boyer, Jean L'Hour)

 

Toute la terre, une seule bouche, les mêmes mots.

On entend une seule voix, les mêmes mots, sur toute la terre.

On ne parle pas ensemble d'une seule voix, une seule bouche dit.

 

Rien ne leur sera impossible, ils ont reçu la liberté de l'arbre de la connaissance, libres de se soumettre à la servitude volontaire, et d'une seule bouche proclamer l'holocauste, dans le conflit mimétique qui les anime.

 

Babel, c'est l'histoire de la fin de la pensée unique.

 

Une utopie, une légende, ce qui est à lire.

 

On peut observer qu'il faut encore détruire Babel.

 

Traditions sur la tour de Babel, ses ruines, Magas-copie-1

 

 

Traditions sur la tour de Babel, ses ruines, Magasin Pittor

 

 

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe, La Tour de Babel 700

Abbaye de Saint-Savin-sur-Gartempe.

 

Peintures des XIIe et XIIIe siècles, peintes directement sur les murs par un procédé intermédiaire entre la fresque et la détrempe.

 

Par Lou de Libellus - Publié dans : de chinoiseries
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Mercredi 13 mars 2013 3 13 /03 /Mars /2013 00:01

 

je suis un homme oisif à une époque de paix

 

Ryokan, le moine fou

Ryokan, le moine fou est de retour, poèmes traduits de l'original par Cheng Wing fun & Hervé Collet, calligraphie de Cheng Wing fun, Moundarren, 1988

 

Yamamoto Eizo est né à Izumozaki en 1758. A dix-huit ans il décide d'entrer au monastère zen Kosho ji, proche du village. Il y devient le moine Ryokan, qui signifie " bon et bienveillant ".

Après le suicide de son père, il se retire dans un ermitage vide sur un versant du mont Kugami, à neuf kilomètres du village. L'ermitage, une hutte en chaume, a été baptisé Gogo an (l'ermitage Cinq mesures de riz) par le moine qui a vécu là précédemment.

Il adopte pour second nom de moine le sobriquet qu'on lui a donné, dans les villages avoisinants où il se joint aux jeux des enfants, à la vie des paysans, aux fêtes champêtres : Taigu, le Grand fou.

Il reste vingt années à Gogo an.

A soixante ans il juge préférable de descendre habiter au pied du mont Kugami. Il s'installe dans un petit ermitage dans le parc du temple shinto Otago.

Neuf années plus tard il va s'installer dans la résidence de son ami Kimura Motoemon à Shimazaki. C'est là qu'il rencontre Teishin, une jolie bonzesse âgée de vingt-neuf ans, avec qui il entretient aussitôt une amitié très complice.

Elle est auprès de lui lorsqu'il meurt en 1831.

 

ayant fini de mendier ma nourriture à un croisement,

je vais flâner du côté du temple de Hachiman

les enfants m'aperçoivent et se disent

" le moine fou de l'année dernière aujourd'hui est de retour "

 

Le recueil, le moine fou est de retour, rassemble des poèmes que Ryokan a composés en chinois à Gogo an.

 

Ryokan, Gogo an

 

les montagnes bleues, devant, derrière

les nuages blancs, à l'ouest, à l'est

même si quelqu'un vient à passer

je n'ai aucune nouvelle à lui communiquer

 

* * *

 

le vent printanier peu à peu s'adoucit

faisant tinter ma canne j'entre dans la ville de l'est

verts, verts, les saules dans les jardins

flottent, flottent les lentilles d'eau sur l'étang

dans mon bol le parfum du riz de mille familles

mon cœur a renoncé à la gloire des dix mille carrosses

suivant pieusement les traces des anciens bouddhas

j'ai pour discipline de mendier ma nourriture

 

* * *

 

Le jeu de balle que le moine partage avec les enfants consiste à jongler avec la balle. On compte les reprises jusqu'à ce que la balle tombe.

mon adresse est sans égale, écrit-il.

mon secret,

" un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept "

 

Ryokan, 1, 2, 3

 

* * *

 

longue nuit d'hiver, longue nuit d'hiver

nuit d'hiver interminable, quand fera-t-il jour ?

la lampe sans flamme, le poêle sans charbon

la nuit sur l'oreiller j'entends seulement le son de la pluie

 

* * *

 

après avoir marché, marché je tombe sur une ferme

c'est la saison où ormes et mûriers sont à maturité

les moineaux se rassemblent dans un bosquet de bambous

ils gazouillent et voltigent en se suivant

un vieux paysan portant sa houe entre

il m'accueille comme une ancienne connaissance

il demande à sa femme de filtrer du vin trouble

et de cueillir des légumes pour l'accompagner

ensemble nous parlons et buvons

discuter et rire quoi de plus merveilleux ?

ensemble, joyeux et ivres,

au-delà du vrai et du faux

 

* * *

 

qui dit que mes poèmes sont des poèmes ?

mes poèmes ne sont pas des poèmes

si vous comprenez que mes poèmes ne sont pas des poèmes,

nous pourrons alors parler poésie

 

Ryokan, poèmes

 

Par Lou de Libellus - Publié dans : de chinoiseries
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Vendredi 5 octobre 2012 5 05 /10 /Oct /2012 00:01

 
Hercule Savinien Cyrano de Bergerac, L’Autre monde ou les états et empires de la Lune, ca 1650

Lisons les pages 341-344.

En relief, le passage qui nous intéresse.

Les deux professeurs que nous attendions entrèrent presque aussitôt, nous fûmes tous quatre ensemble dans le cabinet du souper où nous trouvâmes ce jeune garçon dont il m’avait parlé qui mangeait déjà. Ils lui firent de grandes usalades, et le traitèrent d’un respect aussi profond que d’esclave à seigneur ; j’en demandai la cause à mon démon, qui me répondit que c’était à cause de son âge, parce qu’en ce monde-là les vieux rendaient toute sorte d’honneur et de déférence aux jeunes ; bien plus, que les pères obéissaient à leurs enfants aussitôt que, par l’avis du Sénat des philosophes, ils avaient atteint l’usage de raison.
« Vous vous étonnez, continua-t-il, d’une coutume si contraire à celle de votre pays ? elle ne répugne point toutefois à la droite raison ; car en conscience, dites-moi, quand un homme jeune et chaud est en force d’imaginer, de juger et d’exécuter, n’est-il pas plus capable de gouverner une famille qu’un infirme sexagénaire. Ce pauvre hébété dont la neige de soixante hivers a glacé l’imagination se conduit sur l’exemple des heureux succès et cependant c’est la fortune qui les a rendus tels contre toutes les règles et toute l’économie de la prudence humaine ? Pour du jugement, il en a aussi peu, quoique le vulgaire de votre monde en fasse un apanage à la vieillesse ; et pour le désabuser, il faut qu’il sache que ce qu’on appelle en un vieillard prudence n’est qu’une appréhension panique, une peur enragée de rien entreprendre qui l’obsède. Ainsi, mon fils, quand il n’a pas risqué un danger où un jeune homme s’est perdu, ce n’est pas qu’il en préjugeât la catastrophe, mais il n’avait pas assez de feu pour allumer ces nobles élans qui nous font oser, et l’audace en ce jeune homme était comme un gage de la réussite de son dessein, parce que cette ardeur qui fait la promptitude et la facilité d’une exécution était celle qui le poussait à l’entreprendre. Pour ce qui est d’exécuter, je ferais tort à votre esprit de m’efforcer à le convaincre de preuves. Vous savez que la jeunesse seule est propre à l’action ; et si vous n’en êtes pas tout à fait persuadé, dites-moi, je vous prie, quand vous respectez un homme courageux, n’est-ce pas à cause qu’il vous peut venger de vos ennemis ou de vos oppresseurs ? Pourquoi donc le considérez-vous encore, si ce n’est par habitude quand un bataillon de septante janviers a gelé son sang et tué de froid tous les nobles enthousiasmes dont les jeunes personnes sont échauffées pour la justice ? Lorsque vous déférez au fort, n’est-ce pas afin qu’il vous soit obligé d’une victoire que vous ne lui sauriez disputer ? Pourquoi donc vous soumettre à lui, quand la paresse a fondu ses muscles, débilité ses artères, évaporé ses esprits, et sucé la moelle de ses os  ! Si vous adoriez une femme, n’était-ce pas à cause de sa beauté ? Pourquoi donc continuer vos génuflexions après que la vieillesse en a fait un fantôme à menacer les vivants de la mort ? Enfin lorsque vous honoriez un homme spirituel, c’était à cause que par la vivacité de son génie il pénétrait une affaire mêlée et la débrouillait, qu’il défrayait par son bien dire l’assemblée du plus haut carat, qu’il digérait les sciences d’une seule pensée et que jamais une belle âme ne forma de plus violents désirs que pour lui ressembler. Et cependant vous lui continuez vos hommages, quand ses organes usés rendent sa tête imbécile et pesante, et lorsqu’en compagnie, il ressemble plutôt par son silence la statue d’un dieu foyer qu’un homme capable de raison.
Concluez par là, mon fils, qu’il vaut mieux que les jeunes gens soient pourvus du gouvernement des familles que les vieillards. Certes, vous seriez bien faible de croire qu’Hercule, Achille, Epaminondas, Alexandre et César, qui sont tous morts au deçà de quarante ans, fussent des personnes à qui on ne devait que des honneurs vulgaires, et qu’à un vieux radoteur, parce que le soleil a quatre-vingt-dix fois épié sa moisson, vous lui deviez de l’encens.
Mais, direz-vous, toutes les lois de notre monde font retentir avec soin ce respect qu’on doit aux vieillards ? Il est vrai, mais aussi tous ceux qui ont introduit des lois ont été des vieillards qui craignaient que les jeunes ne les dépossédassent justement de l’autorité qu’ils avaient extorquée et ont fait comme les législateurs aux fausses religions un mystère de ce qu’ils n’ont pu prouver.
Oui, mais, direz-vous, ce vieillard est mon père et le Ciel me promet une longue vie si je l’honore. Si votre père, ô mon fils, ne vous ordonne rien de contraire aux inspirations du Très-Haut, je vous l’avoue ; autrement marchez sur le ventre du père qui vous engendra, trépignez sur le sein de la mère qui vous conçut, car de vous imaginer que ce lâche respect que des parents vicieux ont arraché de votre faiblesse soit tellement agréable au Ciel qu’il en allonge pour cela vos fusées, je n’y vois guère d’apparence. Quoi ! Ce coup de chapeau dont vous chatouillez et nourrissez la superbe de votre père crève-t-il un abcès que vous avez dans le côté, répare-t-il votre humide radical, fait-il la cure d’une estocade à travers votre estomac, vous casse-t-il une pierre dans la vessie ? Si cela est, les médecins ont grand tort : au lieu de potions infernales dont ils empestent la vie des hommes, qu’ils n’ordonnent pour la petite vérole trois révérences à jeun, quatre "grand merci" après dîner, et douze "bonsoir, mon père et ma mère" avant que s’endormir. Vous me répliquerez que, sans lui, vous ne seriez pas ; il est vrai, mais aussi lui-même sans votre grand-père n’aurait jamais été, ni votre grand-père sans votre bisaïeul, ni sans vous, votre père n’aurait pas de petit-fils. Lorsque la nature le mit au jour, c’était à condition de rendre ce qu’elle lui prêtait ; ainsi quand il vous engendra, il ne vous donna rien, il s’acquitta ! Encore je voudrais bien savoir si vos parents songeaient à vous quand ils vous firent. Hélas, point du tout ! Et toutefois vous croyez leur être obligé d’un présent qu’ils vous ont fait sans y penser. Comment ! parce que votre père fut si paillard qu’il ne put résister aux beaux yeux de je ne sais quelle créature, qu’il en fit le marché pour assouvir sa passion et que de leur patrouillis vous fûtes le maçonnage, vous révérerez ce voluptueux comme un des sept sages de Grèce ! Quoi ! parce que cet autre avare acheta les riches biens de sa femme par la façon d’un enfant, cet enfant ne lui doit parler qu’à genoux ? Ainsi votre père fit bien d’être ribaud et cet autre d’être chiche, car autrement ni vous ni lui n’auriez jamais été ; mais je voudrais bien savoir si quand il eut été certain que son pistolet eut pris un rat, s’il n’eût point tiré le coup ? Juste Dieu ! qu’on en fait accroire au peuple de votre monde.
Vous ne tenez, ô mon fils, que le corps de votre architecte mortel ; votre âme part des cieux, qu’il pouvait engainer aussi bien dans un autre fourreau. Votre père serait possible né votre fils comme vous êtes né le sien. Que savez-vous même s’il ne vous a point empêché d’hériter d’un diadème ? Votre esprit était peut-être parti du ciel à dessein d’animer le roi des Romains au ventre de l’Impératrice ; en chemin, par hasard, il rencontra votre embryon ; pour abréger son voyage, il s’y logea. Non, non, Dieu ne vous eût point rayé du calcul qu’il avait fait des hommes, quand votre père fût mort petit garçon. Mais qui sait si vous ne seriez point aujourd’hui l’ouvrage de quelque vaillant capitaine, qui vous aurait associé à sa gloire comme à ses biens. Ainsi peut-être vous n’êtes non plus redevable à votre père de la vie qu’il vous a donnée que vous le seriez au pirate qui vous aurait mis à la chaîne, parce qu’il vous nourrirait. Et je veux même qu’il vous eût engendré roi ; un présent perd son mérite, lorsqu’il est fait sans le choix de celui qui le reçoit. On donna la mort à César, on la donna pareillement à Cassius ; cependant Cassius en est obligé à l’esclave dont il l’impétra, non pas César à ses meurtriers, parce qu’ils le forcèrent de la prendre. Votre père consulta-t-il votre volonté lorsqu’il embrassa votre mère ? vous demanda-t-il si vous trouviez bon de voir ce siècle-là, ou d’en attendre un autre ? si vous vous contenteriez d’être le fils d’un sot, ou si vous auriez l’ambition de sortir d’un brave homme ? Hélas ! vous que l’affaire concernait tout seul, vous étiez le seul dont on ne prenait point l’avis ! Peut-être qu’alors, si vous eussiez été enfermé autre part que dans la matrice des idées de la nature, et que votre naissance eût été à votre option, vous auriez dit à la Parque : "Ma chère demoiselle, prends le fuseau d’un autre ; il y a fort longtemps que je suis dans le rien, et j’aime mieux demeurer encore cent ans à n’être pas que d’être aujourd’hui pour m’en repentir demain !" Cependant il vous fallut passer par là ; vous eûtes beau piailler pour retourner à la longue et noire maison dont on vous arrachait, on faisait semblant de croire que vous demandiez à téter. »


En quoi le gouvernement de la jeunesse serait-il plus juste ou différent ?

Les jeunes apprennent des anciens.

Hypothèse.

Les jeunes sont libertaires, par nature. Devenus vieux, ils deviennent de vieux croûtons traditionalistes.
Les anciens qui auraient été de jeunes traditionalistes deviendraient de vieux libertaires, ce qui est impossible puisque ce sont les jeunes qui, par nature, sont révoltés.
La nature est un mythe.

Ratzinger, jeune libertaire engagé dans les jeunesses hitlériennes.

« L'imagination imite, c'est l'esprit critique qui crée. »
Oscar Wilde, Intentions, 1891
 

 

 


Georges Brassens, Le Temps ne fait rien à l'affaire, Bobino, 1972

* * *

Onfray-Ramette

A lire.

Michel Onfray, Les libertins baroques, Grasset, 2007

En couverture : Philippe Ramette, Inversion de pesanteur, 2003

 

Une autre lecture de Cyrano.

 

Par Lou de Libellus - Publié dans : de chinoiseries
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Dimanche 1 juillet 2012 7 01 /07 /Juil /2012 00:01

 
Adonc le Père Ubu hoscha la poire, dont fut depuis nommé par les Anglois Shakespeare, et avez de lui sous ce nom maintes belles tragœdies par escript.


Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique

 
  

 

Les moines de Saint-Bernardin, traditionnel, XVe siècle, int. André Mondé au Lapin agile, vers 1950

Ce chat portant fièrement la gidouille était de sortie près du Lapin agile, le doyen des cabarets de Montmartre, déjà présenté ici même. En quelques clics, vous découvrirez tous ceux qui ont fait leurs débuts dans ce nid de joyeux noctambules.
 

Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique


Au commencement, la gidouille, emblème de la 'Pataphysique, est la gravure ornant la bedaine de Monsieur Ubu et, par une synecdoque particularisante, ladite bedaine elle-même. On la retrouve dans les jurons dont il est friand. Un mois du calendrier 'Pataphysique lui est dédié, en consécration de la tripaille.

La gidouille est le signe le plus beau dont un pataphysicien puisse se parer.


Qu'est-ce que la 'Pataphysique ?

Selon le Collège de 'Pataphysique, dans un texte du 1er absolu XCVIII, c'est « la plus vaste et la plus profonde des Sciences, celle qui d'ailleurs les contient toutes en elle-même, qu'elles le veuillent ou non ».
Voyez ceux qui étaient, qui sont au Collège...


Alfred Jarry, le père fondateur, en parle ainsi dans son ouvrage Gestes et opinions du docteur Faustroll, pataphysicien , 1897-1898, édité en 1911 : « La pataphysique […] est la science de ce qui se surajoute à la métaphysique soit en elle-même, soit hors d’elle-même, s’étendant aussi loin au-delà de celle-ci que celle-ci au-delà de la physique. Exemple : l’épiphénomène étant souvent l’accident, la pataphysique sera surtout la science du particulier, quoi qu’on dise qu’il n’y a de science que du général. Elle étudiera les lois qui régissent les exceptions…
Définition : la pataphysique est la science des solutions imaginaires […] ».


 Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique
Hendrik ter Brugghen, Democritus, 1628

A la source, on trouve l'hypothèse du clinamen, énoncée par Lucrèce et, peut-être déjà, par Epicure dont les écrits nous manquent en grande partie. Selon Démocrite, encore plus anciennement, l'univers est composé d'atomes et de vide. Comme cela se produit chez les Shadoks, les atomes, même bien crochetés les uns aux autres pour former une fleur, un papillon, un médecin viennois, en arrivent parfois, au hasard, à choir, à déchoir, le plein rejoignant le vide où il se vide alors que le vide se remplit. Suivez, prenez des notes. Ainsi le plein et le vide écrivent l'équation de l'équivalence des contraires : le vrai est aussi faux que le faux est vrai, le beau...
 
Mézenfin, direz-vous, ce chat gidouillé, que nous avons vu, serait bête comme le père Ubu ?

Ignobles palotins que vous êtes !

Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique


Vrout, merdre, il faudra bien un jour, vrout, merdre, réhabiliter Monsieur Ubu, notre souverain souverain.
En attendant, écoutez la chanson du décervelage et reprenez en choeur !

 

 
Alfred Jarry, Charles Pourny, Claude Terasse, Chanson du décervelage, Ubu roi, V, 4, 1888, éd. 1900, int. Choeur et Orchestre du Collège de 'Pataphysique, 1951

Je fus pendant longtemps ouvrier ébéniste,
Dans la ru’ du Champ d’ Mars, d’ la paroiss’ de Toussaints.
Mon épouse exerçait la profession d’ modiste,
Et nous n’avions jamais manqué de rien.
Quand le dimanch’ s’annonçait sans nuage,
Nous exhibions nos beaux accoutrements
Et nous allions voir le décervelage
Ru’ d’ l’Echaudé, passer un bon moment.
Voyez, voyer la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(Chœur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Nos deux marmots chéris, barbouillés d’ confitures,
Brandissant avec joi’ des poupins en papier,
Avec nous s’installaient sur le haut d’ la voiture
Et nous roulions gaîment vers l’Echaudé.
On s’ précipite en foule à la barrière,
On s’ fich’ des coups pour être au premier rang ;
Moi je m’ mettais toujours sur un tas d’ pierres
Pour pas salir mes godillots dans l’ sang.
Voyez, voyer la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(Chœur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Bientôt ma femme et moi nous somm’s tout blancs d’ cervelle,
Les marmots en boulott’nt et tous nous trépignons
En voyant l’ Palotin qui brandit sa lumelle,
Et les blessur’s et les numéros d’ plomb.
Soudain j’perçois dans l’coin, près d’la machine,
La gueul’ d’un bonz’ qui n’ m’revient qu’à moitié.
Mon vieux, que j’ dis, je r’connais ta bobine,
Tu m’as volé, c’est pas moi qui t’ plaindrai.
Voyez, voyer la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(Chœur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Soudain j’ me sens tirer la manch’ par mon épouse :
Espèc’ d’andouill’, qu’ell’ m’ dit, v’là l’ moment d’te montrer :
Flanque-lui par la gueule un bon gros paquet d’bouse,
Vlà l’ Palotin qu’a just’ le dos tourné.
En entendant ce raisonn’ment superbe,
J’attrap’ sus l’coup mon courage à deux mains :
J’ flanque au Rentier une gigantesque merdre
Qui s’aplatit sur l’ nez du Palotin.
Voyez, voyer la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(Chœur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !

Aussitôt j’ suis lancé par-dessus la barrière,
Par la foule en fureur je me vois bousculé
Et j’ suis précipité la tête la première
Dans l’grand trou noir d’ous qu’on n’ revient jamais.
Voilà c’ que c’est qu’ d’aller s’ prom’ ner l’ dimanche
Ru’ d’ l’Echaudé pour voir décerveler,
Marcher l’ Pinc’-Porc ou bien l’ Démanch’-Comanche,
On part vivant et l’on revient tudé.
Voyez, voyez la machin’ tourner,
Voyez, voyez la cervell’ sauter,
Voyez, voyez les Rentiers trembler ;
(Chœur) : Hourra, cornes-au-cul, vive le Père Ubu !


Et pour ceux qui préfèrent les nouvelleries, vive le Québec libre ! 


 
Jean Derome, Chanson du Décervelage, 3 musiques pour Ubu, 1998

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Remerciements à Des pas perdus qui nous a fait connaître le matou.
 

Précédemment.

Balade en 'Pataphysique


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DOCUMENTS

 


 Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique
 


Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique
 


 Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique
 


Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique
 


Le chat, la gidouille et la 'Pataphysique

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Les moines de Saint Babouyn
(transcription moderne)

Nous sommes de l'ordre de Saint Babouyn
L'ordre ne dit mye de lever matin
Dormir jusqu'a prime et boire bon vin
Et din din din
Et dire matines sur un pot de vin

A nostre diner le beau chapon gras
La soupe au jaunet comme au mardi gras
La pièce de bœuf et le gras mouton
Et don don don
Et voila la vie que nous demandons

A nostre gouter le bon vin clairet
La belle salade au harenc soret
Pastés de pigeons si-sont de saison
Et don don don...

A nostre souper les connys rotis
Faisans et butor et aussi perdrix
Poussins a l'eau rose et force chapons
Et don don don...

Et après souper le beau hypocras
La tourte sucrée au fromage gras
Les poires confites en plusieurs façons
Et don don don...

A notre coucher nous aurons blancs draps
Et la belle fille entre nos deux bras
Les tetins poignans, la motte du con
Et don don don...

Et quand ce vint l'eure qu'on sonne minuit
Et fille s'eveille pour prendre déduit
Le compagnon saute chassant a son con
Et don don don...

A notre lever les beaux instruments
Trompettes et clairons, tambourins d'argent
Enfants sans soucis jouant du bedon
Et don don don...


"L'Ordre de Saint-Babouyn" aurait été créé en 1324. Il aurait disparu vers 1520. Un "Babouyn" était un "sot".

Benoît Huwart a eu la grande amabilité de nous communiquer les informations suivantes :
La source du texte, la plus ancienne connue semble être le recueil de Nicolas Buffet (circa 1549) intitulé: Sensuivent les Ténèbres du Champ Gaillard, composées selon lestat du dict lieu et se peuvent chanter ou lire à plaisir. Il fut réédité notamment par Lahure en 1856. Quant à la source musicale, elle a été publiée dans l'Odhecaton par Petrucci à Venise en 1501 et est due à Loyset Compère.
Xavier Hubaut

Xavier Hubaut est professeur émérite du Département de Mathématique à l'Université Libre de Bruxelles.
 
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A propos de la gidouille...
 
Cet essai a paru dans l'Expectateur n° 7 , 50 ° des Monitoires

La gidouille est une forme importante dans l'imaginaire - donc la réalité - de la 'Pataphysique. A la fois bedaine de Monsieuye Ubu, Comte de Sandomir, Roi de Pologne & d'Aragon et graphisme tracé sur la dite bedaine, elle fait l'objet d'une vénération d'Ubu dans ses jurons. Un mois du calendrier 'Pataphysique lui est dédié : les fêtes de ce mois montrent à l'évidence que c'est bien la tripaille qui est reconnue plutôt que la courbe ci après étudiée.
La gidouille est accompagnée sur le sceau du Collège de la devise :
EADEM MUTATA RESURGO .....
... Ce que d'aucuns traduisent (trahissent ?) en :
"Je suis la même quand, différente, je me relève (/resurgis/)"
ou :
 "Changée en la même, je reprends ma force (/ je me ranime/)"
Nous ne donnerons pas dans la facilité pour explorer avec Monsieur Sigmund Freud les connes notations que l'on voit surgir avec une évidence aveuglante: même si en dehors de l'organe du canard qui présenterait quelque analogie morphologique avec une spirale - ou un tire-bouchons - , nonobstant les nombreuses dénominations de l'organe dit viril (cf le dictionnaire de l'Argot "Le cru et le cuit" de Noël Arnaud et tous les essais sur les mots de la chose) , peu d'entre elles se réfèrent à une spirale ou à une gidouille. Il serait bon de rappeler ici le contrepet classique quoique complexe : "L'aspirant habite Javel" seule allusion notoire à une déformation plutôt rare. Cette antiphrase a été initialement relevée par le TS Marcel Duchamp qui dans un roto relief auto-censuré a donné : Javel habite en spirale / l'aspirant habite Javel .
Sans se lancer dans des analyses psychologisantes, ni s'allonger sur des divans aux ressorts fatigués, il est notable qu'il y a là une prise de parole i.e. une affirmation de soi en tant qu'être autonome, soulignée par l'emploi du "je" qui ici n'est pas un autre mais bien la gidouille: faut-il y voir un embryon de revendication ou pire de contestation ? A qui la locutrice (car c'est bien du genre féminin) s'adresse-t-elle ? Pourquoi ce besoin de rappeler ses aptitudes ? Qui veut-elle convaincre - sinon elle même- ? Serait-ce, tapi dans son subconscient, un aveu de faiblesse ?
Cette devise, emblématique de la Gidouille, n'est pas sans faire écho à Mallarmé qui dans "Le Tombeau d'Edgar Poe" a commis ce vers "Tel qu'en lui même enfin l'ét(h)ernité le change". Ce changement, cette mutation qui se ramène au voisinage du point de départ symbolise le mythe de "l'Eternel Retour" cher à Mircéa Eliade quoique ici on ne retrouve pas l'image de la circularité parfaite - prenez un cercle, cas particulier de la gidouille, caressez le, il deviendra vicieux comme le remarque le TS Ionesco - mais d'un retour décalé. La gidouille, c'est le Phénix qui resurgit de ses cendres, intact, tel qu'en elle même: c'est un symbole de l'indestructibilité dans le Temps. Et nous savons bien que derrière cette Gidouille majestueuse, se tient Monsieuye Ubu, Comte de Sandomir et autres lieux, Roi de Pologne et d'Aragon, toujours égal à lui même.
Après les délires herméneutiques qui, ces dernières années, se sont emparés d'esprits à l'évidence bien intentionnés, pour qui il n'est point de domaine qui ne relève de la Science, mais pris de vertige devant un tel abîme, une mise au point provisoirement définitive s'impose et nous avancerons quelques compendieuses considérations.
L'oxymoron "Eadem // mutata", union du même et de l'autre fait allusion - par anticipation - à Sengle, double de Valens un autre moi même aurait pu écrire Jarry dans ce roman autobiographique des Jours & des Nuits. Il n'y a pas de changement stricto sensu mais une dérive immobile, analogue au voyage de Paris à Paris par la mer sur l'As du Docteur Faustroll. Un zeste de freudo-marxisme noyé dans un soupçon de dialectique hegélienne pourrait faire avancer l'analyse de ce conflit. Après la thèse de l'égalité, "Eadem", l'antithèse du changement "mutata" vient enfin la synthèse "ressurgo": le retour à l'unité en quoi se résout cette apparente antinomie.
Pour une analyse plus poussée, on peut (si on a le temps) (re)lire "De la Contradiction" de Philippe Sollers écrit dans sa période Tel-Quellienne premier genre, alors qu'il donnait dans le maoïsme le plus dur avant de devenir ce qu'il est devenu: Monsieur Kristeva , ce qui doit nous rendre indulgents et compréhensifs.
Les différentes épiphanies de la Gidouille, la laissent toujours "égale", équanime devant le Monde. Les phases descendantes et montantes "ressurgo" évoquent les phases de la lune, et plus généralement de tout phénomène périodique, pour laquelle on emploie le plus simple "surgere", le redoublement "ressurgere" étant réservé à la Gidouille et à la résurrection. L’Ecclésiaste confirme le fait: la vulgate utilise le verbe "ressurgere" pour les ressuscités qui sont à la fois les mêmes et d'autres quand ils sortent de leurs cercueils et déroulent leurs bandelettes auxquelles adhérent encore quelques lambeaux racornis de viande..
La plupart des Gidouilles sont levogyres: orientées dans le "sens direct" , contraire aux aiguilles d'une montre, sens dit aussi "sens trigonométrique". Derrière le miroir, dans un univers supplémentaire ou après un voyage dans la quatrième dimension, elles pourraient revenir dextrogyres et réapparaître alors la même mais différente. Tel n'est pas le cas ici.
En quoi les Gidouilles sont-elles "la même" tout en étant "différente" ? Après les cons sidérations relevant des "sciences humaines" il est temps de passer aux sciences inhumaines dites de façon amusante "exactes".
Par définition une gidouille est la portion de plan comprise entre deux spirales voisines: il faut donc regarder un peu du coté du peuple des spirales. En première approximation il y a trois grandes catégories de spirales: les spirales hyperboliques, les spirales arithmétiques ou d'Archimède et les spirales exponentielles ou logarithmiques.
Les spirales hyperboliques ont pour équation générale: r = k/q
Pour q égale zéro, elle n'est pas "définie" mais vient de l'infini et est asymptote à l'horizontale. Lorsque q tend vers l'infini, r tend vers zéro et la courbe vient s'enrouler lentement mais indéfiniment autour de son ombilic, sans toutefois le rejoindre sauf -peut être - dans les limbes.
Les spirales arithmétiques d'Archimè(r)d(r)e ont une équation de la forme r = k.q
Le "rayon vecteur" est proportionnel à l'argument (ou à l'angle). D'un tour à l'autre le rayon croît d'une quantité constante 2pk
Ce sont ces spirales que l'on peut voir sur la couverture des Cahiers et autres publications du Collège. C'est la spirale que fait un cordage lové sur le pont d'une embarcation - ou un tuyau d'arrosage enroulé sur un plan.
Boris Vian dans son étude sur la construction pratique de la Gidouille - on reconnaît là l'Ingénieur - choisit la développante de cercle non pour des raisons théoriques mais essentiellement pratiques [7]: le gidouillographe est de réalisation facile. La forme de la "spirale" de Vian est assez voisine de la spirale d'Archimède. On en trouve des variantes dans certaines publications du Cymbalum comme par exemple sur la couverture de l'Agenda perpétuel qui s'orne d'une Gidouille obtenue en dessinant des quarts de cercles dont les centres sont les sommets d'un carré et dont les rayons successifs sont en progression arithmétique de raison le coté du carré. L'aspect de cette "spirale" est analogue à celui de la développante de cercle.
Les spirales logarithmiques ont une équation polaire de la forme : r = ek.q
Le rayon vecteur est proportionnel à l'exponentielle de l'argument et l'angle que fait la tangente et le rayon est constant. D'un tour à l'autre les rayons sont en progression géométrique de raison e2kp.
C'est cette spirale qui est "merveilleuse" et qui a tant ébloui Jacob Bernouilli au point qu'il a voulu sur sa tombe, avec le tracé de la dite spirale, inscrire la devise "Eadem Mutata Ressurgo". Il est piquant de remarquer que le sculpteur de pierres tombales, piètre mathématicien, a tracé sur la stèle de Bernouilli en l'an de grâce 1705 dans la cathédrale de Bâle, une spirale d'Archimède ce qui, à l'évidence, ne correspond pas à l'idée qu'avait Jacob Bernouilli [8] . Cette sculpture se retrouve sur la couverture des Organographes avec sa devise pour souligner l'idée que nonobstant l'occultation, le Collège égal à lui même resurgira dans le Monde.
La propriété de cette spirale est que , agrandie ("mutata" = changée), elle a exactement les mêmes forme et dimension ("eadem" = égale) : elle se superpose à elle même après agrandissement par une simple rotation et reste même tout à fait immobile dans un agrandissement de rapport multiple de ek.2p. Elle semble jaillir sans fin de son ombilic, des limbes, et toutefois reste égale à elle même, "fille trés-semblable à sa mère" comme le dit Bernouilli.
On trouve ce type de spirale dans le nautile qui décore les couvertures de la Pléïade, et aussi de façon approximative dans le sceau du Collège où le texte COLLEGI:PATAPHYSICA:SIG s'enroule en gidouille dextrogyre plus ou moins logarithmique, le "C" de départ initiant le processus, les dimensions des lettres allant croissant.
Il est clair que c'est cette spirale logarithmique à laquelle s'applique "Eadem Mutata Ressurgo" et à elle seule.
Alors que dire de la Gidouille Ubique et Collégiale ? D'ailleurs y a-t-il "UNE" gidouille Collégiale ?
On peut se cacher derrière l'autorité morale et Satrapique de Boris Vian pour accepter sa Gidouille avec sa devise. On peut aussi remarquer que la Gidouille n'est pas unique dans sa forme et que d'un usage à l'autre elle peut varier. L'Ordre de la Grande Gidouille utilise à l'évidence une spirale de type archimédien, le tampon du Collège aussi. Dans le Dossier n° 13, Gyroscopie de la Gidouille, on trouve toutes sortes de "spirales", certaines n'ayant aucune formulation mathématique bien déterminée [9]; alors y a-t-il une seule forme de Gidouille ou bien doit-on admettre toute "spirale" comme susceptible de générer une gidouille?
La gidouille ubique est tracée sur une hémisphère : le plan - ou la surface - sur lequel on dessine la gidouille est-il ou non euclidien est une question préalable qu'il faudra trancher, bien des conséquences peuvent en découler... Les représentations montrent à l'évidence que la gidouille est une surface et non pas une simple courbe (qui serait alors invisible comme tout objet mathématique de dimension 1). C'est concrètement une partie de plan comprise entre deux spirales certes mais de quel type ?
Ces questions d'importance capitale devraient être débattues par une Sous-Commission ad-hoc, Sa Sommité, le Régent d'Hélicologie impulsant les travaux.

Le technicien chargé de l'héliciculture

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Qu'est-ce que la 'Pataphysique ?
 

La plus vaste et la plus profonde des Sciences, celle qui d'ailleurs les contient toutes en elle-même, qu'elles le veuillent ou non, la 'Pataphysique ou science des solutions imaginaires a été illustrée par Alfred Jarry dans l'admirable personne du Docteur Faustroll. Les Gestes et Opinions du Docteur Faustroll, pataphysicien, écrits en 1897-1898 et parus en 1911 (après la mort de Jarry) contiennent à la fois les Principes et les Fins de la Pataphysique, science du particulier, science de l'exception (étant bien entendu qu'il n'y a au monde que des exceptions, et que la «règle» est précisément une exception à l'exception ; quant à l'univers, Faustroll le définissait «ce qui est l'exception de soi»).

Cette Science, à laquelle Jarry avait voué sa vie, les hommes la pratiquent tous sans le savoir. Ils se passeraient plus facilement de respirer. Nous trouvons la 'Pataphysique dans les Sciences Exactes ou Inexactes (ce qu'on n'ose avouer), dans les Beaux-Arts et les Laids, dans les Activités et Inactivités Littéraires de toutes sortes. Ouvrez le journal, voyez la télévision, parlez : 'Pataphysique !

La 'Pataphysique est la substance même de ce monde.

Ce texte date du 1er absolu XCVIII


Par Lou de Libellus - Publié dans : de chinoiseries
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Dimanche 13 mai 2012 7 13 /05 /Mai /2012 00:01

 
Hommage à Jimidi, grand chasseur d'idées de génie.

Plier n'est pas céder (réédition)


Lettrine--H-pliable-

 

 

ier, la plomberie nous invitait au flexible, aujourd’hui, le prospectus Gifi nous propose du pliable. Deux concepts que je rangerais volontiers dans des catégories phénoménologiques voisines si j’avais la moindre idée de ce dont il s’agit et si je ne craignais en sus de perdre au passage le peu de lecteurs venant traîner ici deux virgule huit fois en moyenne par jour. Mais en première approximation, avant de plonger dans le fameux prospectus, je peux hasarder l’hypothèse que le flexible propose de s’adapter en souplesse aux situations là ou le pliable s’impose de réduire son encombrement pour s’adapter au volume de rangement disponible.
C’est moi, ou ça sent déjà l’imposture ? Non parce qu’on va pas tarder à extraire des pages chamarrées du prospectus des trucs et des machins proposant tous de se faire tout petit, vous permettant ainsi de gagner de la place. Mais je suis quasi sûr que dans votre esprit, gagner de la place, c’est gagner de l’espace vital pour vous, voir l’horizon de votre chaos domestique reculer jusque dans les bleus lointains et avec lui la ligne de front séparant vos dérisoires efforts ménagers des armées coalisées du désordre et de la poussière, menant elles, sans démordre, le siège de votre nid douillet.
Vous allez être déçu, déçue, déçus, déçues ! (C’est bon ? Tout le monde est là ?) et notre premier objet va vous le démontrer.



  Passoire-pliante-GIFI
 

La passoire pliante


Mes excuses préalables à l’objet. Puisse la PP (passoire pliante) ne rien voir de personnel dans ce qui va suivre. Ma démonstration serait tout aussi valable avec une enclume gonflable ou une chaise longue lyophilisée. Mettons que l’idée, la vue, le prix de la PP vous tire spontanément des hululements d’extase, qu’un désir irrépressible de l’avoir vous caramélise et mettons même que vous l’achetiez, quitte à utiliser des arguments fallacieux genre, avec les poignées, elle fera aussi sac à main ou, en appuyant fort, je suis sûr qu’on doit pouvoir s’en servir aussi de presse purée, bref, ça y est, vous l’avez. Vous ne me ferez pas croire UNE SECONDE qu’il s’agit là de votre première passoire, ni que la précédente fût à remplacer : avant que l’abrasion agrandisse les trous au point qu’ils se rejoignent, ça peut vous tenir un siècle ou deux ces machins là, à moins que vous ne mangiez à tous les repas du sable sous pression, ou que vous récuriez votre passoire tous les jours au papier de verre ! Bref, vous voilà avec deux passoires, dont une pliante. Mettons alors - on est en pleine science fiction - que vous vous débarrassiez de la vieille. Tu dis ? Non, pas celle-là, je parlais de la précédente passoire. Vous l’offrez pour une tombola ou l’anniversaire d’un neveu éloigné, vous la coupez en petits morceaux avant de la mettre à la poubelle (qu’on ne remonte pas jusqu’à vous ) vous l’envoyez à une oeuvre caritative chargée de les recycler en fauteuils roulants pour amputés des deux mains, bref, vous voilà désormais avec une passoire. Pliante et unique.
Vous allez la ranger où ? Que ce soit à la place de l’autre ou dans un tiroir plutôt qu’un placard, votre horizon ne va guère changer. Tout juste aurez vous gagné un peu de place, mais vous connaissant comme je vous connais, cette place là, vous allez la mettre à profit pour stocker une merdouille de plus, sacrifiant à cet axiome qu’il nous fallait démontrer : la place gagnée avec un objet pliant ne l’est pas au profit du vide, mais d’un autre objet susceptible de l’occuper. Je vous le formule autrement : plus vous libérez de la place, plus vous pouvez accumuler. Je ne sais pas quelles conclusions vous en tirerez concernant notre passoire, mais je serais vous, j’en achèterais directement trois pour être tranquille avec ça.

Le plie-linge


On retrouvera, à peine plus loin dans le prospectus, une vieille connaissance, ayant déjà largement alimenté nos chroniques, mais tout à fait à sa place ici. J’ai nommé le plie-linge Gifi. Là, on fait quasi dans le méta puisque l’objet est à la fois pliable mais destiné à en plier d’autres. Contrairement à la passoire, le plie-linge nouveau a peu de chance de remplacer un ancien plie-linge dont vous seriez déjà l’heureux propriétaire. Mais il va également occuper de la place en prétendant vous en faire gagner et si l’on peut difficilement se passer de passoire, en revanche, je me passe très bien de plie-linge. Finalement, pour l’un comme pour l’autre, le premier endroit dans lequel ils vont à coup sûr vous permettre de gagner de la place, c’est votre porte monnaie.
Vous trouverez ci-dessous mes deux précédentes chroniques consacrées au plie-linge. La vérité historique m’oblige à avouer que la deuxième, dans laquelle cet ustensile imbécile est présenté sous un jour avantageux, m’a été inspirée par le commentaire de James sur la première.
Jimidi

Plie-linge Gifi I (re)

  Plie-linge-Gifi---cet-objet-est-con

 

  comme-on-caresse-un-loup--lettrine J-

 

 

amais vu un truc aussi con. Pourtant, des objets cons, ce carnet de notes en regorge. Mais ils sont cons ET marrants, cons ET surprenants, cons ET bizarres. Celui là est juste con. Il est extrait de l’actuel prospectus Gifi, des idées de génie. On ne doit pas mettre le même sens sous le mot « génie » Gifi et moi. Ou alors le leur est resté un peu trop longtemps dans une lampe malencontreusement remplie d’alcool… Pi leur « plie-linge », ils ne l’ont pas caché dans un recoin du prospectus, non, première page, direct ! C’est vrai qu’une connerie aussi monumentale, ça gagne à être connue, ça s’affiche, ça va faire date, créer un précédent, battre un record, établir une nouvelle norme. Après tout, peut-être les foules incrédules vont-elles se précipiter, des files d’attente se former avant même l’ouverture des magasins. On voudra venir voir de ses propres yeux voir, toucher la chose, s’assurer en personne de sa réalité. Il est même possible que les plus espiègles en achètent un, qu’une mode se crée, que des soirée pliage de tee-shirts s’organisent entre amis pour rire, que ça finisse en jeu télé, en discipline olympique.
Mais en attendant, c’est un objet con. Je sais bien qu’il s’en trouvera parmi vous pour m’apporter la contradiction, se faire l’avocate du diable (de Tours), assurer que si, qu’après tout, que pourquoi pas, que les innombrables plieurs de tee-shirts dotés par quelque ironie du sort d’un pied gauche comme seul membre supérieur vont trouver dans le plie-linge la fin du cauchemar qu’était jusque là leur vie, une nouvelle raison d’espérer, la foi pour certains. Mais qu’on y réfléchisse un peu, qu’on réalise, qu’on ouvre les yeux, qu’on répète trois fois la même chose depuis le début : quelqu’un ayant besoin de ce truc con pour plier un truc aussi con à plier qu’un tee-shirt, vous imaginez combien de siècles de cours du soir il lui faudrait pour apprendre à plier un pantalon à patte d’eff ou une chemise à jabot et manches gigot ? Il y a donc fort à craindre que les client potentiels de ce truc con, les vrais, ceux qui n’achèteraient pas le plie-linge seulement pour se pisser dessus de rire, aient certes, des piles parfaites de tee-shirt impeccablement pliés, mais à coté, quoi ? Ben oui : des MONTAGNES d’autres vêtements impliables avec ce truc con. Et alors que faire ? Attendre que Gifi et son génie psychopathe commercialisent un plie-linge adapté à chaque pièce de leur trousseau ?
...
Ah ! Vous voyez que ce truc est con.
Jimidi 20 août 2009

Commentaires recueillis à l’origine
 

Je serai ce jour l'avocat du diable, croyant mais non pratiquant. Le dieu du pliage, Origami I, a trouve son maître : le plie -linge, et GIFI est son prophète. Je suis très bordelique chez moi et pourtant je connais cet objet grâce au Télé-achat depuis quelques années. Moquez-vous, braves gens, mais cet objet va révolutionner votre vie ! Croyez-le ou non, on peut tout plier correctement : chemises, robes, pantalons, pulls, toutes les fringues.
James 11.09.2009
Ouais moi j'en connais qui sont d'une rigueur militaire dans leur armoire et pour qui cet objet peut être un must. Un en particulier de ma connaissance qui utilise une BD pour plier sa chemise autour, sisi. Je m'en vais acquérir ce bijou pour son anniversaire, je suis sûre qu'en plus ça va lui faire plaisir !

MiKla 11.09.2009
(Maintenant c'est sûr : tous cinglés) Cher James, oserais-je l'avouer, depuis votre commentaire, l'image de vous en robe (impeccablement repassée, superbement pliée, magnifiquement dépliée) me hante...
Écrit par : Jimidi 11.09.2009
Donc, si je comprends bien chère Mikla, emboîtant le pas à James (quel beau couple !) et abondant dans son sens, vous êtes en train de me dire que ce magnifique objet, esthétique et peu cher, peut rendre d'infinis services. Ok, vous l'aurez voulu : je m'engage à rédiger une contre-note à la gloire du plie-linge. A suivre donc...
Écrit par : Jimidi 11.09.2009
4 euros pour ce truc-là ? Trop cher ! Fabriquez-le... Cherchez un carton d'emballage gratos chez GiFi et regardez la suite : vous serez surpris...


http://vids.myspace.com/index.cfm?fuseaction=vids.individual&videoid=17702337


Écrit par : snounou 11.09.2009
Et ça plie les chaussettes aussi ?
Écrit par : melanie 11.09.2009
Trop bien, on peut le fabriquer soit même !
Écrit par : MiKla 12.09.2009

(...)
(je ne réédite que les commentaires en rapport avec la chronique)

Plie-linge Gifi II (re)
 

 

Plie-linge-Gifi---cet-objet-est-bon

 

  Lettrine--J-plie-linge-Gifi-

 

amais vu un truc aussi bon. Pourtant, des objets bons, ce carnet de notes en regorge. Mais leur excellence, associée à une autre qualité, semble s’y diluer : ils sont bons et marrants, bons et surprenants, bons et bizarres. Celui là est pur : il est juste bon. Il est extrait de l’actuel prospectus Gifi, des idées de génie, où il figure à la page qu’il mérite : la première. C’est vrai qu’une bonté aussi monumentale, ça gagne à être connu, ça s’affiche, ça va faire date, créer un précédent, battre un record, établir une nouvelle norme. Les foules incrédules vont se précipiter, des files d’attente se former avant même l’ouverture des magasins. On voudra venir voir de ses propres yeux voir, toucher la chose, s’assurer en personne de sa réalité. Il est assez vraisemblable qu’une mode se crée, que des soirées pliage de tee-shirts s’organisent entre amis pour communier, que ça finisse en jeu télé, en discipline olympique.
Mais en attendant, c’est juste un objet bon. Je sais bien qu’il s’en trouvera parmi vous pour m’apporter la contradiction, se faire l’avocate du diable (de Tours) que non merci, que pas du tout, que sans façon, qu’un simple album de bande dessiné ou qu’un bête assemblage de quatre cartons font très bien l’affaire, que plier le linge n’a jamais été un enfer, qu’il n’y a vraiment pas lieu de trouver dans le plie-linge Gifi une satisfaction. Pourquoi pas la foi pendant qu’on y est ! Aie don, crévinguieux, merdequoi !
Mais réalise-t-on quelle était jusque à présent la vie tourmentée du producteur de testostérone bio, célibataire, à l’heure de s’occuper du linge ?  Il s’est retrouvé assez vite dans son premier chez lui confronté à cette réalité simple, mais qui lui avait échappé jusque là, selon laquelle le processus conduisant du linge sale aux piles d’habits impeccablement rangées dans une armoire n’avait rien à voir avec le cycle naturel de l’eau ou la successions des saisons et qu’à défaut d’une intervention de sa part, son linge sale allait le rester. Pour une raison tout à fait indépendante de sa volonté – et de la mienne –  sa mère est à ce moment là en panne ou aux Bahamas. Il va au lavomatic, forcément, au moins une fois, plutôt content de lui au départ, l’innocent. Comment n’y avait-il pas pensé ? À chaque problème sa solution : Il a faim, il va au resto. Il a soif, il va au bistro. Il a sommeil, il va au dodo. Il a du linge sale, il va au lavomatic. Tout le monde va au lavomatic.
Il n’ira plus jamais au lavomatic. En entrant, il retrouve instantanément les sensations de son oral du Bac. Pire : il sait ce que c’est que de comparaître devant un jury d’assise ou d’être en garde à vue. Il a compris immédiatement qu’avec son sac de linge sale à la main, dont il projetait – tiens tiens ? - de faire disparaître les traces douteuses. Il était infiniment SUSPECT.
À partir de là, les témoignages divergent. Pour certains, assez peu crédibles, l’individu est allé jusqu’à laver ses affaires, repartant ensuite avec précipitation (il pleuvait) mais difficulté, chargé qu’il était d’un sac devenu beaucoup trop lourd pour lui, ses forces l’ayant semble-t-il abandonné. On l’aurait vu entrer subséquemment chez un thérapeute. Selon d’autres témoignages, après avoir poussé la porte, l’individu aurait tourné les talons sans attendre, bredouillant quelque chose comme « Excusez moi, je me suis trompé de numéro. » La rumeur publique colporte qu’ultérieurement, après ce qui apparaît du coup comme un premier repérage, il serait revenu à trois heures du matin, à un moment où il était presque sûr de ne pas être surpris.
Donc il achète un lave-linge ; son rapport investissement/bénéfice est un chouia plus favorable qu’une psychanalyse. Il l’a choisi à chargement frontal, avec un hublot parce qu’il lui semble qu’alors, il pourra surveiller que tout se passe bien. Puis hublot, ça fait un peu transatlantique. Après une première lessive à l’issue de laquelle tous ses sous-vêtements ressortent d’un très joli rose, il comprend assez vite qu’on ne lave pas impunément ensembles les tee-shirts et les rideaux. Il apprend vite. Ses expériences (variées) aboutissent toutes au rachat d’une garde robe intégrale, mais les vêtements neufs ayant souvent l’avantage d’être propres, ça roule. Un jour enfin, après qu’une première panière de linge ait été retrouvé morte, empoisonnée aux champignons faute d’avoir été étendue, notre futur candidat à l’achat du plie-linge se retrouve finalement avec des vêtements propres, secs, mais froissé.
Puis un déclic se fait, une connexion s’établie. Notre sujet - appelons le, je ne sais pas moi, James par exemple - est un homme. Il a donc une confiance inébranlable en la technique. Il réalise en une vision comparable à celle de Saint Paul sur le chemin de Damas les tenants et les aboutissants du problème linge. Il associe, il conçoit, il échafaude et bientôt – vous devriez demander aux enfants de reculer un peu – il s’organise. Ça passe bien sûr par des achats, puis quelques travaux, mais on n’a rien sans rien. L’œil attendri de la caissière le dédommage largement alors qu’il passe tout encombré d’un caddie contenant pêle-mêle une planche à repasser décor chatons, un séchoir Tancarville, une centrale vapeur avec fer, une jeannette, « Le repassage pour les nuls », des cintres, un portant, une peluche de raton laveur brusquement désirable sans qu’il sache pourquoi, un pulvérisateur à main, une bombe d’amidon, des torchons pour commencer doucement.
Il a repéré dans son emploi du temps un moment favorable dans la semaine, correspondant probablement au passage télé d’une série que tout le monde regarde sans oser l’avouer, ce qui interdit heureusement les visites surprise, et il s’y met. Bientôt, pourquoi se le cacher ? il trouve un certain plaisir à transformer un tas de chiffons en piles de vêtements classés en ordre chronologique et alphabétique décroissant sur les étagères de son dressing.
Mais il se souvient comme si c’était hier de sa rencontre décisive avec le plie-linge. Jusque là, le pliage restait une étape manuelle un peu contrariante dans un processus largement mécanisé. Mais le plie-linge mes frères, alors là oui ! Écoutons le témoignage de James : « Je suis très bordelique chez moi et pourtant je connais cet objet grâce au Télé-achat depuis quelques années. Moquez-vous, braves gens, mais cet objet va révolutionner votre vie ! Croyez-le ou non, on peut tout plier correctement : chemises, robes, pantalons, pulls, toutes les fringues. »  James a enfin gagné sur sa nature profonde, il ne craint plus les quolibets de la foule, il avance désormais dans la vie tête haute sur un chemin glorieux bordé de piles de vêtements parfaitement ordonnées dont la cime se perd dans les cieux. Tout ça grâce au plie-linge. Recueillons nous un instant.
...
En vérité, je vous le dis, ce truc est bon.


Plie-linge-Gifi---cet-objet-est-bon-en-couleurs

 

Une bonne nouvelle n'arrivant jamais seule, j'ai la joie de vous annoncer que le plie-linge existe en plusieurs couleurs : rose pour les filles, bleu pour les garçon, anthracite pour les mineurs. Un autre modèle, d'autres coloris et même une démo animée en suivant le lien.
Jimidi 12 septembre 2010

Commentaires recueillis à l’époque


Ce texte est aussi bon que le plie-linge ! Mais si une jeannette est une petite Jeanne, c'est quoi une petite Mélanie ? et ça sert à quoi ?
Écrit par : melanie 12.09.2009
Une jeannette n'est pas du tout une "petite Jeanne" quand à une "petite Mélanie", comme disait Confusius, ou son psy, je ne sais plus : "Personne ne devrait confier à un autre le soin de répondre à la question de savoir quelle sens a sa vie." Pour la bonne raison que la plupart du temps, on a bien autre chose à foutre.

Écrit par : ♣ 12.09.2009
(...)
je trouve toujours le plie- linge aussi con..... et ton texte tordant...
Écrit par : soisic 12.09.2009
Merci Soisic (...)
Écrit par : ♣ 12.09.2009
Je l'avais vu, mais la pub c'est comme les professions de foi électorales. Faute de l'étude raisonnée d'un laboratoire de recherche consommant beaucoup de T-shirts et d'ingénieurs mouillant jusqu'à leur chemise, on craint l'arnaque et 4 euros, ça ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval, 400.000 euros non plus,


 

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualites/politique/20090622.OBS14/le_congres_coutera_400.000_euros_selon_bernard_accoyer.html

 

ou alors c'est une manade. Je vais essayer ce plieur pour ma sculpture "Underwood" dont je ne veux plus me séparer en voyage : elle ne tient pas dans une valise et elle est refusée comme bagage de cabine.
Toutefois, nous mettons les investisseurs en garde contre les produits dérivés sans avenir comme le plie-bagage pour personnes de la diversité qui ont eu l'imprudence d'inscrire leurs enfants à l'école et se sont vu chrétiennement prier de plier bagage. En effet, ce sont là gens sans foi ni loi ni bagage. Les professions de foi électorales, c'est pas comme la pub. Quand on annonce "demain on plie gratis", aujourd'hui ça se fait.
Hier, avec le "Nouvel OMO", il fallait nouer le linge avant de le laver et il fallait, selon le "Rapport Coluche", une semaine pour défaire les nœuds mouillés qui moisissaient.
"Comprenne qui voudra !
Moi, mon remords, ce fut
la première panière de linge
au regard d'enfant perdue,
celle qui ressemble aux morts
qui sont morts pour être aimés.
C'est [presque] de l'Éluard. Mesdames et Messieurs, je vous remercie.
Écrit par : lou 13.09.2009

Mercredi 17 août 2011

Commentaires


Un grand bravo à vos littératures, votre sens aigu de l'interprétation, bref mes remerciements pour ces récréations rondement bien orchestrées. Pour quand votre essai sur une courgette pliable ? N'en déplaise au goût, vos réflexions sont simplement excellentes !
Commentaire n°1 posté par kapi le 17/08/2011 à 11h43
Merci.
Réponse de Jimidi le 17/08/2011 à 18h59
Gifi n'a pas évolué, mais toi oui visiblement!
Tu connais sans doute ce plan bien plus économique sans plastique ni carton?
http://youtu.be/Ix1HKglt3yk
... ne loupe pas les commentaires... 
Commentaire n°2 posté par br'1 le 17/08/2011 à 20h37
Dis donc ! Intéressant ! Lundi je m'y mets.
Réponse de Jimidi le 17/08/2011 à 23h53

 

__

 

La compilation est l’œuvre de Jimidi. GiFi est Grand, Jimidi est son Prophète !

 

Hein ? Le titre de cette page ? Ah oui ! C'est du pareil au même...

Playtime / Jacques Tati, Manège, 1967

Musique : Francis lemarque - int. Francois Rauber et son orchestre

 

[cliquer sur l'album pour lire la plage Manège, scène finale de Playtime autour d'un rond-point]

 

 

Par lou - Publié dans : de chinoiseries
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Lou

  • : Libellus
  • Libellus
  • : Un bloc-notes sur la toile. * * * * * * * * * * * * * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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