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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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Survival

 

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9 décembre 2015 3 09 /12 /décembre /2015 01:15
Julie Van Rechem, Prof jusqu'au bout des ongles – en scène

Julie Van Rechem, Prof jusqu'au bout des ongles, Stock, 2015 – couverture : Pierre Martin Vielcazat (STALLES)

 

Ce livre est celui que j’aurais aimé lire avant ma première rentrée des classes en tant qu’enseignante. Une voix qui m’aurait prévenue que ce métier est si humain qu’il vous bouleverse régulièrement. Une voix qui m’aurait empêchée de confondre l’institution, cadenassée et sclérosante, avec l’excitation et la gourmandise à faire progresser ses élèves. Une voix qui parle d’une expérience personnelle, sans généraliser, et qui rappelle que rien n’est jamais dénitif : ni le fait d’utiliser des manuels en classe, ni le fait que certains élèves s’évertuent à écrire en turquoise…

Futur ou ancien prof, parent d’élève ou même élève : j’aimerais que le lecteur referme mon livre en se rappelant que l’amertume et la grogne justiée des enseignants ne doit jamais faire oublier l’ardeur qu’ils mettent en entamant chaque heure de cours.

Selon l'éditeur

Julie Van Rechem, Prof jusqu'au bout des ongles – en scène

Julie Van Rechem est professeur d’histoire-géographie-éducation-civique-juridique-et-sociale en collège, au nord de Paris. Après sa première année, décevante, elle est partie pour l'Inde où elle a enseigné et s’est ressourcée pendant six ans. Elle est revenue pour notre bonheur et celui de ses élèves.

 

Ecoutez Julie.

 

France Culture, Rue des écoles, présentation : Louise Tourret, dimanche 15 novembre 2015

 

Prof n'est pas un essai sur l'enseignement, c'est le récit d'une (jeune) vie.

 

Dans l'extrait de Rue des écoles, on a entendu parler de peur. Qui a peur ?

 

Peur sur la classe

 

Durant ma formation, j'avais reçu d'excellents conseils pour organiser une séquence de cours sur la Méditerranée au XIIe siècle pour des secondes. En revanche, je n'avais aucune idée de ce qui me permettrait de créer un climat de confiance avec une classe, et encore moins une classe composée d'élèves venant d'un milieu radicalement différent du mien et aux habitudes scolaires aux antipodes de celles auxquelles j'étais rompue. Soyons clair : je n'avais aucune idée de la manière dont je devais m'adresser à eux ou dont je devais leur faire cours. J'avais seulement reçu çà et là le même conseil érigé en règle ultime de l'éducation prioritaire : j'allais devoir « les visser ». La métaphore bricoleuse ne s'expliquant pas, on la laisse parler d'elle-même et de ce fait personne n'a jamais su au fond ce qu'elle signifiait.

 

L'enseignement n'est pas un bricolage.

 

Julie n'a pas connu que de doux agneaux en classe mais le rapace n'est-il pas le grand prédateur de l'établissement, du rectorat, du ministère ?

Les gamins trichent ou tchipent, il faut être avec eux, devant eux.

 

Après six ans de vagabondage, elle revient sur les planches, les ongles vernis de bleu. En scène, il faut porter un masque.

 

Une classe est une chose mouvante, fluctuante, enthousiasmante, blessante, épuisante.

Julie Van Rechem, Prof jusqu'au bout des ongles – en scène

L'autorité maternelle... Même au collège les élèves disent encore « Maman » en appelant le professeur. Ce sont des Pikachus. Ils ont découvert leur histoire au musée Guimet, puis sont allés se rouler dans l'herbe du Trocadéro. Pikachus...

 

Le travail, tout travail, est épuisant. Chez les profs, c'est la voix qui casse. Et comme Lao-Tseu l'a dit, il faut chercher la voie...

Le théâtre apprend à poser la voix, à prendre une voix de masque qui permet de se faire entendre d'une large assemblée sans s'égosiller – une voix douce.

Julie Van Rechem, Prof jusqu'au bout des ongles – en scène

Pourquoi choisir l'enseignement de l'histoire ? Un souvenir d'enfance, « L'Histoire selon Dingo » – il y avait un épisode dans presque chaque Super Picsou géant.

 

Les perles...

Pourquoi Hitler s'est-il suicidé ?

Ben ché pas, […] parce que les autres allaient le tuer de toute façon alors...

 

Le professeur est un mystère, les élèves épient leur professeur pour percer le mystère de sa vie privée... où l'on trouve la machine à café, outil pédagogique essentiel, toujours en panne – c'est bien connu.

 

La vie avec un prof est un enfer. Le prof envahit tout l'espace avec ses livres, ses documents, ses copies.

 

Ensuite, il y a les attentats, que dire ?

 

A lire, d'autant que l'humour épice avec juste ce qu'il faut l'ensemble..., nous dit Des Pas perdus.

 

 

Julie Van Rechem, l'invitée de La Matinale sur LCI

 

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5 décembre 2015 6 05 /12 /décembre /2015 01:15
Claude Izner, La disparue du Père-Lachaise – de belles maximes

Claude Izner LIEN vers le précédent, La disparue du Père-Lachaise, 10/18, 2003 – illustration de couverture : Jean Béraud, Le Boulevard Montmartre et le théâtre des Variétés vers 1880

 

Paris, 1890. Quelle n'est pas la surprise de Victor Legris quand débarque Denise Le Louarn, la petite bonne de son ancienne maîtresse, Odette de Valois, dans sa librairie de la rue des Saints-Pères ! La jeune fille est visiblement bouleversée.

Elle lui apprend qu'Odette, devenue depuis peu adepte de ce spiritisme tant en vogue, a disparu à la suite d'un étrange rendez-vous au cimetière du Père-Lachaise. D'abord sceptique, Victor ne peut s'empêcher de s'interroger et le voilà donc lancé sur la piste de son ancienne maîtresse...

A sa suite on découvre ce Paris où l'on entendait encore le bruit des sabots sur les pavés de bois et les cris des petits métiers, où les hommes portaient le haut-de-forme, les femmes le corset et où le crime poussait à chaque coin de rue... Mystères, mystères !

4e de couverture

 

En exergue

 

« Êtes-vous toujours là ? Vous êtes mort sans doute, mais d’où je suis on peut parler aux morts. »

Victor Hugo

 

« Nous sommes tous des fantômes… »

Élisabeth d’Autriche

 

Prologue

 

État de Colombie, province du Cauca.

Novembre 1889

 

Ils avaient enfin atteint Las Juntas après une descente épuisante à travers la forêt saturée d’humidité. Un homme barbu ouvrait la marche. Derrière lui deux porteurs indiens transportaient un quatrième homme inconscient dans un hamac, suspendu à une perche posée sur leurs épaules.

 

L'homme n'en a plus pour longtemps. On le dépose dans une demeure délabrée où, sous le voile épais des toiles d'araignées, ne gisent, pêle-mêle, que des roues de chariot brisées, des pignons de machines, des débris d’appareil télégraphique, des dizaines de bouteilles vides et un volume jauni, rongé, dont les pages s’effritèrent : Stances à la Malibran, d’Alfred de Musset. […] Musset, ici, en ce lieu, quelle absurdité !

Dans le havresac du mourant, une lettre :

29 juillet 1889

Mon cher Armand,

Comment vas-tu, mon canard ?

 

Chapitre premier

 

Quatre mois plus tard

Seigneur, il était si bon et si doux, nous l’aimions si tendrement ! Seigneur, il était…

 

A l'approche du Père-Lachaise une femme voilée pleure dans un fiacre, une jeune femme, sa servante, assise en vis-à-vis, se signe en écoutant cette litanie.

Claude Izner, La disparue du Père-Lachaise – de belles maximes

Précédant de peu un convoi funéraire, le fiacre pénétra dans le cimetière et emprunta l’avenue circulaire. La pluie nimbait d’un dôme luisant l’immense nécropole. De part et d’autre de la route se succédaient chapelles, cénotaphes, mausolées ornés d’angelots dodus ou de nymphes éplorées.

[…]

Le fiacre amorça un virage et manqua percuter un grand bonhomme à cheveux blancs contemplant la croupe épanouie d’une pleureuse de bronze.

Claude Izner, La disparue du Père-Lachaise – de belles maximes

La nuit tombe, et la pluie et le froid. Denise est perdue. Odette de Valois, sa maîtresse, a disparu. Denise, éperdue, se rend chez Victor Legris, l'ancien amant de Madame, en sa librairie. Depuis la mort de Monsieur, Madame consulte un mage qui fait revenir et parler les morts. Denise devait apporter à sa maîtresse un tableau, elle s'est trompée de cadre, Madame voulait déposer dans la chapelle de son défunt la Sainte Vierge, la dame en bleu, et non pas l'Archange Saint-Michel. La jeune fille rejoint Victor au Temps perdu, un café à l'angle de la rue des Saints-Pères et du quai Malaquais. Elle a entendu une présence dans sa chambre, elle a peur, elle a faim.

 

Gabriel Fauré, Première valse-caprice, en la majeur, opus 30 : Ambiance de fête brillante, 1882.

 

Victor enquête. Il est de fort belle humeur en remontant la rue Lepic. Il sifflote une valse de Fauré.

Tasha, jeune et charmante artiste peintre que nous connaissons déjà, amante libre du libraire, hébergera Denise dans sa chambre et ira dormir à la librairie Elzévir, chez Victor.

 

De belles maximes.

 

Le sujet est secondaire, c'est le style qui fait l'artiste.

 

Les femmes, c'est toutes des diablesses, un saint se damnerait sous leurs jupons.

 

L'odeur du sang appâte les requins autant que le miel les mouches.

 

Bien sûr, il y a d'autres meurtres, où serait le plaisir ?

 

Le récit est plus lent, léger bémol, que dans Mystère rue des Saints-Pères.

 

Byron Haskin, L'Île au trésor, 1950

 

Aristide Bruant, Le Chat Noir, 1911

 

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1 décembre 2015 2 01 /12 /décembre /2015 01:15
Claude Izner, Mystère rue des Saints-Pères – le curare ne pardonne pas

Claude Izner, Mystère rue des Saints-Pères, Éditions 10/18, 2003 – illustration de couverture : Jean Béraud, Entrée de l'Exposition de 1889 (détail)

 

Paris, juin 1889 : le monde entier se presse à l'Exposition Universellela Tour Eiffel, qui vient d'être achevée, accueille plus de mille visiteurs par jour. Les Français s'aperçoivent qu'ils ont un Empire colonial en découvrant les pavillons exotiques et les villages indigènes groupés au pied d'un des temples d'Angkor reconstitué. C'est dans cette ambiance de kermesse que survient une série de morts inexpliquées. Les victimes ne présentent aucune blessure apparente et, hormis le fait d'avoir été présentes à l'Exposition, rien ne les relie entre elles. Victor Legris, propriétaire d'une librairie rue des Saints-Pères, n'aurait nulle raison de se mêler de ces affaires s'il n'était intrigué par le comportement de son père adoptif et associé, Kenji Mori. Il décide d'enquêter, au risque de voir basculer toutes ses certitudes...

Selon l'éditeur

Claude Izner, Mystère rue des Saints-Pères – le curare ne pardonne pas

Anonyme, Exposition Universelle 1889, Danseuses Javanaises, BnF, Estampes et Photographie, Va271 t.9

 

Comme nombre de visiteurs du monde entier, Victor Legris, libraire rue des Saints-Pères, se rend à l'Exposition universelle où la Tour Eiffel, qui vient d'être achevée, trône en véritable vedette. En ce début d'été 1889, les Parisiens ont bien du mal à se frayer un chemin dans la foule qui se presse entre les kiosques multicolores, dans les allées envahies de pousse-pousse et d'âniers égyptiens... Au premier étage de la tour, Victor doit retrouver Kenji Mori, son associé, et son ami Marius Bonnet, qui vient de lancer un nouveau journal, Le Passe-partout. Mais leur rendez-vous est vite interrompu : une femme vient de s'écrouler sous le coup d'une étrange piqûre. S'ensuit une série de morts inexpliquées qui vont marquer les débuts d'enquêteur de Victor Legris...

Ces nouveaux mystères de Paris nous plongent dans la capitale des impressionnistes, ses « villages » et ses quartiers populaires.

4e de couverture

Claude Izner, Mystère rue des Saints-Pères – le curare ne pardonne pas

Claude Izner est le pseudonyme de deux sœurs, Liliane Korb et Laurence Lefèvre. Liliane a longtemps exercé le métier de chef-monteuse de cinéma, avant de se reconvertir bouquiniste sur les quais de la Seine, qu'elle a quittés en 2004. Laurence a publié deux romans chez Calmann-Lévy, Paris-Lézarde en 1977 et Les Passants du dimanche en 1979. Elle est bouquiniste sur les quais. Elles ont réalisé plusieurs courts métrages et des spectacles audiovisuels. Elles écrivent ensemble et individuellement depuis de nombreuses années, tant pour la jeunesse que pour les adultes. Les enquêtes de Victor Legris sont aujourd'hui traduites dans huit pays. Sang dessus dessous est la réédition de leur premier roman policier à quatre mains, paru en 1999.

Selon l'éditeur

En exergue

 

Paris dresse sa tour

ainsi qu’une grande girafe inquiète

sa tour

qui, le soir venu,

craint les fantômes.

Pierre Mac Orlan (Tel était Paris)

 

Prologue

12 mai 1889

Des nuées d'orage couraient au-dessus de la steppe coincée entre les fortifications et la gare de marchandises des Batignolles. La vaste étendue d'herbe galeuse dégageait des relents d'égout. Groupés autours de tomberaux d'ordures ménagères, des chiffonniers nivelaient à coups de crochet une marée de détritus, soulevant des tourbillons de poussières. Au loin, un train s'avançait, grossissait lentement. Une bande de gamins dévala les buttes en hurlant :

Le voilà ! Buffalo Bill arrive !

 

Jean Méring, un chiffonnier, s'effondre. Un râle fusa de ses bronches, il parvint à articuler : – Ab... a-beille.

 

Le Figaro du 13 mai 1889 publie, en page 4 : Mort singulière d'un chiffonnier, Un biffin de la rue de la Parcheminerie est décédé d’une piqûre d’abeille. L’accident s’est produit hier matin à la gare des Batignolles lors de l’arrivée à Paris de la troupe de Buffalo Bill. Les personnes présentes sur les lieux ont vainement tenté de ranimer la victime. L’enquête a révélé qu’il s’agirait de Jean Méring, quarante-deux ans, ancien communard déporté en Nouvelle-Calédonie, revenu à Paris après l’amnistie de 1880.

 

Chapitre premier

Mercredi 22 juin

Sanglée dans un corset neuf qui craquait à chaque pas, Eugénie Patinot descendait l’avenue des Peupliers.

Elle vient à la tour, avec deux enfants, elle monte jusqu'à la deuxième plate-forme, à 115,73 mètres au-dessus de la terre ferme, elle se pose sur un banc.

Quelqu’un s’assit près d’elle, se releva, fit un faux pas, s’appuya lourdement sur son épaule sans s’excuser. Elle poussa un petit cri, quelque chose l’avait piquée à la base du cou. Une abeille ? C’était sûrement une abeille !

 

Tasha dessine un croquis de la scène. Victor s'intéresse à elle.

 

Où se situe votre magasin ?

18, rue des Saints-Pères, c’est facile à trouver, il y a une enseigne : Elzévir, Librairie ancienne et moderne.

 

Victor, invité par son ami Marius à tenir une chronique littéraire, vient revoir Tasha au journal, avec un projet d'article intitulé « Le français tel qu'on l'écrit », ne ménageant ni Balzac – « Un commissaire de police répond silencieusement : "Elle n'est point folle" » (La Cousine Bette) –, ni Lamartine – « Les plantes de mes pieds me font mal du désir de sortir avec vous, Geneviève. » (Geneviève) –, ni Vigny – « Le vieux domestique du maréchal d'Effiat mort depuis six mois avait repris ses bottes. » (Cinq-Mars).

 

La mort d'Eugénie Patinot, piquée par une abeille sur la tour, fait la Une du Passe-partout avec un dessin de Tasha.

 

L'inspecteur Lecacheur est chargé de l'enquête. Que nous cache-t-on ? Marius Bonnet, le fondateur du journal, connaît la musique.

On n'en sort pas, mon vieux, le crime et la bluette sont des serpents de mer qui alimentent le tiroir-caisse.

Tu es d'un cynisme !

 

Le curare ne pardonne pas, l'abeille n'est pas une abeille, l'abeille tue encore.

 

« Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable », combien de fois ce vers de Boileau s'était-il vérifié dans le passé, de combien d'erreurs judiciaires des innocents avaient-ils été victimes, à cause de l'imagination trop fertile d'un quelconque enquêteur ?

 

Le vrai coupable est invraisemblable.

Claude Izner, Mystère rue des Saints-Pères – le curare ne pardonne pas

Kenji, le sage, aura le dernier mot :

L'apparence n'est pas plus la réalité qu'un coucher de soleil n'est un incendie.

 

Et il prit une tasse de saké.

 

Lucien Delormel et Léon Garnier pour les paroles, Louis-César Desormes pour la musique, En revenant de la revue (chanson créée par Paulus à la Scala, à Paris, en mai 1886) – interprétation : Georgius, orchestre Raymond Legrand, disque 78 tours Decca MB.21162, décembre 1949

 

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27 novembre 2015 5 27 /11 /novembre /2015 01:15
Franck Bouysse, Grossir le ciel

Franck Bouysse, Grossir le ciel, la manufacture de livres, 2015 – couverture : Cyril Herry

Franck Bouysse, Grossir le ciel

Franck Bouysse est né en 1967, il vit à Limoges où il enseigne la biologie.

 

« Abel but son verre d'un trait et se leva. Il se tenait face à Gus, tout raide, comme une espèce de bestiole qui ne voudrait pas être repérée dans un décor hostile, puis il planta ses yeux dans ceux de Gus après un silence qui ne rendait service à personne et il dit :

– Tu veux que je te dise vraiment le fond de ma pensée ?

– Je t'écoute.

– Le diable, il habite pas les enfers, c'est au paradis qu'il habite.

 

Entre Alès et Mende, au milieu des Cévennes, un lieu-dit appelé Les Doges, deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, de la neige une partie de l'année, deux hommes, un chien, un fusil, quelques mots, des silences et de la roche pour poser le tout. »

4e de couverture

 

Épigraphe

 

« Le terre aveugle elle-même et l’eau aveugle, le ciel et sa bombarde d’étoiles comme les colombes, l’air, sombre, les essaims de civilisations endormies de la terre végétale, certains reptiles certains oiseaux, et des personnalités vêtues de fourrures, dont le sommeil est de jour, mais que l’obscurité appelle à leurs affaires, ceux-là jouissaient de tout leur aplomb. »

James Agee, Louons maintenant les grands hommes

 

Incipit

 

C’était une drôle de journée, une de celles qui vous font quitter l’endroit où vous étiez assis depuis toujours sans vous demander votre avis. Si vous aviez pris le temps d’attraper une carte, puis de tracer une ligne droite entre Alès et Mende, vous seriez à coup sûr passés par ce coin paumé des Cévennes. Un lieu-dit appelé Les Doges, avec deux fermes éloignées de quelques centaines de mètres, de grands espaces, des montagnes, des forêts, quelques prairies, de la neige une partie de l’année, et de la roche pour poser le tout. Il y avait aussi des couleurs qui disaient les saisons, des animaux, et puis des humains, qui tour à tour espéraient et désespéraient, comme des enfants battant le fer de leurs rêves, avec la même révolte enchâssée dans le cœur, les mêmes luttes à mener, qui font les victoires éphémères et les défaites éternelles.

 

L’abbé Pierre vient de mourir. Gus en est retourné. Il ne l’a jamais connu, l'abbé était catholique, Gus est protestant. Mais il était un peu de la famille. Gus n’en a plus vraiment, de famille, à part Abel et Mars, un voisin et un chien.

Un matin de janvier, Gus est à la chasse, près de la ferme de son voisin. La neige se colore en rouge...

Gus est né il y a plus de cinquante hivers, dans la solitude du premier cri, déjà. Sa ferme est située en haut des Doges, quelques bâtiments de misère, et pour l'essentiel un lopin de forêt.

Les jours s'enfilent sans que rien ne se passe jusqu'à ce qu'on annonce à la télévision la mort de l'abbé Pierre.

Franck Bouysse, Grossir le ciel

Gus finira dans la roche, il ira grossir le ciel, nous irons tous au paradis.

 

Yves Robert, Nous irons tous au paradis, 1977

 

Michel Polnareff (en bonne compagnie avec Jacques Chazot – Les Carnets de Marie-Chantal – et Alice Sapritch), On ira tous au paradis, 1972

 

Une tragédie dans la solitude, le silence, la roche des Cévennes.

 

Puissant ! nous dit Yueyin.

 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 01:15

Les Grandes marées, île Madame

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Jacques Poulin, Les Grandes marées (Leméac, 1978), Actes Sud, Babel, 1995 – illustration de couverture : Edward Hopper, The Martha McKeen of Wellfleet (détail), 1944

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Jacques Poulin (Photo, © Anne Kmetyko) est né au Québec, à Saint Gédéon de Beauce, le 23 septembre 1937.

 

« Au commencement, il était seul dans l'île. Il avait un nom de code, Teddy Bear, et il s'en servait pour communiquer avec l'hélicoptère du patron : tous les samedis, le patron lui apportait du travail et des provisions pour la semaine. Il restait encore de la neige dans les sous-bois, mais les grandes marées d'avril avaient emporté les glaces de la grève. Parfois, des volées d'oies blanches venaient se poser sur la batture, du côté nord. » Bientôt pourtant, le havre de paix de ce traducteur de bandes dessinées va être envahi par des individus plutôt loufoques, par une jeune femme belle, mystérieuse et indépendante avec qui il se lie d'amitié... et il en sera terminé de sa solitude créatrice. Ce livre, déjà reconnu comme un classique de la littérature québécoise, dit avec force et dans une langue somptueuse que le paradis sur terre ne dure jamais longtemps...

4e de couverture

 

En exergue

 

Un homme seul est un homme sans compagnie […]. Un seul homme, c’est rien qu’un homme...

(Dictionnaire des difficultés de la langue française – Larousse)

 

Le Traducteur connaît des difficultés pour traduire Hägar Dünor et Peanuts...

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens
Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Il lit des nouvelles de Bradbury...

 

Je vis dans un puits. Je vis comme une fumée dans un puits, comme un souffle dans une gorge de pierre. Je ne bouge pas. Je ne fais rien, qu'attendre. Au-dessus de ma tête j'aperçois les froides étoiles de la nuit et les étoiles du matin – et je vois le soleil. Parfois je chante de vieux chants de ce monde au temps de sa jeunesse. Comment dire ce que je suis, quand je l'ignore ? J'attends, c'est tout. Je suis brume, clair de lune, et souvenir. Je suis triste et je suis vieux. Parfois je tombe vers le fond comme des gouttes de pluie. Alors des toiles d'araignée tressaillent à la surface de l'eau. J'attends dans le silence glacé ; un jour viendra où je n'attendrai plus.

Ray Bradbury, Celui qui attend et autres nouvelles, trad. Jean-Pierre Harrison, 1965

 

Il tourne en rond.

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Olivier Mosset, Sans titre, 1974, acrylique sur toile, 100 x 100, coll Jean Sistovaris, dépôt Mamco, Genève

 

Prenez un cercle, caressez-le, il deviendra vicieux !

(Eugène Ionesco, La Cantatrice chauve, 1950)

 

Un roman codé.

 

Chez Poulin, c'est toujours la même chose : difficultés à tisser des relations avec les autres – qu'on aime pourtant ; méditation sur le langage (Teddy est traducteur), la communication, la solitude.

 

Poulin le dit lui-même (Volkswagen Blues, 1988) : Il ne faut pas juger les livres un par un. Je veux dire : il ne faut pas les voir comme des choses indépendantes. Un livre n’est jamais complet en lui-même ; si on veut le comprendre, il faut le mettre en rapport avec d’autres livres du même auteur, mais aussi avec des livres écrits par d’autres personnes. Ce que l’on croit être un livre n’est la plupart du temps qu’une partie d’un autre livre plus vaste auquel plusieurs auteurs ont collaboré sans le savoir.

 

Les récits de Poulin commencent au printemps et finissent aux grandes marées d’automne, et toujours au Québec. Son animal de compagnie est toujours un chat (Chat sauvage, Le vieux Chagrin). Matousalem, le vieux chat, est un matou, Mathusalem, dans Genèse les références à la bible sont nombreuses.

 

Premiers mots : « Au commencement, il était seul dans l’île ». Comme Adam au jardin d'Eden.

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

L'arche de Noé, Abbaye Saint Savin et Saint Cyprien, Saint Savin sur Gartempe, Vienne, XIIe siècle

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Teddy vient seul sur une île déserte, comme Robinson Crusoe ou Adam. Ensuite, vient Marie – Jane ?

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Une île hors du temps.

 

L’île Madame appartient au Patron. Elle existe, le nom, « Madame », venait de la femme du frère cadet du roi, la Dauphine (NDL : une bonne pomme).

 

Teddy Bear, le héros, est un traducteur, maniaque, de bandes dessinées, au service du journal Le Soleil de Québec. Le Patron lui demande ce qui ferait son bonheur. Une île déserte. Le Patron en a une : L’île Madame, deux kilomètres de longueur, près de l’île d’Orléans, deux maisons et un court de tennis. Teddy Bear se rend sur l’île, avec son vieux chat Matousalem.

 

Une fois par semaine, Le Patron vient dans son Jet Ranger cueillir les traductions de Teddy et lui laisser des provisions.

 

Teddy Bear est un « nom de code » – « traducteur de bandes dessinées ». Un ours, de caractère, qui se retire pour hiberner.

 

Le Patron n'a pas de nom ou plutôt on ne prononce pas son nom : Dieu.

 

Marie est la première venue, nouvelle Ève, excellente cuisinière.

 

Puis vient Tête Heureuse, la femme du Patron (NDL : sa Grande Clémence ?), excellente cuisinière.

 

Le bonheur est dans le dictionnaire et les œufs au bacon de Marie.

Tête heureuse est une masseuse autodidacte, c'est dire.

 

Pourtant, Teddy n'est pas heureux. Selon Le Patron, il lui faut des intellectuels avec lesquels discuter.

 

L'île se peuple : Le Poète de la Finance, Le Vieil Homme à l'orée du bois...

 

L’Auteur. Il est venu sur l'île pour écrire. L'éciture c'est une drôle d'histoire, dit-il.

L'Homme Ordinaire.

Le Professeur Mocassin (comme une chaussure d'Indien ou un serpent venimeux des marais), un savant, qui professe à la Sorbonne L’Histoire et l’Esthétique de la bande dessinée.

L’Animateur. L'île s'étant peuplée, il vient animer la population. L'Animateur est animé d'écholalie* (répétition automatique des paroles de l'inerlocuteur).

* on dit également psittacisme – un perroquet, Long John Silver, L'Île au trésor...

 

Un matin, vers quatre heurs, Tête heureuse se lance dans la libido insulaire. Mocassin n'a plus l'âge, dit-il. L'Auteur épargne sa libido pour écrire. Heureusement, L'Homme Ordinaire n'est qu'un homme.

 

C'est l'été des Indiens, la marée descend, on quitte l'île.

 

Remerciements à Yueyin qui nous a offert ce difficile et beau livre.

Jacques Poulin, Les Grandes marées – l'été des Indiens

Une peinture du grand-oncle de Karine, complice de notre cousine Yueyin.

 

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21 novembre 2015 6 21 /11 /novembre /2015 01:15
Rose Bacot, psaume 127, in album Chants des Montées

Rose Bacot – aquarelle peinte par Juliette, sa fille

 

« En tant que chrétienne et musicienne, je me suis sentie appelée à mettre mon expression musicale au service de ma foi, et en particulier d’une meilleure compréhension de notre héritage juif. J’aime utiliser cette musique klezmer en commentaire d’un texte, soit tiré de la tradition si riche des contes juifs, soit tiré de la Bible (notamment les psaumes) alternant ces deux formes de parole, qui s’éclairent et se complètent alors mutuellement. C’est pour moi une joie de jouer cette musique d’une part dans différents lieux publics (écoles, centres culturels, festivals, médiathèques…), d’autre part devant des communautés chrétiennes mais aussi des communautés juives. »

Rose Bacot

 

Rose Bacot, psaume 127, in album Chants des Montées

 

Antonio Vivaldi, Nisi Dominus, largo, int. Andreas Scholl, contre-ténor

 

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17 novembre 2015 2 17 /11 /novembre /2015 01:15
Félicien David, Herculanum – en flammes

 Félicien David, Herculanum (opéra en 4 actes créé à l'Opéra de Paris le 4 mars 1859), Flemish Radio Choir, Brussels Philarmonic, dir. Hervé Niquet, int. : Karine Deshayes, Véronique Gens, Edgaras Montvidas, Nicolas Courjal – Palazzetto Bru Zane, 2015 

Félicien David, Herculanum – en flammes

Pierre Guillaume Metzmacher, Félicien César David, d'après une peinture de Vincent Vidal, XIXe siècle, Bibliothèque nationale de France.

Félicien César David, né à Cadenet le 13 avril 1810 et mort à Saint-Germain-en-Laye le 29 août 1876, est un compositeur français.

Félicien David, Herculanum – en flammes

Maison habitée par les Saint-Simoniens, rue de Ménilmontant, n°145

 

A sa sortie du Conservatoire, au mois de décembre 1831, sans avoir obtenu de prix, David, poussé par le peintre Justus, se convertit aux doctrines de l’école saint-simonienne et devint bientôt un des fidèles de la rue Monsigny et plus tard de l’abbaye de Ménilmontant. Ce fut une chance heureuse pour le musicien, à l’heure où l’isolement et la pauvreté amènent le découragement, de rencontrer un groupe d’esprits généreux, enthousiastes et fraternels.

Félicien David, Herculanum – en flammes

Herculanum, squelettes sous la cendre (photographie : BobFog)

 

Herculanum, ville romaine de la région de Campanie, fut détruite par l'éruption du Vésuve en l'an 79 ap. J.-C. Conservée sous sa gangue volcanique, elle fut découverte au XVIIIe siècle par les Bourbons qui régnaient sur Naples. Une petite cité, quatre mille habitants, à côté de Pompéi.

Félicien David, Herculanum – en flammes

Herculanum, lit calciné (photographie : AlMare)

 

Éruption volcanique, colère de Dieu, sous la direction enflammée d'Hervé Niquet.

 

Tout s'effondre sous les cendres, le spectacle est magnifique.

« Je ne crois pas qu'on ait rien fait à l'opéra de plus magnifique que la mise en scène d'Herculanum », écrivait Berlioz, le 12 mars 1859, dans son compte rendu de la création.

 

Félicien David, Herculanum, Flemish Radio Choir, Brussels Philarmonic, dir. Hervé Niquet, 2015

 

Le livre est riche, la partition est là. La version de concert, faute de spectacle, demande un peu d'imagination. Et la prononciation, certes enflammée, est bien flamande.

 

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13 novembre 2015 5 13 /11 /novembre /2015 01:15
Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux – envie de vivre

Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux, XYZ, 2010

Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux – envie de vivre

Marie-Renée Lavoie est née en 1974 dans le quartier Limoilou, à Québec. Elle détient une maîtrise en littérature québécoise de l’Université Laval. Elle enseigne présentement la littérature au collège Maisonneuve.

Second rabat

 

Marie-Renée Lavoie est charmante.

 

Elle se nomme Hélène, mais se fait appeler Joe parce qu’elle veut vivre en garçon comme lady Oscar, son héroïne de dessins animés préférés qui est le capitaine de la garde rapprochée de Marie-Antoinette. Comme elle, elle aimerait vivre à une autre époque et réaliser de grands exploits, car elle a l’âme romantique et un imaginaire avide de grands drames. Mais elle doit se contenter de passer les journaux, puis de travailler comme serveuse dans une salle de bingo. Après tout, au début du roman, elle n’a que huit ans, même si elle prétend en avoir dix.

Hélène a trois sœurs, un père très occupé à être malheureux et une mère compréhensive mais stricte qui ponctue ses phrases d’un « C’é toute » sans réplique. Elle vit dans un quartier populaire peuplé de gens souvent colorés dont le plus attachant est sans nul doute son nouveau voisin, Monsieur Roger, un vieil homme qui rêve de mourir. Il passe ses journées à boire de la bière, mais il accourt dès qu’on a besoin de lui. Hélène et lui développent une amitié indéfectible.

Le roman est traversé par une grande tendresse et rendu avec une grande vivacité. Hélène peut se rassurer : elle fait preuve d'autant d'héroïsme que Lady Oscar et sa vie est tout aussi palpitante que la sienne. La vraie aventure n'est-elle pas de vivre au quotidien ?

4e de couverture

 

Et puis, je suis morte (…). Un vendredi soir, à 16 h 17, au Canal Famille. (…) Avant même la tombée du générique, je me suis réfugiée dans la salle de bain. Oscar (…) était morte, très morte et elle m’abandonnait, comme ça, après tant d’années, en pleine bataille. Assise sur le terrazzo gelé du plancher, je me suis pleurée pendant des heures. J’avais des douleurs de fusillée dans le ventre. (…) je voulais mourir là, par terre, misérable, seule, au moins jusqu’au souper. Sans Oscar, j’étais une petite maigrichonne de onze ans coincée dans un quartier un peu pourri avec un père très maladroit dans sa recherche du bonheur et une sœur qui allait partir, peut-être pour toujours.

Premier rabat

 

En exergue

 

Rien ne vaut la peine d’être vécu qui n’est pas d’abord une œuvre d’imagination, ou alors la mer ne serait plus que de l’eau salée…

Romain Gary, Les Cerfs-volants

 

Incipit

 

J'étais parvenue à me convaincre que j'étais un garçon et je tenais à ce qu'on m'appelle Joe. J'aurais aimé Oscar, comme mon personnage de dessins animés préférés mais, à l'époque, Oscar était le squelette des classes de biologie et un nouveau type de balai révolutionnaire. Alors je me contentais de Joe, même si sa syllabe en cul-de-poule sonnait comme une banale exclamation. Quand on évitait de penser aux Dalton, ça pouvait faire sérieux.

 

Hélène a le tempérament lyrique, elle est heureuse, dans ses rêves.

La réalité est triviale. Elle distribue les journaux dans le quartier et la souffrance de ses huit ans – le froid, les chiens, l'ordure.

 

Le monde de la rue.

 

C'est à cette époque qu'est arrivé Roger, un grand cœur – il était employé à l'asile pour torcher l'cul aux fous.

 

Le mantra de la mère : C'é toute. Hélène souffre le martyre : les bains froids au savon à vaisselle, les repas refusés quand elle est en retard, les heures de douleur sans soins quand elle s'est déboîté la cheville en tombant du toit du cabanon où elle faisait Zorro...

 

J'en ai eu pourtant assez, un beau jour, de mourir sans que ma mère ne se dérange pour l'occasion, alors j'ai tenté l'ultime moyen pour me faire voir : disparaître. La petite fugue classique, baluchon de fortune sur l'épaule.

 

Catherine Le Forestier, Maxime Le Forestier, La petite fugue, 1969 – musique inspirée de Jean-Sébastien Bach, Le Clavier bien tempéré (Das Wohltemperierte Klavier), Fugue n° 11 en F Maj, BWV 856, 1722

 

Jean-Sébastien Bach, Le Clavier bien tempéré (Das Wohltemperierte Klavier), Fugue n° 11 en F Maj, BWV 856, 1722 – Kenneth Gilbert, clavecin, Archiv Produktion, 1984

 

Courte escapade, retour à la maison, la mère a compris : Monsieur Roger est indispensable, il s'installe dans la famille.

 

Hélène reste emmurée, les années coulent, Roger accompagne. Elle ne se reconnaît pas dans son corps, le monde extérieur est hostile, Roger est encore là pour la défendre.

 

Dans le délire de la fillette, on navigue entre le temps présent et la Révolution française, Marie-Antoinette, Robespierre.

 

Roger est mort et enterré à l'église.

 

J'avais, moi, formidablement envie de vivre.

 

Un récit dans le délire, en rêve contrôlé, une écriture fluide, travaillée, au fil de la plume.

 

Remerciements à ma cousine Yueyin qui m'a offert ce beau livre – et un autre, dont nous reparlerons.

 

Marie-Renée Lavoie, La petite et le vieux – envie de vivre

Une peinture du grand-oncle de Karine, complice de notre cousine Yueyin.

 

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9 novembre 2015 1 09 /11 /novembre /2015 01:15
Splendeurs & misères, Images de la prostitution, 1850-1910

Splendeurs & misères, Images de la prostitution, 1850-1910, Musée d'Orsay, Flammarion, 2015 – Illustration de couverture : Henri de Toulouse-Lautrec, Au Moulin Rouge (détail), 1892-1895

 

Exposition temporaire : Paris, Musée d'Orsay, 22 septembre 2015-17 janvier 2016 ; Amsterdam, Van Gogh Museum, 19 février- 19 juin 2016.

 

Première grande manifestation consacrée au thème de la prostitution, cette exposition tente de retracer la façon dont les artistes français et étrangers, fascinés par les acteurs et les lieux de ce fait social, n'ont cessé de rechercher de nouveaux moyens picturaux pour en représenter réalités et fantasmes.

De L'Olympia de Manet à L'Absinthe de Degas, des incursions dans les maisons closes de Toulouse-Lautrec et Munch aux figures audacieuses de Vlaminck, Van Dongen ou Picasso, l'exposition s'attache à montrer la place centrale occupée par ce monde interlope dans le développement de la peinture moderne. Le phénomène est également appréhendé dans ses dimensions sociales et culturelles à travers la peinture de Salon, la sculpture, les arts décoratifs et la photographie. Un riche matériau documentaire permet enfin d'évoquer le statut ambivalent des prostituées, de la splendeur des demi-mondaines à la misère des « pierreuses ».

Splendeurs & misères, Images de la prostitution, 1850-1910

Edouard Manet, Olympia, 1863

La main cache le chat, le chat noir lève la queue.

Splendeurs & misères, Images de la prostitution, 1850-1910

Edgar Degas, L'Absinthe (Dans un café), 1875-1876

Les tables n'ont pas de pieds.

 

Le musée vous informe que certaines des oeuvres présentées dans l'exposition sont susceptibles de heurter la sensibilité des visiteurs (et tout particulièrement du jeune public).

Splendeurs & misères, Images de la prostitution, 1850-1910

Henri de Toulouse-Lautrec, Répertoire d'Eugénie Buffet, Paul Rosario, paroles, Georges Marietti, musique, Pauvre pierreuse, 1893

 

Paul Rosario, paroles, Georges Marietti, musique, Pauvre pierreuse, Michèle Bernard, interprète, in album De la rue au cabaret : Les grands auteurs du XIXe siècle, EPM, 1994

 

Du lourd, de l'excellent, de précieuses œuvres. Une grande exposition, un grand catalogue – dont nous ne pouvons montrer que de sages images...

 

Aristide Bruant, Le Chat Noir, disque Pathé 188, 1911 – gravures from Chansons et monologues d'Aristide Bruant

 

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5 novembre 2015 4 05 /11 /novembre /2015 01:15
Henning Mankell, Sable mouvant – Onkalo

Henning Mankell, Sable mouvant, Fragments de ma vie (Kvicksand, Leopard Förlag, 2014), traduit du suédois par Anna Gibson, Seuil, 2015

 

Henning Mankell, né en 1948, lauréat de nombreux prix littéraires, partage sa vie entre la Suède, le Mozambique et la France. Outre la célèbre série policière « Wallander », il est l'auteur de romans sur l'Afrique ou les questions de société, de pièces de théâtre et d’ouvrages pour la jeunesse.

Premier rabat

 

« En janvier 2014, j’ai appris que j’étais atteint d’un cancer grave. Cependant, ce n’est pas un livre crépusculaire, mais une réflexion sur ce que c’est que vivre. Je me suis promené dans ma propre histoire, de l’enfant que j’étais à l’homme que je suis aujourd’hui. Je parle d’événements qui m’ont marqué à jamais et d’hommes et de femmes qui m’ont ouvert des perspectives insoupçonnées. Je parle d’amour et de jalousie, de courage et de peur, de la cohabitation avec une maladie potentiellement mortelle. Je parle des artistes qui vivaient il y a 40 000 ans, des images fascinantes qu’ils nous ont laissées dans les recoins profonds et obscurs des grottes. Je parle du troll maléfique que nous avons engendré et que nous essayons à présent d’enfermer dans la montagne afin qu’il ne s’en échappe pas pendant les cent mille ans à venir. Je parle de la manière dont a vécu et dont vit l’humanité, et dont j’ai moi-même vécu. Je parle de la joie de vivre. Elle m’est revenue après que j’ai échappé au sable mouvant, qui menaçait de m’entraîner dans l’abîme. » H M

Mankell nous convie à partager le voyage étonnant de son existence, de la solitude des forêts immenses du nord de la Suède à une vie cosmopolite sur plusieurs continents, mais aussi et surtout le voyage invisible, intérieur, qui l’occupe depuis l’enfance. Un récit débordant d’énergie vitale.

4e de couverture

 

D’origine suédoise, née à Lisbonne, élevée au Portugal puis en Belgique, Anna Gibson est arrivée en France en 1981 à l’âge de dix-huit ans. Elle est traductrice littéraire à plein temps depuis 1989 (Henning Mankell, Colm Tóibín, Monika Fagerholm, Klas Östergren entre autres). Elle est aussi l’auteure d’un roman, Cet été, paru chez Balland en 1997.

Second rabat

 

En exergue

 

« N’aie pas honte d’être homme, sois-en fier ! Car en toi une voûte s’ouvre sur une voûte, jusqu’à l’infini. Jamais tu ne seras parfait, et c’est très bien ainsi. »

Tomas Tranströmer, Arcs romans, Pour les vivants et les morts, Œuvres complètes, Le Castor astral, 2004, trad. de Jacques Outin.

 

I

Le doigt tordu

1

L’accident

Tôt le matin, le 16 décembre, Eva m’a conduit à la station-service Statoil de Kungsbacka, où m’attendait une voiture de location. Je devais me rendre pour la journée dans le Sud, à Vallåkra, près de Landskrona, et restituer la voiture dans la soirée au même endroit. Noël approchait, et j’allais signer le lendemain mon dernier roman dans différentes librairies de Kungsbacka et de Göteborg.

Il faisait très froid. Mais il ne neigeait pas. Le trajet me prendrait trois heures si je m’arrêtais pour le petit déjeuner à Varberg, ainsi que j’en avais l’habitude.

 

Manuela Soeiro, directrice du théâtre Avenida de Maputo, ma collaboratrice depuis trente ans, était en visite en Suède, pour préparer la saison à venir. Elle logeait chez Eyvind, qui allait mettre en scène le Hamlet auquel je pensais depuis toutes ces années à la direction artistique du théâtre – Hamlet, une légende royale africaine. Fortimbras, après que tout le monde est mort, représente l’entrée en scène de l’homme blanc projetant de mettre sérieusement l’Afrique en coupe réglée. Il avait le mot de la fin : « être ou ne pas être ». Hamlet ? Jorginho pouvait tenir le rôle. C'était « maintenant ou jamais ».

 

Tout s’est passé très rapidement à l’approche de Laholm. Je venais de déboîter pour doubler un poids lourd. Sur la chaussée, une tache, peut-être de l’huile. Impossible de reprendre le contrôle. La voiture file vers la glissière centrale, choc frontal, l’airbag se déclenche, tout devient noir. […] Je ne suis pas blessé. […] Je n’ai pas mal.

 

Une semaine plus tard, je me suis réveillé avec un torticolis.

 

Le 8 janvier, petit matin froid, quelques flocons de neige. Examens : c'était un cancer du poumon, ce que j’avais à la nuque, c’était une métastase.

Le médecin m'a rassuré : « de nos jours, il y a des traitements. »

 

Il manque une fin à l’histoire. Elle est en marche. Tel est l’objet de ce livre. Ma vie. Ce qui a été, et ce qui est.

 

Deux jours après l’accident, je me suis rendu à l’église de Släp, qui n’est pas très éloignée du lieu où j’habite, au bord de la mer, au nord de Kungsbacka. J’éprouvais le besoin de revoir un tableau que j’ai déjà contemplé longuement bien des fois. Un tableau à nul autre pareil.

Henning Mankell, Sable mouvant – Onkalo

Jonas Dürchs, Gustaf Fredrik Hjortberg, hans hustru Anna Helena och deras 15 barn, 1770

 

Il s’agit d’un portrait de famille […], le pasteur Gustaf Fredrik Hjortberg en compagnie de sa femme Anna Helena et de leurs quinze enfants. Elle a été exécutée au début des années 1770. Gustaf Hjortberg, alors âgé d’une cinquantaine d’années, mourrait quelques années plus tard, en 1776.

 

Ce tableau étrange inclut également les enfants morts, se détournant ou à demi cachés, sans vouloir quitter la vie. On en dénombre six. Le temps s’est arrêté.

 

La mémoire me ramène invariablement à mon enfance.

1957. Un rêve : je me tiens en équilibre sur une plaque de glace sur le fleuve Ljusnan, qui passe en contrebas de la maison où je vis. […] Quelques mois auparavant, un garçon un peu plus âgé que moi s’est aventuré sur un lac gelé, non loin de Sveg, quand la glace a cédé sous son poids. Un trou s’est ouvert. Il a été aspiré. […] L’institutrice a dessiné une croix sur son banc.

[…]

Dans mon rêve cependant, la plaque de glace ne présente aucun danger. Je ne basculerai pas, je le sais. Je suis en sécurité.

 

 

La vie est devenue incertaine. Dans mon enfance, j'avais peur de la mort, sous la glace. Et sous le sable mouvant.

Avec le cancer, le temps s’était arrêté, et pourtant, même si la guérison était impossible, je pouvais vivre encore longtemps en échappant au sable mouvant.

 

Onkalo est un mot finnois qui signifie « trou ». Je l'ai découvert à l’automne 2012, en apprenant qu'on allait ouvrir à la dynamite, dans la roche mère de Finlande, des tunnels et des salles souterraines afin d’y entreposer les déchets du nucléaire pour une durée indéterminée, au moins cent mille ans.

Depuis mon enfance, et mieux encore après Three Mile Island, Tchernobyl et Fukushima, je suis un opposant à l’énergie nucléaire.

 

Peu de gens s'en inquiètent, ils veillent aux premières people, au prochain tirage du Loto, ils ne croient pas en Dieu, mais ils sont fidèles au tirage et au grattage.

 

J'ai voulu visiter Onkalo, je n’étais pas le bienvenu, j'allais peut-être en faire le décor d’un futur roman à suspense. A présent que je vis avec un cancer, cette question du traitement des déchets radioactifs m’apparaît dans une lumière encore différente.

 

Il y a de cela un certain nombre d’années, j’ai demandé à un ami verrier de me souffler un verre contenant dans sa masse une bulle d’air emprisonnée. En tant que professionnel, il considérait ce verre comme un objet défectueux. Mais moi, je réfléchissais à la différence entre vérité et mensonge, fiction et réalité ; à l’arrière-plan, il y avait également la question du temps et des distances infinies. […] La vie est l'art de la survie. Au fond, elle n'est rien d'autre que cela. Une bulle.

 

J'ai rédigé mon testament, une manière de confirmer sa mortalité, sa solitude.

Henning Mankell, Sable mouvant – Onkalo

Ħaġar Qim, temples, Malte, il y a 5615 ans – photographie de Svetlana Tikhonova

 

Malte... Nous savons peu de choses des bâtisseurs, des colons pacifiques venus de Sicile, seul demeure le monument tous dieux éteints.

 

Un mois environ s'est écoulé depuis l'annonce de mon cancer.

Je fais le rêve d'une tranchée boueuse dans les Flandres, le silence, l'attente, nous attendons la mort.

Radiothérapie, bronchoscopie, biopsie, chimiothérapie, gaz moutarde – le sens de mon rêve.

 

Je me rappelle, L'île mystérieuse, la grotte.

Le peintre avait un doigt tordu.

Henning Mankell, Sable mouvant – Onkalo

Peintures rupestres, Sulawesi, il y a 40.000 ans

 

Le cancer est là depuis la fondation du monde. Aujourd'hui, il est favorisé par ce que nous mangeons et l'environnement dans lequel nous vivons. Il n'est pas contagieux.

 

Pour résister au sable mouvant, il y a les livres, en attendant la mort. « C'est long, l'éternité ? » demande l'enfant.

 

Les souvenirs, parfois lointains depuis l'enfance, se mêlent au quotidien.

 

Iégor Reznikoff, Alleluias & offertoires des Gaules, 1996

 

Ne pas se laisser déposséder de sa joie.

 

Un grand témoignage de vie.

 

Henning Mankell, Sable mouvant – Onkalo

Sur une idée de génie et de Cryssilda.

 

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