de chinoiseries

Lundi 15 août 2011 1 15 /08 /Août /2011 21:02

 

C'est les vacances.

Nous commençons, selon notre usage, par une photographie qui nous paraît bien de saison et un peu de musique pour accompagner votre lecture – une fois encore, remerciements à René Chabrière qui nous fait partager ses enregistrements.

 

Alain Robert-Buoux 1991

Alain Robert, Buoux, La Nuit du Lézard, 1991

 

Luciano Berio, Sinfonia III-IV, 1968 

Une petite varappe ?

 

 
Par lou - Publié dans : de chinoiseries
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Samedi 11 juin 2011 6 11 /06 /Juin /2011 00:01
 
Pour la Pentecôte.
 
C'était en 1987, à En-Calcat, un dimanche, à la belle saison. Le portail donnant depuis l'abbatiale sur le cloître était ouvert. Il y avait juste une cordelette indiquant clairement que les fidèles ne pouvaient que regarder. Une femme, fidèle au demeurant, s'est glissée sous la ficelle. Quelques moines courageux l'ont raccompagnée jusqu'à l'église.
 
Denis, frère hôtelier, verrier, chanteur soliste, et Lou se connaissaient déjà bien.
Le Denis a dit au Lou :
_ Que veux-tu, elles viennent chercher le frisson monastique.

C'est en ce temps-là qu'un philosophe portant la bure nous a enseigné les trois choses que Dieu lui-même ne peut pas connaître :
 
_ Ce que va dire un franciscain qui monte en chaire pour prêcher. Les franciscains parlent du cœur avec une spontanéité tellement immédiate que Dieu en est surpris.
_ Ce que vient de dire un dominicain qui descend de chaire après avoir prêché. Les dominicains ont un discours tellement compliqué que Dieu ne peut le déchiffrer.
_ Ce que pense un jésuite en train de prêcher en chaire.
 
Rappelons qu'il s'agit là de la leçon d'un bénédictin.
 
Une autre vacherie sur les jésuites (elle est connue).
On demande à un jésuite :
_ Est-il vrai que les jésuites répondent toujours à une question par une autre question ?
_ Qui vous a dit cela ?
 
Les moines vivent dans la joie. Ils font vœu de pauvreté : cela veut dire qu'ils ne possèdent rien personnellement et non pas qu'ils sont dans la misère. Ils vivent comme tout le monde, mieux que les misérables de notre temps. Ils ont leurs querelles, comme tout le monde.
Un jour, à En-Calcat, deux cuisiniers se sont disputés. L'un des deux a frappé l'autre d'un coup de poêle. Une journée de jeûne, à plat ventre au fond de l'abbatiale. Ce n'était pas pour le coup, personne n'était blessé, mais on ne joue pas avec les ustensiles de cuisine qui sont à tous et qui coûtent cher. Le pauvre !
 
Allez ! Une autre d'En-Calcat.
 
Un frère, chargé de l'entraînement du club de rugby féminin de Dourgne (la commune à laquelle est liée l'abbaye) assurait l'accueil à la porterie. Une bonne sœur, l'air sévère, se présente avec trois novices - charmantes et souriantes.
_ Ma Révérende ? Ou bien est-ce qu'on dit Ma Révérende Mère ?
_ Ma Mère, seulement.
_ Ma Mère, vous savez ce que j'ai là-dessous [sous sa robe de moine] ?
_ ...
_ Vous voulez voir ?
_ ...
Il a ouvert d'un seul geste sa bure et dessous... il portait le T-shirt du club.
Il m'a semblé que la Révérende ne goûtait pas l'humour bénédictin. Les novices étaient pliées de rire.
 
L'humour monastique se pratique également chez les cisterciens, au moins à Sainte-Marie-du-désert.
 
Du frère Robert qui a conduit Grégoire jusqu'au dernier moment.
 
Grégoire-c'était un larron
 
_ Mon frère, est-il vrai que vous creusez votre tombe chaque nuit ?
_ Madame, je suis là depuis vingt-cinq ans, depuis le temps, même à la petite cuillère, ce ne serait plus une tombe mais une piscine.
 
Pour des raisons de travaux internes, Robert avait été mis dans une cellule donnant sur l'extérieur, ce qui est moins noble qu'une cellule donnant sur le cloître. De sa fenêtre, il voyait le pré et le bois où les moines élevaient des daines (pas pour eux, mais il faut bien gagner son pain). Il en était tout heureux :
_ Maintenant, de chez moi, je vois le jardin d'Eden.
 
Il était affecté à l'élevage des cochons et à la porterie, l'accueil.
Un jour, on a changé de cuisinier. Robert s'est retrouvé aux fourneaux. Il a fait un petit discours d'entrée (je le tiens de Grégoire) :
_ Merci à tous, ça fait dix ans que je nourris les cochons, ils ont toujours été contents.
 
Plus risqué.
Robert est psychologue de formation.
Le monastère reçoit un groupe de mongoliens encadré par des éducateurs extraordinaires, ils avaient la foi et le génie. La plus âgée du groupe avait 45 ans, un âge canonique pour ces personnes. L'un des encadrants m'a dit : elle faiblit, on le voit, même si ça ne se voit pas.
Mon Robert s'adresse à une fillette âgée de vingt ans – les mongoliens paraissent très jeunes.
_ Quand tu seras grande, tu te marieras ? Peut-être qu'on se mariera ensemble ?
[un très court silence de réflexion]
_ Ce n'est pas possible.
_ Et pourquoi ?
_ Parce que tu es déjà marié.
_ Tu sais bien que les moines ne sont pas mariés.
_ Si, tu es marié avec Jésus.
 
Cochon qui le conteste, ce n'était pas une leçon apprise par cœur. Ces gens-là sont intelligents.
 
A voir :  Le Huitième Jour.
 
Pascal Duquenne a reçu le prix d'interprétation masculine avec Daniel Auteuil au Festival de Cannes 1996.
 
En-Calcat-la porte du jardin  
 
Regardons les vitraux de notre cher Denis et les tapisseries de Dom Robert. C'est celui qui était toujours bronzé. Il passait ses journées dans la nature à faire des croquis. On ne le voyait qu'à l'office du soir. Des fois au dîner, quand il était rentré. Il emportait son panier avec ses crayons et ses couleurs. La liberté.
 
 
Lisons Le Psautier d'En-Calcat.
 
Si le Seigneur ne bâtit la maison,
en vain peinent les bâtisseurs.
  
Si le Seigneur ne garde la ville,
en vain veillent les gardes.
 
En vain prévenez-vous le jour et retardez-vous le repos,
mangeant le pain de la souffrance ;
 
Car Dieu donne à ceux qu'il aime,
en plein sommeil.
 
Voici l'héritage du Seigneur : des fils,
sa récompense : le fruit du sein.
 
Des flèches aux mains d'un héros,
tels sont les fils de la jeunesse.
 
Heureux l'homme qui de ces flèches
a garni son carquois !
 
Il n'aura pas le dessous, quand il devra plaider
contre des adversaires au tribunal.
 
Ps. 126
 
Ce court psaume (dit de Salomon) est une méditation sur la création, le temps, l'éternité.
L'éternité n'est pas dans notre temps, la création ne s'est pas faite selon notre temps. Le créé ne peut être que de chaque instant dans une œuvre impermanente.
 
Andreas Scholl-Vivaldi
 
Vivaldi, Nisi Dominus, int. Andreas Scholl, Australian Brandenburg Orchestra, dir. Paul Dyer, 2000
 

 
Remerciements à Yueyin pour avoir hébergé l'esquisse de cette page.
 
Par lou - Publié dans : de chinoiseries
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Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 00:01

 

On trouvera dans les écrits des maîtres et sur la Toile une présentation informée du bouddhisme.

 

Notre propos, sur une idée de GT, est seulement de vous faire connaître, par des chants et des percussions, la sagesse du bouddhisme tibétain : la vie, l'espérance, l'impermanence de l'instant.

 

 

Tibet-Om Tara

 

 

Om Tara Tutara Ture Soha, Préparation (extrait), album Mantras from Tibet, 1999

 

La Préparation reprend 54 fois le chant rituel. La Méditation et la Célébration, 108 fois.

 

Le Mantra s'inspire de quelques pages de Sogyal Rinpoché, Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort, 1992, traduction française, 1993, nouvelle édition, 2003.

 

 

Tibet-Gelugpa

 

 

Les Moines Gelugpa Du Monastère Samtem Ling, Chants sacrés Gelugpa, 2006

 

 

Tibet-Swayambunath

 

 

Musique sacrée des moines tibétains, Temples de Bodh Gaya, Dharamsala et Swayambunath, tambours à deux peaux, 1976

 

Dans son ouvrage, Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort, Première partie, Deux, Sogyal Rinpoché nous rappelle à Montaigne.

 

___

 

DOCUMENTS

 

L'heur et la beatitude qui reluit en la vertu, remplit toutes ses appartenances et avenues, jusques à la premiere entree et extreme barriere. Or des principaux bienfaicts de la vertu, c'est le mespris de la mort, moyen qui fournit nostre vie d'une molle tranquillité, et nous en donne le goust pur et amiable : sans qui toute autre volupté est esteinte.

Voyla pourquoy toutes les regles se rencontrent et conviennent à cet article. Et combien qu'elles nous conduisent aussi toutes d'un commun accord à mespriser la douleur, la pauvreté, et autres accidens, à quoy la vie humaine est subjecte, ce n'est pas d'un pareil soing : tant par ce que ces accidens ne sont pas de telle necessité, la pluspart des hommes passent leur vie sans gouster de la pauvreté, et tels encore sans sentiment de douleur et de maladie, comme Xenophilus le Musicien, qui vescut cent et six ans d'une entiere santé : qu'aussi d'autant qu'au pis aller, la mort peut mettre fin, quand il nous plaira, et coupper broche à tous autres inconvenients. Mais quant à la mort, elle est inevitable.

Omnes eodem cogimur, omnium
Versatur urna, serius ocius
Sors exitura, et nos in æternum exitium impositura cymbæ.

Et par consequent, si elle nous faict peur, c'est un subject continuel de tourment, et qui ne se peut aucunement soulager. Il n'est lieu d'où elle ne nous vienne. Nous pouvons tourner sans cesse la teste çà et là, comme en pays suspect :quæ quasi saxum Tantalo semper impendet. Nos parlemens renvoyent souvent executer les criminels au lieu où lecrime est commis : durant le chemin, promenez les par de belles maisons, faictes leur tant de bonne chere, qu'il vous plaira,

non Siculæ dapes
Dulcem elaborabunt saporem,
Non avium, cytharæque cantus
Somnum reducent.

Pensez vous qu'ils s'en puissent resjouir ? et que la finale intention de leur voyage leur estant ordinairement devant les yeux, ne leur ayt alteré et affadi le goust à toutes ces commoditez ?

Audit iter, numeratque dies, spatioque viarum
Metitur vitam, torquetur peste futura.

Le but de nostre carriere c'est la mort, c'est l'object necessaire de nostre visee : si elle nous effraye, comme est-il possible d'aller un pas avant, sans fiebvre ? Le remede du vulgaire c'est de n'y penser pas. Mais de quelle brutale stupidité luy peut venir un si grossier aveuglement ? Il luy faut faire brider l'asne par la queuë,

Qui capite ipse suo instituit vestigia retro.

Ce n'est pas de merveille s'il est si souvent pris au piege. On fait peur à nos gens seulement de nommer la mort, et la pluspart s'en seignent, comme du nom du diable. Et par-ce qu'il s'en faict mention aux testamens, ne vous attendez pas qu'ils y mettent la main, que le medecin ne leur ayt donné l'extreme sentence. Et Dieu sçait lors entre la douleur et la frayeur, de quel bon jugement ils vous le patissent.

Par ce que cette syllabe frappoit trop rudement leurs oreilles, et que cette voix leur sembloit malencontreuse, les Romains avoient apris de l'amollir ou l'estendre en perifrazes. Au lieu de dire, il est mort, il a cessé de vivre, disent-ils, il a vescu. Pourveu que ce soit vie, soit elle passee, ils se consolent. Nous en avons emprunté, nostre, feu Maistre-Jehan.

A l'adventure est-ce, que comme on dict, le terme vaut l'argent. Je nasquis entre unze heures et midi le dernier jour de Febvrier, mil cinq cens trente trois : comme nous contons à cette heure, commençant l'an en Janvier. Il n'y a justement que quinze jours que j'ay franchi 39. ans, il m'en faut pour le moins encore autant. Ce pendant s'empescher du pensement de chose si esloignee, ce seroit folie. Mais quoy ? les jeunes et les vieux laissent la vie de mesme condition. Nul n'en sort autrement que si tout presentement il y entroit, joinct qu'il n'est homme si décrepite tant qu'il voit Mathusalem devant, qui ne pense avoir encore vingt ans dans le corps. D'avantage, pauvre fol que tu es, qui t'a estably les termes de ta vie ? Tu te fondes sur les contes des Medecins. Regarde plustost l'effect et l'experience. Par le commun train des choses, tu vis pieça par faveur extraordinaire. Tu as passé les termes accoustumez de vivre : Et qu'il soit ainsi, conte de tes cognoissans, combien il en est mort avant ton aage, plus qu'il n'en y a qui l'ayent atteint : Et de ceux mesme qui ont annobli leur vie par renommee, fais en registre, et j'entreray en gageure d'en trouver plus qui sont morts, avant, qu'apres trente cinq ans. Il est plein de raison, et de pieté, de prendre exemple de l'humanité mesme de Jesus-Christ. Or il finit sa vie à trente et trois ans. Le plus grand homme, simplement homme, Alexandre, mourut aussi à ce terme.

Combien a la mort de façons de surprise ?

Quid quisque vitet, nunquam homini satis
Cautum est in horas.

Je laisse à part les fiebvres et les pleuresies. Qui eust jamais pensé qu'un Duc de Bretaigne deust estre estouffé de la presse, comme fut celuy là à l'entree du Pape Clement mon voisin, à Lyon ? N'as tu pas veu tuer un de nos Roys en se jouant ? et un de ses ancestres mourut il pas choqué par un pourceau ? Æschylus menassé de la cheute d'une maison, à beau se tenir à l'airte, le voyla assommé d'un toict de tortue, qui eschappa des pattes d'un Aigle en l'air : l'autre mourut d'un grain de raisin : un Empereur de l'egratigneure d'un peigne en se testonnant : Æmylius Lepidus pour avoir heurté du pied contre le seuil de son huis : Et Aufidius pour avoir choqué en entrant contre la porte de la chambre du conseil. Et entre les cuisses des femmes Cornelius Gallus preteur, Tigillinus Capitaine du guet à Rome, Ludovic fils de Guy de Gonsague, Marquis de Mantoüe. Et d'un encore pire exemple, Speusippus Philosophe Platonicien, et l'un de nos Papes. Le pauvre Bebius, Juge, cependant qu'il donne delay de huictaine à une partie, le voyla saisi, le sien de vivre estant expiré : Et Caius Julius medecin gressant les yeux d'un patient, voyla la mort qui clost les siens. Et s'il m'y faut mesler, un mien frere le Capitaine S. Martin, aagé de vingt trois ans, qui avoit desja faict assez bonne preuve de sa valeur, jouant à la paume, reçeut un coup d'esteuf, qui l'assena un peu au dessus de l'oreille droitte, sans aucune apparence de contusion, ny de blessure : il ne s'en assit, ny reposa : mais cinq ou six heures apres il mourut d'une Apoplexie que ce coup luy causa. Ces exemples si frequents et si ordinaires nous passans devant les yeux, comme est-il possible qu'on se puisse deffaire du pensement de la mort, et qu'à chasque instant il ne nous semble qu'elle nous tienne au collet ?

Qu'importe-il, me direz vous, comment que ce soit, pourveu qu'on ne s'en donne point de peine ? Je suis de cet advis : et en quelque maniere qu'on se puisse mettre à l'abri des coups, fust ce soubs la peau d'un veau, je ne suis pas homme qui y reculast : car il me suffit de passer à mon aise, et le meilleur jeu que je me puisse donner, je le prens, si peu glorieux au reste et exemplaire que vous voudrez.

prætulerim delirus inérsque videri,
Dum mea delectent mala me, vel denique fallant,
Quam sapere et ringi.

Mais c'est folie d'y penser arriver par là. Ils vont, ils viennent, ils trottent, ils dansent, de mort nulles nouvelles. Tout cela est beau : mais aussi quand elle arrive, ou à eux ou à leurs femmes, enfans et amis, les surprenant en dessoude et au descouvert, quels tourmens, quels cris, quelle rage et quel desespoir les accable ? Vistes vous jamais rien si rabaissé, si changé, si confus ? Il y faut prouvoir de meilleure heure : Et cette nonchalance bestiale, quand elle pourroit loger en la teste d'un homme d'entendement (ce que je trouve entierement impossible) nous vend trop cher ses denrees. Si c'estoit ennemy qui se peust eviter, je conseillerois d'emprunter les armes de la coüardise : mais puis qu'il ne se peut ; puis qu'il vous attrappe fuyant et poltron aussi bien qu'honeste homme,

Nempe et fugacem persequitur virum,
Nec parcit imbellis juventæ
Poplitibus, timidoque tergo.

Et que nulle trampe de cuirasse vous couvre,

Ille licet ferro cautus se condat in ære,
Mors tamen inclusum protrahet inde caput.

aprenons à le soustenir de pied ferme, et à le combatre : Et pour commencer à luy oster son plus grand advantage contre nous, prenons voye toute contraire à la commune. Ostons luy l'estrangeté, pratiquons le, accoustumons le, n'ayons rien si souvent en la teste que la mort : à tous instans representons la à nostre imagination et en tous visages. Au broncher d'un cheval, à la cheute d'une tuille, à la moindre piqueure d'espeingle, remachons soudain, Et bien quand ce seroit la mort mesme ? et là dessus, roidissons nous, et nous efforçons. Parmy les festes et la joye, ayons tousjours ce refrein de la souvenance de nostre condition, et ne nous laissons pas si fort emporter au plaisir, que par fois il ne nous repasse en la memoire, en combien de sortes cette nostre allegresse est en butte à la mort, et de combien de prinses elle la menasse. Ainsi faisoient les Egyptiens, qui au milieu de leurs festins et parmy leur meilleure chere, faisoient apporter l'Anatomie seche d'un homme, pour servir d'avertissement aux conviez.

Omnem crede diem tibi diluxisse supremum,
Grata superveniet, quæ non sperabitur hora.

Il est incertain où la mort nous attende, attendons la par tout. La premeditation de la mort, est premeditation de la liberté. Qui a apris à mourir, il a desapris à servir. Il n'y a rien de mal en la vie, pour celuy qui a bien comprins, que la privation de la vie n'est pas mal. Le sçavoir mourir nous afranchit de toute subjection et contraincte.

 

Michel Eyquem de Montaigne, Essais, I, 19, 1580 (présente édition, 1595)

 

Par lou - Publié dans : de chinoiseries
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Samedi 5 février 2011 6 05 /02 /Fév /2011 15:54

 

… qui nous manque aujourd'hui.


Jean-Paul Dollé


Jean-Paul Dollé, philosophe et romancier, est mort ce mercredi.


Jean-Paul Dollé-Territoire


En 2005, il a publié Le Territoire du rien, ou la contre-révolution patrimonialiste, aux Editions Lignes.


Nous reproduisons la présentation de l'essai que nous vous invitons à lire, en vous adressant à l'éditeur.


Et si le désir de révolution restait la seule alternative au désir du rien ?

 

Notre époque est celle de la domination marchande sur le monde entier. Elle se caractérise par un état d’instabilité généralisée, où se multiplient des crises de toutes natures, économiques, sociales, politiques, environnementales. L’extinction de la guerre froide, qui a mis fin à la division du monde en deux blocs – capitaliste et communiste – n’a pas, comme certains bons apôtres le prétendaient, accouché d’un nouvel ordre mondial. Bien au contraire, nous vivons ce que l’on pourrait appeler un état de guerre permanent, car le monde unifié de la marchandise est obligé de se défendre en permanence contre des forces dites « nihilistes » – dont l’islamisme incarne la face la plus spectaculaire – qui n’aspirent à rien d’autre qu’à sa disparition.

Mais ce que cache cette violence généralisée – terrorisme planétaire d’un côté, insécurité et délinquance dans les mégapoles du Nord de l’autre- c’est que le monde est entré, comme l’avait annoncé Nietzsche, dans son devenir nihiliste. Tout entier régi par la production-reproduction des marchandises, dont l’obtention est censée procurer « plus de jouir », mais dont la consommation répétée ne procure qu’insatisfaction, l’espace-temps des pays riches se consume dans le rien de l’insignifiance à quoi aboutit le désir de marchandise, tandis que celui des pays pauvres et dominés se débat dans le néant de la mort, du meurtre et de la destruction.

Ce nihilisme vient de loin. Ce livre en entreprend la généalogie. Tout commence avec la volonté du sujet humain de maîtriser le temps, apanage jusqu’alors de Dieu seul. Le cogito cartésien invente le temps proprement humain, celui du sujet, tout le temps qu’il pense. La Révolution française en tire les conséquences politiques la Convention de 1793 institue un nouveau calendrier, c’est-à-dire une césure dans l’histoire humaine, l’An I de la république remplaçant l’An I après Jésus-Christ. Le mode de production capitaliste construit et met en place un temps social moyen abstrait, nécessaire à la transformation des objets en marchandise. Cette substitution de la valeur d’échange à la valeur d’usage, Marx l’analyse comme raison du « mystère du fétichisme de la marchandise ».

 

Ecoutons Jean-Paul Dollé.


 

Le minimum, pour se comprendre, c'est d'avoir un langage commun, ça passe d'abord par la langue, bien sûr... [...]  La question de la langue française est tellement compliquée parce que la langue française, ça a été inventé par l'Etat, c'est une langue du pouvoir.

 

*** Depuis l'ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539 ***


Une lueur d'espoir pour Jean-Paul Dollé : la musique... les musiques.


Vinícius de Moraes, Samba de benção, musique Baden Powell, album Vinícius de Moraes en la fusa, 1971

 

Une samba sans tristesse, c'est un vin qui ne donne pas l'ivresse, non, ce n'est pas la samba que je veux, faire une samba sans tristesse c'est aimer une femme qui ne serait que belle.

Ce sont les propres paroles de Vinícius de Moraes.

 

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Vendredi 15 octobre 2010 5 15 /10 /Oct /2010 00:01

 

Le 3 avril 2007, un peu après 13 h 01, entre Prény (Meurthe-et-Moselle) et Eclaires (Marne), le TGV a raillé 574,8 km/h, en France où l'on vit de plus en plus vieux (selon Saint Eric Woerth) et de plus en plus vite (selon Saint NCF).


TGV-SNCF 4402

Un bel engin.


Le vendredi 1er octobre 2010, le TGVchinois CRH-380A atteint 416,60 km/h, entre Shanghai et Hangzhou, la longue marche.


TGV-Chine CRH-380A

Un bel engin, ce rêve étrange et pénétrant, comme dit le poète.


Le jeudi 2 juillet 1908, Alain écrivait :

 

J'ai vu une des nouvelles locomotives de l'Ouest, plus longue encore, plus haute, plus simple que les autres ; les rouages en sont finis comme ceux d'une montre ; cela roule presque sans bruit ; on sent que tous les efforts y sont utiles et tendent tous à une même fin ; la vapeur ne s'en échappe point sans avoir usé sur les pistons toute l'énergie qu'elle a reçue du feu ; j'imagine le démarrage aisé, la vitesse régulière, la pression agissant sans secousse, et le lourd convoi glissant de deux kilomètres en une minute. Au reste le tender monumental en dit long sur le charbon qu'il faudra brûler.

 

Voilà bien de la science, bien des plans, bien des essais, bien des coups de marteau et de lime. Tout cela pourquoi ? Pour gagner peut-être un quart d'heure sur la durée du voyage entre Paris et Le Havre. Et que feront-ils, les heureux voyageurs, de ce quart d'heure si chèrement acheté ? Beaucoup l'useront sur le quai à attendre l'heure ; d'autres resteront un quart d'heure de plus au café et liront le journal jusqu'aux annonces. Où est le profit ? Pour qui est le profit ?

 

Chose étrange, le voyageur, qui s'ennuierait si le train allait moins vite, emploiera un quart d'heure, avant le départ ou après l'arrivée, à expliquer que ce train met un quart d'heure de moins que les autres à faire le parcours. Tout homme perd au moins un quart d'heure par jour à tenir des propos de cette force, ou à jouer aux cartes, ou à rêver. Pourquoi ne perdrait-il pas aussi bien ce temps-là en wagon ?

 

Nulle part on n'est mieux qu'en wagon ; je parle des trains rapides. On y est fort bien assis, mieux que dans n'importe quel fauteuil. Par de larges baies on voit passer les fleuves, les vallées, les collines, les bourgades et les villes ; l'œil suit les routes à flanc de coteau, des voitures sur ces routes, des trains de bateaux sur le fleuve ; toutes les richesses du pays s'étalent, tantôt des blés et des seigles, tantôt des champs de betteraves et une raffinerie, puis de belles futaies, puis des herbages, des bœufs, des chevaux. Les tranchées font voir les couches du terrain. Voilà un merveilleux album de géographie, que vous feuilletez sans peine, et qui change tous les jours, selon les saisons et selon le temps. On voit l'orage s'amasser derrière les collines et les voitures de foin se hâter le long des routes ; un autre jour les moissonneurs travaillent dans une poussière dorée et l'air vibre au soleil. Quel spectacle égale celui-là ?

 

Mais le voyageur lit son journal, essaie de s'intéresser à de mauvaises gravures, tire sa montre, bâille, ouvre sa valise, la referme. A peine arrivé, il hèle un fiacre, et court comme si le feu était à sa maison. Dans la soirée, vous le retrouverez au théâtre ; il admirera des arbres en carton peint, des fausses moissons, un faux clocher ; de faux moissonneurs lui brailleront aux oreilles ; et il dira, tout en frottant ses genoux meurtris par l'espèce de boîte où il est emprisonné : « Les moissonneurs chantent faux ; mais le décor n'est pas laid. »

2 juillet 1908

Alain, Propos sur le bonheur, XXXIX, Vitesse, Editions Gallimard, 1928

 

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