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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

Un lien en un clic sur les images.

22 août 2013 4 22 /08 /août /2013 23:01

 

Jean-Bernard Pouy, Spinoza encule Hegel

Jean-Bernard Pouy, Spinoza encule Hegel, Albin-Michel, 1983, Gallimard, Folio Policier 127, 1999

 

Jean-Bernard Pouy, Festival international du Roman Noir de

Jean-Bernard Pouy au Festival international du Roman Noir de Frontignan, juin 2007

 

Spinoza-Hegel

Jakob Schlesinger, Georg Wilhelm Friedrich Hegel, Berlin, 1831

Baruch de Spinoza, portrait tiré de la Herzog August-Bibliothek, ca. 1665

 

Jusqu'à un âge avancé, plus de trente ans, Jean-Bernard Pouy n'avait aucune envie ni d'écrire, ni d'entrer dans les mondes, ma foi extrêmement hégéliens, de la littérature.

Il était alors dans l'Educ Nat […] en tant qu'animateur culturel.

Ses chères têtes brunes et frisées lui demandaient de leur raconter Mai 68.

Comme ça l'ennuyait, il s'est mis à raconter une histoire à la Mad Max, auprès de ses jeunes élèves, préférant, bien sûr, les aventures spinozistes à celle de Cohn-Bendit.

Spinoza n'est pas une enflure de jardin d'enfants, lui.

Spinoza est un chef de bande, le chef, et il le fait savoir à Hegel, petit chef d'une autre petite bande, dans un monde qui avait un air futuriste, en fait juste réaliste avec un peu de clairvoyance.

 

Prolégomènes à toute crashitude – Fiction spinoziste n°1

Le cadavre est au bord de la route, une de ses mains est prise dans le bitume gluant.

 

Spinoza for ever – Terminaison spinoziste n°10

Il fait beau.

Je suis bien.

Spinoza s'agite dans mes veines.

L'Ethique reprend ses droits.

 

Spinoza encule Hegel est le premier roman édité de Jean-Bernard Pouy, en 1983 chez Albin-Michel dans la collection Sanguine. Il a connu deux suites : A sec ! Spinoza encule Hegel, le retour (1998), puis Avec une poignée de sable : Spinoza encule Hegel 3 (2006).

 

Quatrième de couverture.

 

Moi,

Julius,

Commandeur du groupe crash le plus honni

par le peuple saumâtre des hégéliens,

n'ai que des ennemis.

Et mon pire ennemi,

je lui souhaite la pire des choses.

Moral car prévisible.

Quand il sera au bout de mon P. 38,

j'appuierai sur la détente.

Mes bottes de lézard mauve

vont tremper dans du sang esthétique.

Normal car spinoziste.

 

Un conte drôlatique à l'allure post-apocalyptique, punk plutôt que science-fiction.

 

Jean-Bernard Pouy voudrait être considéré, c'est lui qui le dit, comme un styliste pusillanime, alors qu'il n'est que la cause d'une certaine déforestation. Dixit.

 

Allez-y en confiance, sur votre Guzzi, avec vos bottes de lézard mauve.

 

Monsieur et madame Kulaček ont un fils...

 

 

Jacques Higelin, Alertez les bébés, 1976

 

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18 août 2013 7 18 /08 /août /2013 23:01

 

J.-B. Pouy, M. Villard, Ping-Pong

Jean-Bernard Pouy, Marc Villard, Ping-Pong, Rivages/Noir, 2005

 

Matisse, Porte-Fenêtre à Collioure, 1914

Henri Matisse, Porte-fenêtre à Collioure, 1914, huile sur toile, 116,5 x 89, musée national d'art moderne, Paris

 

Marc Villard a d'abord écrit treize nouvelles.

Puis il les a disposées selon un certain ordre.

Il les a alors confiées à Jean-Bernard Pouy.

A charge pour lui de les lier par douze nouveaux textes.

En avant...

 

M. V. – La vie tumultueuse de Robert Tampax

 

On était douze dans le paquet à Émilie, deuxième étagère de la salle de bains. Mais aujourd'hui je reste seul avec Henri au fond de la boîte. Cela dit on peut imaginer pire que finir dans la chatte à Émilie.

[…]

On nous a accrochés hier matin au deuxième étage de Beaubourg pour une rétrospective Drummond. C'est chauffé, ça gueule pas trop et j'écoute les gens qui passent. Distrayant. A l'heure actuelle, un couple très cool s'est planté devant notre œuvre, les yeux écarquillés.

Robert, est-ce que ce sont...

Hélas !

Mais, c'est immonde. Ne me dis pas que ces cochonneries ont un rapport quelconque avec l'art.

Sûrement pas. J'en parlerai à Texier, il a encore du pouvoir à Beauboug.

Mon Dieu. Et des enfants passent devant cette toile tous les jours.

Rentrons, tu es bouleversée.

Elle se penche vers nous et, d'où je suis, je peux distinguer son duvet brun. Alors je pense très fort et vous savez c'que j'pense ?

« Nique ta mère, salope ! »

 

J-B. P. – Toujours Matisse

 

Armand Texier avait un sale goût dans la bouche.

[…]

Alors, il a regardé de nouveau la fenêtre.

Oh... Dix secondes à peine, juste le temps qu'elle devienne toute noire. Un vrai Matisse. La Porte-fenêtre à Collioure.

Il s'est alors levé comme une fusée, a ouvert les deux battants et a sauté.

 

Et ainsi de suite. Jean-Bernard Pouy reprend le dernier mot laissé par Marc Villard et s'arrange pour conclure par un terme qui ouvre la nouvelle suivante, déjà écrite et connue, de son complice.

 

Ping. Pong. Un cadavre exquis, vraiment, en toute saison. Chaque nouvelle, quatre à cinq pages, entre Madeleine et Concorde ou entre Ménilmontant et Père Lachaise, selon vos goûts.

 

Ping-Pong est plus noir que vous ne pensez. Un regard noir sur le monde, la violence, la misère du cœur.

 

*

 

à venir, sur Libellus : Spinoza encule Hegel, une œuvre hautement édifiante de Jean-Bernard Pouy (et on a des réserves à la cave, on vous les réserve pour l'automne).

 

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14 août 2013 3 14 /08 /août /2013 23:01

 

Jean de la Croix Robert, La falaise et l'horizon

Jean de la Croix Robert, La falaise et l'horizon, Desclée de Brouwer, 1998-2012

 

Jean de la Croix Robert

 

La falaise et l'horizon est une longue méditation sur le chemin de la vie, celui où l'on part sans savoir où l'on va, en laissant d'où l'on vient, pour devenir.

Devenir ? Mais nous sommes, non ? demandent certains.

 

Non, la vie ne peut être condamnée au destin.

Notre liberté , c'est de connaître les flots de l’abîme pour renaître à la source.

Partir, fuyard ou pèlerin, trimard ou touriste, nous répondons à un appel.

Vers ce chemin de la Parole.

 

Tout ruisselant de mille grâces,

En hâte il traversa nos bois,

Dans sa course, il les regarda,

Sa figure qui s’y grava

Suffit à les laisser revêtus de beauté.

Jean de la Croix, Cantique spirituel, st. 5

 

Bien sais-je la source qui jaillit et fuit,

Mais c’est de nuit !

Cette source éternelle bien est celée

Et pourtant sa demeure je l’ai trouvée,

Mais c’est de nuit !

En l’obscure nuit de cet exil mauvais

La source fraîche, par la foi, bien la sais,

Mais c’est de nuit !

Ne sais son origine, car n’en a mie, Père

Mais que toute origine d’elle est jaillie

Mais c’est de nuit !

Bien sais que ne peut être chose si belle

Et sais que ciel et terre s’abreuvent en elle,

Mais c’est de nuit !

Bien sais que de fond jamais on n’y trouva

Et que nul à gué oncques ne la passa,

Mais c’est de nuit !

Que nul voile à sa clarté ne fut connu

Et que toute lumière d’elle est venue,

Mais c’est de nuit !

Bien sais que si riches roulent ses courants

Qu’enfers et ciels et mondes ils vont arrosant,

Mais c’est de nuit !

Et le courant de cette source naissant Fils

Bien sais qu’il est aussi riche et tout puissant,

Mais c’est de nuit !

Et le courant qui des deux autres procède Saint-Bien

sais que nul des autres ne le précède, Esprit

Mais c’est de nuit !

Bien sais que les Trois en une seule eau vive

Résident et que l’un de l’autre dérive,

Mais c’est de nuit !

Cette source éternelle bien est blottie

Au pain vivant afin de nous donner vie,

Mais c’est de nuit !

Elle est là criant vers toute créature

Qui de cette eau s’abreuve mais à l’obscur,

Car c’est de nuit !

Cette source vive à qui tant me convie

Mon désir, je la vois en ce pain de vie,

Mais c’est de nuit !

Jean de la Croix, La nuit obscure 

 

 

Tver, Dormition de la Vierge 700

Tver, Dormition de la Vierge, XVe siècle, tempera sur bois, Galerie Tretiakov

 

L'Assomption est un dogme, proclamé par Pie XII, pourtant nullement attesté dans l'évangile, c'est une croyance, ancienne et coutumière.

 

Chantons !

 

 

Giovanni Battista Pergolesi, Salve Regina, 1735, Il Seminario musicale, Véronique Gens, soprano, Gérard Lesne, contre-ténor, 1997

 

Relisons l'homélie de Jean de la Croix Robert, au premier dimanche de Carême, le17 février 2013, à Voreppe, Monastère des Clarisses.

 

L’Homme vrai et le menteur

 

En ce premier dimanche de Carême, la liturgie nous présente un Évangile qui, toujours, nous surprend : celui de la tentation de Jésus par Satan. Si Jésus est le Fils unique de Dieu, peut-il vraiment être tenté par le Diable ? « Si tu es le Fils de Dieu », cette parole, qui n’exprime que l’ironie de Satan, proclame pourtant la pleine identité de Jésus. Satan qui se croit tout-puissant n’est donc qu’un aveugle. En effet, il ne voit pas que Jésus arrive au désert poussé par l’Esprit Saint, Esprit de lumière et de force, dont il a été comblé et investi, par Dieu lui-même, lors de son baptême au Jourdain.

Comprenons bien : c’est pour nous, les hommes, que Jésus se livre à la tentation comme, plus tard, pour nous toujours, il se livrera à la mort. En cela, Jésus assume toute l’histoire d’Israël puisqu’il est son Messie et même, celle de toute l’humanité qui a commencé par la tentation d’Ève et d’Adam avant de se poursuivre dans l’histoire du peuple élu. Ce peuple déjà tenté en Égypte, puis au pied du Sinaï et dans sa marche au désert durant quarante ans. Peuple de Dieu, toujours tenté, toujours vaincu ! Quand Jésus sort victorieux de la tentation, et cela par trois fois, c’est pour Israël et pour tous les hommes qu’il remporte cette victoire et, en cela, il est déjà notre Sauveur. L’Évangile présente la tentation de Jésus en trois étapes successives. Elle concerne la faim, relation de l’homme avec lui-même, puis, en un second temps, le pouvoir, relation de l’homme avec le monde, enfin la mise à l’épreuve de Dieu lui-même, l’homme dans sa relation avec Dieu. Les trois réponses de Jésus, reprenant des paroles de Dieu dans l’Ancien Testament, mettent fin provisoirement aux tentations de Satan, lequel va s’écarter de lui « jusqu’au moment fixé », c'est-à-dire jusqu’au moment de la Passion.

Pourquoi Satan tente-t-il Jésus ? Sans doute pour le gagner à lui-même tout en le séparant de Dieu, ce qui confirme bien l’ignorance de Satan. Cependant, derrière ces tentations se révèle l’intention profonde du Diable, à savoir la destruction de l’homme lui-même. Satan, en effet, depuis le commencement, reste toujours jaloux de l’homme et de ce qu’il est en vérité : la seule créature à l’image et ressemblance de Dieu. Satan sait bien que s’il arrive à écarter Dieu de la vie de l’homme et du monde, il aura détruit l’homme en ce qu’il a de plus vrai et de plus beau.

Si l’humanité est vraiment sauvée en Jésus le Seigneur, elle peut toujours, en ne comptant que sur ses seules forces, se détruire elle-même en raison de ses propres convoitises et illusions. De cette destruction, toujours possible et toujours à l’œuvre en notre monde, l’histoire récente, hélas, nous en donne des preuves irréfutables. Si nous savons les discerner !

Pour conclure sur une note d’espérance, en cette marche avec le Christ vers Pâques, voyons comment Jésus, concrètement, sauve l’homme. La seconde lecture de ce jour nous donne la bonne réponse : l’homme est sauvé quand est restaurée son unité profonde, quand ce qu’il croit en son cœur, il le confesse sur ses lèvres. Quand le cœur et les lèvres son accordés, l’homme retrouve alors son unité originelle. Tel est aussi l’enseignement de saint Benoît qui nous rappelle cette vérité de l’homme, à savoir que son esprit doive s’accorder avec sa voix. C’est ainsi que l’homme est de nouveau accordé avec lui-même quand, avec Dieu, il se retrouve pleinement accordé. Réconcilié avec Dieu, l’homme peut alors l’être avec lui-même et avec tous ses frères les hommes. Beau programme de Carême pour nous tous !

 

Références bibliques : Dt 26, 4-10 ; Ps 90 ; Rm 10, 8-13 ; Lc 4, 1-13

 

*

 

 

Précédemment : Jean de la Croix Robert, Un cri vers Dieu

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 23:01

 

Scène 1

Dans un aéroplane

 

A380, blanc

 

_ Le commandant Matthieu-Simon vous souhaite la bienvenue à bord de son Oiseau Blanc ! Nous quittons Poitiers Biard et nous allons cueillir Dame Yueyin à Montréal dans approximativement cinq heures si le temps n'est pas chalinoux à l'autre bout de la mar, puis nous rejoindrons Saint Kitts en quelque cinq autres heures. Notre vitesse de croisière est de 1 100 km/h et nous sommes à une altitude de 13 000 m. Le salon vous attend pour bourloter, je vous rejoins.

 

A380, blanc, salon

 

_ ça m'éton'rait qu'no z'a d'leau, fait putôt sec à c't'heure !

_ sacré Mimile ! toujou dans l'mille !

_ Bienvenue, Mimile ! Popol ! Bébert, Dédé, Gégène, Juju, Riri ! Vous êtes tous venus en famille ! Mesdames, asseyez-vous ! Les enfants ! Vous avez une salle de jeux avec plein de douceurs...

_ m'sieur Matthieu, c'est ben délicat à vous d'nous avoir pensé, mais qui donc qui tient l'manche ?

_ Mon stagiaire, Tsimihahy.

_ y s'y connaît ?

_ Dame ! C'est qu'il a 17 mois aujourd'hui ! Et il nageait avant de marcher, comme sa grand-mère.

_ le p'tiot à m'ame Clothilde-Éléonore !?

_ Tahiana et Matthieu-Simon se sont mariés en juin 2013, un beau mariage sous les cocotiers, et Tsimihahy est né en mars, l'année suivante. Ils sont partis s'installer à Saint Kitts.

_ où ça ?

_ Une île à 2 000 km à peine de chez Clo et Charles-Édouard...

_ Pour les affaires, on ne trouve pas mieux.

_ vous êt' sûr pou l'manche ?

_ Ha ! Soyez tranquille ! Otto est aux commandes, Clarence veille et Roger... Le voici !

_ Tsimi, say hello to Mimile...

_ Roger pilote, il pouponne, il sait même servir le champagne !

_ tudju ! du mousseux !

_ Un Dom Pérignon, nous avons encore du '53 en cave.

_ no va s'n occuper. Popol, tu fais les verres ! Et tu sers les dames ! Faut tout y dire.

_ Laissez faire Ludovic-Antoine.

_ le p'tit Ludo ! crénom ! l'temps passe...

_ Ludovic-Antoine vient de passer son bac – nous avions choisi Buffon... Et il s'est inscrit à Assas, des souvenirs pour Clo… Il veut entrer dans la carrière.

_ on a un p'tit voisin qu'est dans la carrière, il est aux esplosifs.

_ ?

_ Paul-Hervé... mon chéri...

_ ...

_ aaah ! des tartines !

_ … et en attendant le déjeuner, un bon film de détente.

 

 

_ Montréal !

_ y a un buffet ?

_ Tahiana darling, Mimile is starving...

_ Oh dear, I'll fix you a nice snack, Émile...

_ …

_ Have a look.

 

Filet mignon de porc jus vanillé, mogettes

Filet mignon de porc jus vanillé, mogettes en feuilles de brick

_ It's local cooking in Saint-François, something as a delicacy.

_ avec la vanille, ça fait comme des pois Melba...

_ La voilà !

_ Je vous ai apporté une petite Saguenayenne du pays, avec les copines on en mangeait au petit-déjeuner, une pour chacune, et une grosse !

_ de ct'e coup, m'ame Yueyin, on s'fait la baise, on est comme pays !

_ Hu hu huuu !

_ c'est qu'no z'aime ben la gauf' mais no déteste pas la quiche, avec eud'la poitrine.

_ Vous êtes un goulu garnement, Émile !

_ d'mandez voir à Gégène, ho ! Gégène, et toi, c'est-y pas la poitrine euqu'tu préfères dans la quiche ?

_ …

_ Venez vous détendre, chère Yueyin, et parlez-nous de vos menues emplettes québécoises, hein ?

 

Malle Yueyin

 

_ Oh... les bouquinistes... vous connaissez... j'emporte deux ou trois livres, en souvenir...

 

Malles Yueyin

 

_ Oui... deux ou trois malles...

 

Malle Yueyin, Vuitton

 

_ Celle-ci est historique !

_ Yueyin, nous passons par Grand Caïman, le temps de prendre Clothilde et Charles-Édouard, voulez-vous un en-cas, avant le goûter ?

_ Je prendrai volontiers une coupe, et puis... je grignoterais bien un petit quelque chose, un civet, un plat de côtes, avec une petite paupiette.

_ Et un dessert, peut-être ?

_ Vous reste-t-il des cupcakes ? Vous m'en glisserez une écuelle, juste après le fromage. Et pour finir...

_ … m'ame Yueyue, y z'ont des pois Melba, je n'vous dis qu'ça !

_ Soyons fous !

_ c'est le p'tiot qui conduit, paraît...

_ Où est-il ?

_ Tsimihahy, Yueyin is on board... You know, he is a Candy Crush addict...

_ …

_ Nous descendons vers Grand Caïman...

_ d'ici c'est pas ben grand...

_ ...

_ Un instant, et je reviens avec maman et papa.

_ ...

_ Clo ! Tu es resplendissante. Charles, quelle forme !

_ Les vertus ignorées du hamac !

_ Aaah ! C'est spacieux... notre Versailles du ciel est devenu un simple pavillon de chasse, ho ho !

_ Laissons-le prendre l'air...

 

Grand Caïman en éloignement 700

 

_ c'ment donc qu'vous l'avez eu, c't'engin ?

_ Un caprice du jeune prince Abdallah. Avant même de le recevoir, il nous l'a cédé pour 490 berlingots, une affaire.

_ ?

_ ...

 

Saint Kitts and Nevis approche 700

 

_ Saint Kitts !

 

Pelorus Google 700

 

_ Matthieu ! Tu connais ?

_ Oui, Larry et son Pelorus ! Il vient de se l'offrir... 300 berlingots... Il n'est sûrement pas seul, le Casanova des Caraïbes, mais... Roger, voulez-vous l'appeler ? Nous aimerions faire le tour de l'île.

_ ...

_ Qui a eu l'idée de cette virée ?

_ Lou de Libellus, bien sûr !

_ Et les vingt-neuf bougies ?

_ Matthieu fête ses vingt-neuf sucres d’orge !

_ il aime donc tant les douceurs...

_ A la maison, nous comptons en bonbons...

_ … et en dollars...

_ Un sucre d'orge, mille berlingots, un berlingot, mille friandises, une friandise, mille sucreries...

_ … vous au moins, vous risquez pas l'diabète.

_ Cette année, Matthieu fait son entrée dans la cour des grands, devant Larry et ses vingt-trois malheureux milliards...

_ Maman !

_ Oups ! Vingt-trois sucres d'orge, hi hi hi...

_ …

 

 

Scène 2

Sur un pont

 

_ Larry, vieille canaille !

_ Matthieu, jeune chenapan !

_ Tu connais la famille... Je t'ai parlé de Yueyin...

_ Quelle joie de rencontrer la cousine de Lou...

_ … Et la bande à Mimile !

_ vingu ! m'sieur Larry, vot'canot !

_ …

 

Saint Kitts and Nevis2

 

_ Le domaine...

 

Saint Kitts and Nevis3

 

_ Nous recevons souvent des amis et nous logeons le personnel.

_ c'est coquet, dame !

 

The Beach House, Saint Kitts

 

_ Ce soir, table d'hôtes très simple, quelques bricoles : salade de homards, conches marinées, goat water stew...

_ c'est qui, c'tout-là ?

 

Goat water stew, great

 

_ C'est un ragoût de chèvre, oignons, ail, carottes, céleri, fruit de l'arbre à pain, papaye verte, piment, sel, poivre noir, huile de colza, beurre, purée de tomates, vin rouge ou blanc, persil, épices, servi avec des dumplings. Great, indeed !

 

 

Scène 3

A Basseterre, une rue passante, des chalands nonchalants

 

_ Où est notre pauvre ? Interdit de séjour ?

_ Ha ! Non, ma chérie, ici rien n'est interdit ou presque rien... Trois choses seulement : confondre une Slazenger 1 avec une Slazenger 7, épivarder la confiserie d'autrui, fermer le premier bouton du col de son Ralph Lauren.

 

 

= = =

 

Tous les personnages, toutes les situations, tous les événements de ce feuilleton sont authentiques. Seuls les noms de personnes ont parfois été modifiés par respect de la vie privée.

 

 

* * *

 

Le thérondelle

http://www.libellus-libellus.fr/article-29729004.html

 

Le thérondelle 02

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_02-a-va-casser-50786154.html

 

Le thérondelle 03

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_03-a-casse-de-partout-66024478.html

 

Le thérondelle 04

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_04-la-crise-n-est-pas-une-fatalite-66681861.html

 

Le thérondelle 05

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Le thérondelle 06

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Le thérondelle 07

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_07-moi-j-aime-le-music-hall-et-charles-trenet-fukushima-03-70005841.html

 

Le thérondelle 08

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Le thérondelle 09

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Le thérondelle 10

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Le thérondelle 11

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Le thérondelle 12

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Le thérondelle 13

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_13-voila-justement-ce-qui-fait-que-votre-fille-est-muette-103708088.html

 

Le thérondelle 14

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_14-le-macaron-111360683.html

 

Le thérondelle 15

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_15-y-a-bon-banania-111362006.html

 

Le thérondelle 16

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_16-place-eud-clichy-111977305.html

 

Le thérondelle 17

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_17-chez-mimile-113481887.html

 

Le thérondelle 18

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_18-from-russia-with-love-114655152.html

 

Le thérondelle 19

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_19-115304785.html

 

Le thérondelle 20

http://www.libellus-libellus.fr/article-le-therondelle_20-sous-les-cocotiers-116043832.html

 

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31 juillet 2013 3 31 /07 /juillet /2013 23:01

 

Le Rose Pingouin, la maison sur la falaise

La cabane avec vue imprenable sur la mer,

 

Le Rose Pingouin, le cycliste

one small step for a man,

 

Le Rose Pingouin, un faux pli

a highway to heaven,

 

 

Gospel Legends – Highway To Heaven

 

Le Rose Pingouin, tribal yachting

quite civilized natives,

 

Le Rose Pingouin, la pince à linge

et leur stèle à Beethoven...

 

 

Pierre Dac et Francis Blanche, La pince à linge, int. Les Quatre Barbus, 1955

 

Un rêve... La vie en rose pingouin !

 

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26 juillet 2013 5 26 /07 /juillet /2013 23:01

 

Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier

Charles Juliet, Entretien avec Fabienne Verdier, Albin Michel, 2007

 

Fabienne Verdier

 

Mark Kidel, Fabienne Verdier, peindre l'instant

Mark Kidel, Fabienne Verdier, peindre l'instant, Les Films d'Ici 2 avec la participation de France 5 – Collection Empreintes, 2012

 

Fabienne Verdier, Palazzo Torlonia, Rome, 2010, pigments et

Fabienne Verdier, Palazzo Torlonia, Rome, 2010, pigments et encre sur toile, I

 

Fabienne Verdier part, à vingt-deux ans, pour la Chine, dans la région du Sichuan proche du Tibet. Elle veut y étudier la calligraphie auprès des maîtres de la tradition. Pendant la Révolution culturelle, quelques années auparavant, on coupait les mains des artistes et ils continuent de se cacher. L'accueil est distant, voire hostile. Elle parvient pourtant à rencontrer Huang Yuan qui l'accompagne sur la voie.

Après plusieurs mois d'exercices reçus dans l'indifférence du maître, celui-ci dit : « Je veux bien aller plus loin avec toi, mais je te préviens, cela durera dix ans. Donc c'est soit dix ans, soit rien. »

Apprendre à se concentrer, apprendre à tenir et mouvoir un pinceau, apprendre à reproduire les modèles avec grande exactitude, apprendre à voir, à discerner des nuances excessivement subtiles, la technique de l'art du pinceau exige un long apprentissage pour obtenir l'émergence de la personnalité dans les caractères tracés.

 

La calligraphie chinoise relève de l'abstraction mais elle prend source dans les formes de la nature : au commencement, contempler un paysage pendant des heures – immobilité, méditation, connaissance de soi en devenir.

 

Fabienne Verdier voudrait passer de l'écriture à la peinture.

« Si tu veux devenir peintre, un peintre qui invente un langage et qui compte, alors il faut que je t'initie à la poésie, à la philosophie et à notre art de vivre. »

 

L'encre fait apparaître des formes qui ne tolèrent aucune reprise, des figures elliptiques et vigoureuses dans lesquelles le peintre coule sa vie.

 

Apprendre et désapprendre sans cesse...

En fait, il ne faudrait pas parler de désapprendre puisque la pensée acquise est devenue une part de vous-même. Il importe de se détacher et de continuer...

Être sans vouloir.

 

Fabienne Verdier pense à ce cordonnier d'un petit village en Allemagne, au XVIIe siècle, Jacob Böhme, qui dit : « Lorsque tu te tiens dans le repos du penser et du vouloir de ton existence propre, alors l'ouïe, la vue et la parole éternelles se manifestent en toi... »

 

S'appliquer à cette magnifique nonchalance du peintre, le « Yi ».

 

Je suis une aventurière, dit-elle, non seulement dans la découvertes de nouveaux territoires, mais dans l'aventure intérieure.

 

Errance, liberté dans l'entretien.

 

Oh ! Un petit écureuil qui passe.

 

L'éclat du cerisier en fleur devant l'atelier est à en perdre la raison. Veuillez pardonner mon égarement, je me suis absentée longuement à le contempler.

...

En ce début de février, le jour se présente plus tôt à la porte. Le printemps se fait sentir et j'ai pu cueillir une première branche de cognassier. Pinsons et sitelles sont en conversation intense. Un vrai tintamarre ! Comment vais-je trouver le calme pour passer un moment avec vous ?

...

Une mouvance de parfait cumulus se dessine derrière les branches du noyer à droite du toit de l'atelier. Le ciel nous offre aujourd'hui un Tiepolo. Que demander de plus ?

 

L'inachevé.

 

L'inachevéest la porte d'accès secrète au voyage poétique de la peinture...

L'inachevéest le principe même de ma peinture. Dans le flux du coup de pinceau, c'est le blanc volant au cœur du souffle. C'est le vide qui circule dans le plein du trait et qui laisse advenir la matière.

 

Le cercle.

 

J'ai toujours été particulièrement intéressée par un cercle tracé d'un seul mouvement par les grands maîtres chan. Ils méditaient sur cette figure comme trace ultime de la réalisation de soi.

 

L'instant.

 

Le pinceau cherche à saisir l'épaisseur de l'instant... sans précipitation : seule une sorte d'instantanéité retenue de la pulsion transmet l'énergie vitale.

 

Comment trouver l'énergie du moment ?

 

Retrouver une unité intérieure, une réceptivité capable de s'approcher de l'infiniment rien. Il faut parfois plusieurs vies pour y parvenir. Pour ma part, j'ai besoin de faire le vide par la méditation, ainsi que le vieux maître Huang me l'a enseigné... La marche dans la nature... Rien ne vaut un bon bol d'air.

 

Se laisser pénétrer par l'essence du vivant... le souffle qui anime toute chose et tout être.

 

Dans l'atelier, elle a installé le grand pinceau, un gigantesque engin pneumatique réalisé avec le crin de trente-cinq queues de chevaux, avec lesquels elle court sur de vastes toiles toujours posées à terre, sur leurs châssis renforcé.

 

Peindre tient d'un rituel. L'atelier devient temple, l'autel présente des croquis anciens, des notes, des motifs.

 

Elle a rapporté de Chine une collection de pinceaux dont chacun, selon l'animal qui lui a donné ses poils, correspond à un élan particulier.

 

La création dans l'instant est un moment rare. Fabienne Verdier détruit ses essais ratés, dans une cérémonie de purification par le feu, au fond du jardin, et recommence. Détruire et recommencer, détruire et recommencer...

 

Si vous avez un ardent désir de réussir, inutile de prendre son pinceau. Mieux vaut faire le ménage, écosser les petits pois et polir cette belle illusion. Si vous avez la crainte d'échouer, inutile de prendre son pinceau. Mieux vaut aller fendre du bois et retrouver la maîtrise de soi-même. Quand la bûche sera fendue parfaitement dans son fil, vous serez prêt.

Vous ne pouvez œuvrer que quand vous avez une totale possession de tous vos moyens. Il est nécessaire de combiner recueillement et détachement pour avoir une vision claire. Avant d'entreprendre une toile, il n'y a finalement rien à faire. Il n'y a rien à trouver. Il suffit d'être en accord avec le cours des choses.

 

Et la musique ?

 

Pour être en harmonie, avant de prendre son pinceau, elle chante... notamment cet Inflammatus et accensus de Giovanni Battista Pergolesi.

 

 

Giovanni Battista Pergolesi (1710-1736), Stabat Mater (1736), Duetto Allegro ma non troppo, Inflammatus et accensus / Emma Kirkby, James Bowman, The Academy Of Ancient Music, dir. Christopher Hogwood, 1989

 

 

===>>> Des illustrations figurent en album – cliquez ici pour les voir (il est préférable d'ouvrir la première image puis de faire défiler les suivantes avec la flèche de droite, à son rythme).

 

_ _ _

 

 

Fabienne Verdier

 

1962 Née à Paris.

1983 Diplômée de l’École des beaux-arts de Toulouse.

1984 Obtient une bourse à l’Institut des beaux-arts du Sichuan, Chine.

1984-1993 Étudie la peinture, l’esthétique et la philosophie, à l’Institut des beaux-arts du Sichuan, auprès des derniers grands maîtres chinois de la peinture.

2003 Publication de Passagère du silence, dix ans d’initiation en Chine, aux éditions Albin Michel, Paris ; récit du parcours d’apprentissage auprès de maître Huang Yuan. Entrée dans les collections permanentes du musée Cernuschi, Paris.

2005 Exposition personnelle à la galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse.

2007 Publication de la monographie Entre ciel et terre, ainsi que Entretiens avec Charles Juliet, Albin Michel, Paris.

Commande de la Fondation Hubert Looser de quatre œuvres de grand format en résonance avec les artistes abstraits et minimalistes américains de la collection (John Chamberlain, Donald Judd, Willem de Kooning, Ellsworth Kelly et Cy Twombly).

Entrée dans la collection du Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris.

2008 Exposition collective, « Expansion Résonance », Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2009 Exposition collective, « Elles@Centre Pompidou », Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris.

Exposition personnelle, « Peinture », Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2010 Commande du Palazzo Torlonia à Rome pour la création et la réalisation de deux fresques monumentales.

Film documentaire de Philippe Chancel : Fabienne Verdier : Flux, sur la création de ces œuvres.

Publication de Fabienne Verdier, Palazzo Torlonia, textes de Éric Fouache et Corinna Thierolf, Conservatrice en chef de la Pinakothek der Moderne, Munich, Editions Xavier Barral, Paris.

2011 Exposition collective, « Art of Deceleration from Caspar David Friedrich to Ai Wei Wei », Kunstmuseum, Wolfsburg, Allemagne.

2012 Exposition collective, « My Private Passion – Foundation Hubert Looser », Kunstforum, Vienne, Autriche.

Exposition collective à la galerie Waddington Custot, London. Publication de Fabienne Verdier – Painting Space, Essai de Doris von Drathen, Edizioni Charta, Milano/New York.

2013 Film documentaire de Mark Kidel : Fabienne Verdier, peindre l’instant, Les Films d’Ici, diffusion sur France 5 le 1er février 2013 dans le cadre de la collection Empreintes.

 

Fabienne Verdier vit et travaille en France et au Canada.

 

En cours.

 

Exposition personnelle « Fabienne Verdier, l’esprit de la peinture, hommage aux Primitifs Flamands » au Musée Groeninge, et au Musée Hans Memling de Bruges, Commissaire de l’exposition: Daniel Abadie (ouverture mai 2013).

Exposition personnelle « Fabienne Verdier, Eloges, notes et études » au Musée de la Maison d’Érasme, Bruxelles, Commissaire de l’exposition: Daniel Abadie (ouverture mai 2013).

Collaboration avec l’architecte Jean Nouvel pour le projet du Musée d’art national de Chine (NAMOC) à Beijing.

Exposition personnelle à la galerie Art Plural à Singapour (janvier 2013).

Exposition personnelle à la galerie Patrick Derom, Bruxelles (mai 2013).

Exposition personnelle à la galerie Jaeger Bucher, Paris (octobre 2013).

Exposition collective à la galerie Waddington Custot, Londres (automne 2013).

 

Expositions personnelles (sélection).

 

1983 Palais des Beaux-arts, Toulouse, France.

1989 Palais des Beaux-arts, Chongqing, Chine.

1991 Centre culturel français, Beijing.

1992 Maison de la Chine, Paris.

1993 Centre d’art contemporain, Hong Kong.

1995 Galerie Joyce Ma, Palais Royal, Paris.

1996 Galerie Joyce Ma, Palais Royal, Paris.

1997 Pacific Cultural Foundation, Taipei.

2001 Chapelle des Beaux-arts, Paris.

2003 Galerie Ariane Dandois, Paris.

2004 Abbaye de Silvacane, Provence, France.

2005 Galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse.

2007 Galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse.

2009 Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2013 Galerie Art Plural, Singapour.

 

Expositions collectives (sélection).

 

1990 « Contemporary Brushstrokes », Palais des Beaux-arts, Beijing, Chine.

2006 Galerie Alice Pauli, Lausanne, Suisse (exposition tous les ans dans le cadre d’Art Basel).

2008 « Expansion Résonnances », Galerie Jaeger Bucher, Paris.

2009 « Elles@Centre Pompidou », Musée National d’Art Moderne, Paris.

2011 « Un souffle venue d’Asie, regards croisés », Centre d’art contemporain, Abbaye de Beaulieuen-Rouergue, France.

« Not for Sale », Art Center Passage de Retz, Paris.

« Art of Deceleration from Caspar David Friedrich to Ai Wei Wei », Kunstmuseum, Wolfsburg, Allemagne.

2012 « My Private Passion – Hubert Looser Foundation », Kunstforum, Vienne, Autriche.

Waddington Custot Galleries, Londres.

 

Collections Publiques (sélection).

 

Musée National d’Art Moderne, Centre Pompidou, Paris.

Centre National des Arts Plastiques, Paris (Commission du Festival d’Avignon).

Ministère de l’Équipement (Direction de l’Architecture), Paris.

Honda Group, Tokyo.

Ministère des Affaires Étrangères, Paris.

Ministère de la Culture, Beijing.

Musée Cernuschi, Paris.

Palais de l’Assemblée Nationale, Paris.

 

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22 juillet 2013 1 22 /07 /juillet /2013 23:01

 

Catherine Rollin, Le démon de midi 357

Catherine Rollin, Le démon de midi, Mondadori/France/Nous Deux, 2013

 

Dans le salon où tout était prêt pour recevoir ses amies, Caroline Chambard tournait en rond. C'était une jolie femme aux yeux clairs et aux lèvres bien dessinées. Ses cheveux avaient la couleur du miel. Noués en chignon sur sa nuque, ils dégageaient son front, accentuant une certaine ressemblance avec Romy Schneider.

 

Romy Schneider 700

 

Caroline vient de fêter ses quarante et un ans. Dans quelques mois, René, son mari, soufflerait ses cinquante-cinq bougies. Ils sont tous deux jeunes d'allure et séduisants. Il a hérité le laboratoire pharmaceutique de son père, elle était esthéticienne. Leur fille, Chloé, dix-neuf ans, fiancée à Guillaume, un jeune homme de qualité, est étudiante en droit. La famille demeure dans un manoir situé à une dizaine de kilomètres de Lyon. Comme tout le monde.

 

La Pichonnière

 

Caroline s'ennuie.

 

Fabienne Solvay, qui s'annonce en faisant craquer une boîte de vitesse – elle en fait craquer d'autres, et crisser des pneus sur le gravier – comme telle ou telle dans son cercle, Fabienne, l'amie, entre en scène, un foulard Hermès sur ses cheveux roux – la couleur du feu.

Elle invite Caroline à jeter [son] bonnet par-dessus les moulins, c’est-à-dire mettre un whisky dans [sa] tisane, du piment dans [son] potage, bref, prendre un amant : c'est la crise de la quarantaine.

 

Encouragée à toutes les folies, Caroline décide de passer la journée à Lyon pour jeter les bases de sa nouvelle garde-robe. Elle pénètre dans son dressing où, valsant avec les cintres, elle choisit un tailleur en shantung écru acheté chez Chanel. Une petite chose en harmonie avec le coupé Mercedes.

Quai des Célestins, elle s'installe à une terrasse et commande une salade nordique et un verre de Chardonnay, en pensant à autre chose, comme tout le monde. Benjamin, son amour de jeunesse, surgit alors en pétaradant sur sa grosse Harley-Davidson. Comme le font tous les amours de jeunesse.

Souvenirs...

« On se fait la bise ? » demande-t-il.

« Bien sûr, dit-elle en posant ses lèvres sur sa joue, où la barbe repoussait déjà. »

Il [passe] un bras autour de sa taille, [l'attire] à lui et d'autorité, [pose] sur sa bouche un baiser bref et dur comme un coup de bec, ce qui produit chez elle un choc voluptueux.

 

La journée est à peine entamée.

 

Caroline revient de son émotion à son plan : Fashonista, une boutique qui [expose] les créateurs les plus tendance.

Elle prend trois jeans, deux pulls amples tricotés dans une maille scintillante et une petite robe printanière qui [dévoile] ses genoux – pratique pour aller à l'usine en tram aux heures où l'on pointe.

Non, ce n'est pas écrit, c'est implicite...

A côté, elle trouve à son pied trois paires de ballerines, un déshabillé coquin, une chemise de nuit assortie, un porte-jarretelles et trois paires de bas.

Équipée de ses froufrous, elle s'en retourne à La Pichonnière, vers René, elle lui sort le grand jeu et... il s'endort avant même...

 

Une semaine plus tard, Caroline part – en première classe bien sûr – pour l'Italie, Turin, où l'attend son amie Mina, chef de rubrique à Dolce Vita, un magazine people traitant du cinéma international par le trou de la serrure. Banal, quoi. Tout comme la Jeep Cherokee, le dressing – qui n'a pas son dressing, la soirée réservée dans un night-club par le journal.

Rien que des gens bien dans une ambiance décontractée.

Précédée de deux seins gigantesques et d'un minuscule chien blanc, Miranda Popero, ex-Miss Italie et vedette des chaînes de télé de Silvio Berlusconi, aimantait tous les objectifs.

[…]

Dans un clair-obscur passant du rouge eu vert et du jaune au violet, des gens qui paraissaient tous jeunes et beaux riaient et se congratulaient, heureux de faire partie des élus.

Caroline rencontre Alessandro Mandova, un homme blond à l'allure juvénile, romancier, séducteur, comblé – quarante et un ans. Elle se présente comme une desperate housewife.

 

Première cure.

 

Chez Mina, le lendemain, au réveil, le drame. Son amie lui a laissé un mot : Le presse-agrume est cassé, mais il y a du jus d'orange en brique au frigo. Ouf !

 

Alessandro ! Caroline se consume, elle court les boutiques, nécessité fait loi. Elle dévore Moi par moi, le roman qui a rendu Alessandro célèbre. Il l'invite à une fugue en cabriolet Lancia à la Villa d'Este, où l'on trouve des suites proprement tenues, avec fleurs et champagne frais. Le soir vient langoureusement. Elle s'offre, elle est mûre, elle est blette et... il s'endort avant même... comme tous les hommes ?

Quoi ? Tout ça pour ça ?

 

Deuxième cure.

 

Heureusement, elle a rencontré un photographe de la gazette, Thomas Hautecoeur, trente et un ans, séducteur, attirant, et Français ! Tout en noyant sa déception au bar de la Villa, elle l'appelle. Il vient la chercher. Il l'emmène chez lui et... crack ! Trois fois dans la nuit, avec la fougue d'un insatiable conquérant, la troisième fois, dans la cuisine – après quoi, Caroline [prépare] une omelette. Pas ordinaire.

 

Troisième cure.

 

Sur le tournage d'un film où elle est invitée, comme tout le monde, Caroline est présentée au Prince Severiano Guidoboni-Ruspolo, un homme au visage bronzé sous une crinière de cheveux blancs. Il l'invite à le suivre à Palerme, à bord de son yacht. Elle le suit.

A Livourne, il agrémente le voyage d'une escapade dans un love hôtel, le Babilonia. Après des préliminaires orthographiques, une dictée – pas commun, et une fessée pédagogique pour les quatre fautes, ils s'étreignent sans même prendre le temps d'ôter leurs vêtements. C'est dire.

 

Et pourtant, et pourtant... Sur la terrasse d'un palais construit dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, Caroline Chambard [s'ennuie]. La vie à Palerme se [révèle] monotone.

 

Le jeu a assez duré, considère-t-elle.

René lui manque, elle l'aime.

Elle [monte] dans l'avion comme on referme une parenthèse.

 

Non sans une dernière question carrément moderne : Pourquoi et comment les choses se produisent-elles ?

 

* * *

 

Fontaine de Trevi, Rome 700

En rentrant, voyez la fontaine de Trevi à Rome.

 

Federico Fellini, La dolce vita, Marcello Mastroianni, Anit

Rappelez-vous la Dolce vita.

 

La fontaine des amours, Three Coins in A Fountain, 1954.

 

 

Three Coins in A Fountain, Sammy Cahn et Jule Styne, int. : Frank Sinatra, 1954

 

Three Coins in A Fountain

 

 

Jean Negulesco, John Patrick, Three Coins in A Fountain, Clifton Webb, Dorothy McGuire, Jean Peters, Louis Jourdan, Rossano Brazzi, Maggie McNamara, Howard St. John, Kathryn Givney, Cathleen Nesbitt, 1954


Jean Negulesco, John Patrick, Three Coins in A Fountain, chanson : Sammy Cahn et Jule Styne, int. : Frank Sinatra, 1954


Jean Negulesco, John Patrick, Three Coins in A Fountain, Clifton Webb, Dorothy McGuire, Jean Peters, Louis Jourdan, Rossano Brazzi, Maggie McNamara, Howard St. John, Kathryn Givney, Cathleen Nesbitt, 1954

 

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18 juillet 2013 4 18 /07 /juillet /2013 23:01

 

L'art dans les chapelles

 

L'art dans les chapelles 2013

du 5 juillet au 15 septembre 2013

Juillet et août : tous les jours, sauf le mardi, de 14 h à 19 h

Septembre : les trois premiers week-ends, samedi et dimanche, de 14 h à 19 h

 

Accueil : Maison du Chapelain, lieu-dit Saint-Nicodème, 56930 Pluméliau

 

Depuis 22 ans, L'art dans les chapelles invite des artistes à créer une œuvre pour l'une des chapelles ouvertes à l'occasion du festival. Découvrons trois d'entre elles.

 

Édouard Sautai, Miroir, chapelle Notre-dame des Fleurs 700

Edouard Sautai, Miroir, Chapelle Notre-Dame des Fleurs, Moric, Moustoir-Remungol

 

Mettez la Parole en application, ne vous contentez pas de l'écouter : ce serait vous faire illusion.

Car écouter la Parole sans la mettre en application, c'est ressembler à un homme qui se regarde dans une glace,

et qui, aussitôt après, s'en va en oubliant de quoi il avait l'air.

Jc, 1, 23-24

 

En miroir.

 

Éblouissants reflets – 100 chefs-d’œuvre impressionnistes, Musée des Beaux-Arts – Rouen, 29 avril-30 septembre 2013

 

Pierre-Auguste Renoir, La Yole

Pierre-Auguste Renoir, La Yole, 1875, Huile sur toile, Huile sur toile, 71 x 92 cm, Londres, National Gallery

 

Claude Monet, Vétheuil en été

Claude Monet, Vétheuil en été, 1880, huile sur toile, 60 x 99,7 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art

 

Alfred Sisley, Le pont de Saint-Mammès

Alfred Sisley, Le pont de Saint-Mammès, 1881, huile sur toile, 54,6 x 73,2 cm, Philadelphie, Philadelphia Museum of Art

 

Jan van Eyck, Portrait des époux Arnolfini 700

Jan van Eyck, Portrait des époux Arnolfini, 1434, huile sur panneau de chêne, 82,2 x 60 cm, Londres, National Gallery

 

Jan van Eyck, Portrait des époux Arnolfini, détail

Dans le miroir, un autoportrait. Au-dessus, une inscription « Johannes de Eyck fuit hic » : l'artiste est présent au titre de témoin du mariage et il signe.

 

* * *

 

Pierre Labat, King’s Cross, chapelle Saint-Laurent 700

Pierre Labat, King's Cross, Chapelle Saint-Laurent, Silfiac

 

Une porte vers l'autel, comme une apparition.

 

Panagia Portaitissa, Monastère d'Iviron 700

Panagia Portaitissa, Monastère d'Iviron, avant 843

Marie, la Toute Sainte, Παναγία, Porte du Ciel

 

De même que le serpent de bronze fut élevé par Moïse dans le désert, ainsi faut-il que le Fils de l'homme soit élevé,

afin que tout homme qui croit obtienne par lui la vie éternelle.

Jn, 3, 14-15

 

Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d'Israël, à bout de courage,

récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! »

Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël.

Le peuple vint vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. »

Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, et ils vivront ! »

Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d'un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !

Nb, 21, 4-9

 

Vers une porte encore, dans une autre chapelle.

 

Nathalie Elemento, to pass over, pass over, les justes , co

Nathalie Elemento, "to pass over", "pass over", "les justes ", "contemplate"/2, chapelle Notre-Dame de Joie, Saint-Thuriau

 

Jacob était parti de Bershéba et se dirigeait vers Harrane.

Surpris par le coucher du soleil, il s'arrêta à l'endroit où il était, pour y passer la nuit ; il prit une pierre pour la mettre sous sa tête, et c'est là qu'il dormit.

Il eut un songe : une échelle était dressée sur la terre, et son sommet touchait le ciel ; des anges de Dieu montaient et descendaient.

Le Seigneur se tenait près de lui. Il lui dit : « Je suis le Seigneur, le Dieu d'Abraham ton père, le Dieu d'Isaac. La terre sur laquelle tu es couché, je te la donne, à toi et à tes descendants.

Tes descendants seront nombreux comme la poussière du sol, ils se répandront à l'orient et à l'occident, au nord et au midi ; en toi et en ta descendance seront bénies toutes les familles de la terre.

Voici que je suis avec toi ; je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai sur cette terre ; car je ne t'abandonnerai pas avant d'avoir accompli ce que je t'ai promis. »

Jacob sortit de son sommeil et s'écria : « Vraiment, le Seigneur est dans ce lieu ! Et moi, je ne le savais pas. »

Saisi de crainte, il disait : « Que ce lieu est redoutable ! Il est réellement la maison de Dieu, la porte du ciel ! »

Jacob se leva de bon matin, il prit la pierre qu'il avait mise sous sa tête, il la dressa pour en faire une stèle, et il la consacra en versant de l'huile sur le sommet.

Et à ce lieu, qui s'appelait alors Louz, il donna le nom de Béthel (c'est-à-dire : Maison de Dieu).

Gn, 22, 10-19

 

* * *

 

Lizan Freijsen, Tache et Tête, chapelle Sainte-Tréphine 7

Lizan Freijsen, Tache et Tête, Chapelle Sainte-Tréphine, Pontivy

 

Des traces de moisissure, des lichens, des taches d’humidité.

 

 

Lizan Freijsen, entretien, Radio Bro Gwened

 

Comment figurer ce qu'on ne saurait représenter.

 

Andrea del Castagno, La Cène, 1445-1450, fresque, réfecto

Andrea del Castagno, La Cène, 1445-1450, fresque, réfectoire de Sant'Apollonia, Florence

 

Andrea del Castagno, La Cène détail

Andrea del Castagno, La Cène, 1445-1450, fresque, réfectoire de Sant'Apollonia, Florence, détail

 

Jean Fautrier, Le Fusillé, 1943

Jean Fautrier, Le Fusillé, 1943

 

* * *

 

Près des chapelles, les fontaines miraculeuses.

 

Fontaine de Saint-Mériadec, Stival, Pontivy 357x263

Fontaine de Saint-Mériadec, Stival, Pontivy

 

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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 23:01

 

La peur d'a 29

La peur d'avouer, ré. : Gabry Maraschi, scén. : Nicoletta Peruzzi, phot. : Anselmo Marcelli, Nous Deux, Mondadori France, 2013

 

La peur d'a 30

 

Une exposition classique : nous savons où nous sommes, qui est là et quel est le programme.

 

Flavio, un journaliste, un journaliste célèbre, un journaliste célèbre à la radio – nous apprendrons bientôt qu'il s'agit de Radio Sport, montre ses bijoux à Victoria, une hôtesse de l'air – sur des lignes intercontinentales : une fine chaîne de cou assortie d'un bracelet discret qui annonce l'homme de goût.

 

Il est hautement improbable que nous soyons chez elle, ce ne serait pas bien, et puis elle recevrait dans son jardin. Des Japonais à la tête du lit ? Nous sommes chez lui. Et pourtant... La chambre est peu spacieuse pour un sportif, un sportif à la radio, un sportif à l'aise : 2,50 m en largeur et en longueur, au mieux, 5 m. Ni portes ni fenêtres ? Curieux... Deux interrupteurs à gauche du lit, aucun à droite. La lumière vient de la femme. Un téléphone ? Près de l'homme ? Peut-être. En tout cas il y a un faux raccord de l'image n°1 à l'image n°3. Sommes-nous bien chez Flavio ? Ces nippones friponneries en frise sont plutôt d'un gigolo en garçonnière que d'un homme qui épouse. Curieux... Une chambre d'hôtel où les aurait aspirés l'appel irrésistible des profondeurs sincères et aléatoires ? Où sont les projecteurs dont on voit l'éclairage, et les techniciens ? Un décor. Y a-t-il seulement un plafond ?

 

Un homme, jeune, riche et en bonne santé, est au lit avec une créature de rêve – un tel homme ne partage ses sentiments qu'avec une créature de rêve. Les préliminaires ont à peine commencé : la couche est toujours à peu près en ordre, les cheveux également, et il ne fume pas encore.

 

Que se passe-t-il alors ?

Il parle. Il a quelque chose à dire, à lui dire, à elle, « quelque chose d'important », évidemment. Tout va très vite, le hasard, les sentiments sincères et profonds, le tourbillon de la vie. Qu'il dise, qu'il lui dise, qu'il le lui dise, mais « vite », implore-t-elle !

 

« Veux-tu m'épouser ? »

Vous en connaissez beaucoup, des hommes qui proposent le mariage au moment de conclure sous les estampes ? Et ce petit doigt qui regimbe ? Elle en rit. Se moquerait-elle ?

 

« N'est-ce pas un peu prématuré ? »

Quelque gargouille de bénitier penserait que ce qui est prématuré dans l'histoire, c'est l'alcôve. Pour être Romaine, on n'en est pas moins moderne ! Et caustique ! Leur hasard n'est que de quelques mois, le mariage est « quelque chose d'important », une vie suffirait à peine à s'y résoudre.

 

Il a compris. Elle partage les draps mais pas les sentiments qui vont avec.

Et elle ? Quand elles font cette tête-là, en général, c'est qu'elles s'ennuient. Et de quoi s'ennuie-t-elle ? De perdre sa vie présente. Le mariage, c'est « une nouvelle vie », elle doit s'y préparer, psychologiquement. Finis les sentiments sincères et profonds ! Finies les virées outre-Atlantique ! Le hasard, fini ! Le mariage, ce n'est plus le pré fleuri où le séduisant bretteur vient pointer son fleuret, c'est le sable mouvant d'un funeste bunker, ce sont les chiards bons à noyer, a desperate housewife's life.

Il veut bien attendre, mais pas trop longtemps, il sent grandir en lui un émoi trop sincère et profond.

 

Entre la cinquième et la sixième image, il y a ce qu'on appelle « un panoramique sur la fenêtre » – même quand il n'y a pas de fenêtre.

 

L'homme patient accompagne sa compagne pour s'assurer qu'elle ne va pas rejoindre un coquin de la compagnie.

Il est vêtu décontracté mais propre : un ensemble en jean de bonne coupe et artistement délavé, assorti à la voiture.

Oui ? Nous remarquons ces arbres, ces reflets... Est-ce bien un aérodrome ?

 

La peur d'a 47

 

Que s'est-il passé entre la page 30 et la page 47 ? Victoria aurait-elle un secret ? Un secret caché ?

 

 

Garou, Sophie Nault, Claude Pineault, L'aveu, in album Reviens, 2003

 

La peur d'avouer ! La Fayette, nous voilà ! «  Ne me contraignez point, lui dit-elle... »

 

 

_ _ _

 

ANNEXE

 

Ne me contraignez point, lui dit-elle, à vous avouer une chose que je n'ai pas la force de vous avouer, quoique j'en aie eu plusieurs fois le dessein. Songez seulement que la prudence ne veut pas qu'une femme de mon âge, et maîtresse de sa conduite, demeure exposée au milieu de la cour.

 

Que me faites-vous envisager, Madame ! s'écria monsieur de Clèves. Je n'oserais vous le dire de peur de vous offenser.

 

Madame de Clèves ne répondit point ; et son silence achevant de confirmer son mari dans ce qu'il avait pensé : — Vous ne me dites rien, reprit-il, et c'est me dire que je ne me trompe pas.

Eh bien, Monsieur, lui répondit-elle en se jetant à ses genoux, je vais vous faire un aveu que l'on n'a jamais fait à son mari, mais l'innocence de ma conduite et de mes intentions m'en donne la force. Il est vrai que j'ai des raisons de m'éloigner de la cour, et que je veux éviter les périls où se trouvent quelquefois les personnes de mon âge. Je n'ai jamais donné nulle marque de faiblesse, et je ne craindrais pas d'en laisser paraître, si vous me laissiez la liberté de me retirer de la cour, ou si j'avais encore madame de Chartres pour aider à me conduire. Quelque dangereux que soit le parti que je prends, je le prends avec joie pour me conserver digne d'être à vous. Je vous demande mille pardons, si j'ai des sentiments qui vous déplaisent, du moins je ne vous déplairai jamais par mes actions. Songez que pour faire ce que je fais, il faut avoir plus d'amitié et plus d'estime pour un mari que l'on en a jamais eu ; conduisez-moi, ayez pitié de moi, et aimez-moi encore, si vous pouvez.

Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves

 

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 23:01

 

Bienvenue à nos lecteurs pour ce sixième numéro d'Anacoluthes où nous recevons Karine, la collectionneuse.

 

 

Haydée Politoff

 

On ne présente plus Karine dans son coin lecture.

 

« Karine, vous êtes collectionneuse ?

_ J'aime bien magasiner les beaux gars, c'est tout.

_ Et les œuvres d'art ?

 

Karine, Buren by Yueyin

Yueyin, Buren qc, bois sur neige, in situ, 2013

 

_ Oui, une œuvre de Yueyin, parce que c'est elle, parce que c'est moi.

_ …

_ Je suis aussi liseuse.

 

Où es-tu jolie lectrice à la robe rouge 700

 

_ Où es-tu jolie lectrice à la robe rouge ?

_ Dans mon coin lecture !

_ Tes coups de cœur ?

_ Les justes, ma pièce de théâtre préférée. Définitivement. Une pièce que je relis et dont je savoure chaque phrase, m'imaginant les acteurs sous mes yeux. Je termine en pleurs à chaque fois ! Je m'exalte avec Yanek, m'emporte avec Stepan et ressent la détresse et la résolution de Dora. Gros, gros coup de cœur pour moi !

_ La Corde ! Oui, Camus avait songé à intituler la pièce « La Corde », mais il est interdit de prononcer le mot sur une scène et il apparaît quatre fois dans le texte. Pendant les répétitions, les acteurs superstitieux remplaçaient le terme par « le fil ». Camus ouvre le cycle de la révolte. La pièce rappelle « l'absurde » :

STEPAN

Des enfants ! Vous n'avez que ce mot à la bouche. Ne comprenez-vous donc rien ? Parce que Yanek n'a pas tué ces deux-là, des milliers d'enfants russes mourront de faim pendant des années encore.

Elle annonce « l'amour » :

KALIAYEV, se levant, dans une grande agitation.

Aujourd'hui, je sais ce que je ne savais pas. Tu avais raison, ce n'est pas si simple. Je croyais que c'était facile de tuer, que l'idée suffisait, et le courage. Mais je ne suis pas si grand et je sais maintenant qu'il n'y a pas de bonheur dans la haine. Tout ce mal, tout ce mal, en moi et chez les autres. Le meurtre, la lâcheté, l'injustice... Oh il faut, il faut que je le tue... Mais j'irai jusqu'au bout ! Plus loin que la haine !

DORA

Plus loin ? Il n'y a rien.

KALIAYEV

Il y a l'amour.

_ Aaah ! L'amour ! L'amour ! On ne badine pas avec l'amour... Tu connais ?

_ L'échec de l'enseignement secondaire. Camille et Perdican sortent de l'école, ils ont désappris à vivre.

_ L'amour ! L'ensorcelée!

_ Ah ! L'ensorcelée ! Tu sais, petite, que longtemps j'ai hanté la lande de Lessay ? Tu aurais pu venir à ma rencontre, je n'ensorcelle pas, j'envoûte.

 

Lou, chat-huant

 

_ Je suis le chat-huant, le Chouan hululant à ton désir hurlant...

_ … Looou !

_ Oups... J'ai pété une coche... Pardonnez-moi.

_ Viens, on va frencher...

_ … Vous avez une autre activité, vous êtes joueuse ?

_ J'aime bien jouer avec les gosses, quoi.

_ Oui, j'entends, vous vivez avec les enfants.

_ T'es d'où, toi ? T'es nono ! J'en ai le piton collé !

_ Je ne suis pas une de vos bébelles !

_ Fais pas attention, je suis une machine à gaffes, c’est un fait universellement reconnu. Et puis, je fais de la danse, olé olé, tu vois. Et de la musique... l'ennui, c'est que je suis devenue une nailista convaincue, j’ai 84 vernis, au bas mot – que je mets pour la plupart une seule et unique fois.

_ Vous êtes artiste ?

 

Nail art - Mondrian

 

Nail art - Miro

 

_ Je commence même à être un peu chère.

_ Vous savez que Lou est collectionneur ?

_ Avec moi, on paie rubis sur l'ongle.

_ Et pour le piano ?

_ J'ai les ongles trop longs. Pourtant, un jour, je réussirai à jouer au complet la première ballade de Chopin et la fantaisie en fa mineur de Schubert, un quatremains magnifique. Ces deux œuvres me transportent ailleurs, ce sont mes préférées pour la vie.

 

 

Franz Schubert, Fantaisie en fa mineur

 

_ C'était à Val Thorens ?

_ Oui, en 2010, avec Daniel à gauche.

_ Daniel Diaz, oui, et Fabienne Verdier tournait les pages.

 

 

Frédéric Chopin, Ballade n°1 en sol mineur

 

_ Deux ans plus tard.

_ A Annecy... Sur les affiches, ils avaient marqué Miren Adouani Baruthiomai, pour l'exotisme.

_ Et le jazz ?

_ Carrément. J’adore aussi tout ce qui est jazz, flamenco. Et... ah oui… je collectionne les paroles de chansons. Je les connais toutes, de même que les numéros de téléphone, les plaques de voiture, les dossiers à Jonquière où je travaille, les adresses… faut pas me montrer sa carte de crédit, j’ai une mémoire des chiffres ignoble ! J’ai aussi la capacité étrange de me souvenir de conversations entières ayant eu lieu des années auparavant. Je n’ai compris que récemment que si une personne ne pouvait pas me dire exactement ce que je lui avais répondu 7 ans plutôt dans la voiture sur le pont Dubuc, ce n’était pas parce que la dite personne se foutait de moi.

_ Pareil pour moi, tu vois, je ne prends pas de notes.

_ Et encore... je suis accro au pepsi diet...

_ … ta liqueur au déjeuner ?

_ Et aux Skittles, au Mini-Wheats et aux gummy bears. Je pourrais être leur poster girl, en fait. Maniaque des boucles d’oreilles, je suis super geekette, mais une geekette qui fait semblant d’être nulle avec les ordis pour que les gens règlent ses problèmes à sa place (chhhhhuuuuuttttt). Mais pour les quizz sur Doctor Who, Star Wars, Zelda, Big Bang Theory, Indiana Jones et compagnie… ça, ça va !

_ …

_ En fait, je suis orphot, non, ornitho, attends, orphist...

_ … logopède, peut-être ?

_ Oui ! Mais chez nous, on dit... Tu connais la chanson Un château de sable de Paul Piché – c'est québécois ? Il y a un passage qui dit :

« Il reste un cachot, et je suis seul au rivage

Cherchant le secret des mots, cherchant la clé du langage »

Eh ben, c’est comme ça que je conçois mon boulot. Je guide les enfants pour qu'ils trouvent la clé.

 

 

_ Merci, Karine. »

 

Fidèlement vôtre, à 4 h 35, Anacoluthes vous convie à la rencontre de notre prochain invité.

 

 

* * *

 

Anacoluthes

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes-erwin-screwdriver-lawrence-116074505.html

 

Anacoluthes_02

http://www.libellus-libellus.fr/article-anacoluthes_02-despasperdus-le-flingueur-de-la-butte-116073756.html

 

Anacoluthes_03

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Anacoluthes_04

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Anacoluthes_05

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