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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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VENDREDI 25 DÉCEMBRE 2009

Culte de Noël célébré à l’Église protestante de Dour (Belgique).

 

Prédication : Aldo BENINI, pasteur de l’Église protestante unie de Belgique

(EPUB).

 

Lecture biblique : Évangile selon Luc, chapitre 2, versets 1 à 16

 

La fête de Noël, la célébration de la Nativité, s’est imposée tardivement au sein des communautés

chrétiennes et à des dates qui firent l’objet de longues discussions partisanes parfois même

immodérées.

Les premiers disciples de Jésus et les apôtres ne semblent pas avoir connu ces célébrations festives

ou simplement commémoratives autour de la naissance de Jésus.

Il faut attendre les 3e et 4e siècles après Jésus-Christ pour repérer de-ci de-là quelques timides

coutumes et traditions qui aboutiront progressivement à l’officialisation de Noël comme une des

grandes fêtes chrétiennes.

Les chrétiens des premières générations, qui, pour certains, ont encore bénéficié de l’enseignement

apostolique transmis par ceux et celles qui avaient côtoyé le Christ, se réunissaient au Jour du

Seigneur, lequel proclamait la Résurrection de Jésus. Non pas sa naissance mais la réception,

l’accueil de sa vie, de son ministère, de ses faits et gestes par Dieu dans son éternité.

Ils ne célébraient pas quelqu’un qui était venu autrefois de la part de Dieu mais quelqu’un qui vivait

au-delà de sa propre mort, au milieu d’eux, parmi eux, en eux, offert comme un cadeau permanent

de Dieu.

Le message pascal de la Résurrection, était, pour eux tous, le terreau fertile d’une espérance et

d’une foi qui défiaient les ténèbres de la mort, ouvrant une dimension de l’histoire humaine sur

d’infinies possibilités de réalisation propices aux plus petits comme aux plus grands.

Pour entrer dans le mystère de la Nativité, il n’est donc pas superflu de faire ce détour spirituel,

cette remise en condition, par le matin de Pâques et de la Résurrection de notre Seigneur.

Ils éclairent en effet le tableau du récit de l’évangéliste Luc et, dans ce texte qui nous est devenu

familier, nous pouvons même déceler des indices de la Passion du Christ. Il est celui qui se donne,

s’offre jusqu’au dépouillement par amour et pour que l’amour grandisse, illumine, inspire toute vie

sur terre.

Autrement dit, l’enfant qui naît là à Bethlehem, ce n’est pas d’abord un joli poupon, même s’il

l’est effectivement, mais l’humain promu à une dignité de vie sans pareil !

L’humain, tout l’humain, tous les humains… Tous… Tous que Dieu reçoit sans distinction de classe,

de race, de nationalité, de culture, de croyances…

Et n’est-ce pas là le chant des anges ? N’est-ce pas là cette mélodie, ces paroles, traversant les

siècles et les millénaires pour nous rejoindre aujourd’hui en nos Nativités, en nos Noëls tellement

instrumentalisés à des fins commerciales et opérations juteuses orchestrées par les boutiquiers de

bonheurs factices et éphémères ?

Il est là, le chant des anges disant autre chose. L’entendons-nous ? Gloire à Dieu, paix aux

hommes… Bienveillance envers tous les hommes…

Peut-être que pour bien l’entendre dans sa pureté et innocente apparence, devons-nous en quelque

sorte nous dépouiller nous aussi, nous-mêmes, nous délester des décors de la fête pour quelques

instants du moins.

Nous dépouiller en nous glissant discrètement parmi les bergers des contrées de Bethlehem passant

dans les champs les veilles de la nuit pour garder leurs troupeaux et savourer le silence nourricier

des grands espaces.

C’était une nuit étoilée, mouchetée de lueurs insondables, fascinantes et énigmatiques. Mais une

nuit comme toutes les nuits. Rien de plus, rien de moins.

Ils étaient là, les bergers, près de la vieille ville du roi David qui, en son temps, avait chanté les

merveilles de Dieu, ses actes de délivrance et de bonté, sa fidélité et sa présence auprès des plus

humbles de son peuple.

Et puis… Et puis, les armées de César Auguste occupaient maintenant le pays… Et puis,

l’administration gouvernementale comptabilisait les populations… La routine de la bureaucratie des

conquérants toujours extrêmement attentifs à ce que rien ne leur échappe pour accroître leur

puissance et imprimer leur marque dans les consciences, au besoin, dans les corps… La loi du plus

fort…

Oui, une nuit comme toutes les nuits du monde pour ces bergers anonymes et ces foules de gens

serpentant la Judée en s’inclinant devant Dieu sait quelle stratégie de contrôle des masses et dans

quel but au juste…

Faut-il dire que cette nuit de la Nativité sera de celle-là pour des millions de personnes,

aujourd’hui, aux quatre coins de la planète ?

Une nuit comme toutes les nuits pour les sans-abris, les demandeurs d’asile, toutes les victimes

d’un système planétaire agenouillé devant le primat de l’économie, ne jurant que par les

performances et la rentabilité à outrance, pressurant sans conscience jusqu’aux plus jeunes enfants

tenus de travailler dès le plus bas âge dans d’atroces conditions afin de satisfaire l’appât sordide de

gains non moins répugnants pour une minorité d’hyper nantis.

Une nuit, c’était hier… Une nuit, c’est encore aujourd’hui…

Et pourtant, cette nuit et ce jour de Noël seront aussi ceux du chant des anges…

Et en disant cela, je pense aux personnes, aux centaines, aux milliers de personnes, qui durant ces

jours de fête et de réjouissances seront les messagers d’une autre réalité de vie… Une vie plus

fraternelle, plus solidaire, à hauteur d’homme et de Dieu puisque Dieu a pris la dimension d’un

homme et même d’un bébé.

Ce sont eux, ce sont elles, les anges d’aujourd’hui… Littéralement, un ange est un messager.

Vous en êtes ou chacun peut le devenir. Pas besoin pour cela de siéger parmi les Augustes Césars de

ce monde pour porter la parole de paix et inventer des gestes qui la posent, la concrétisent,

l’incarnent là où nous sommes.

Dans les siècles qui ont précédé la célébration de la Nativité, de somptueuses fêtes d’hiver en

l’honneur de l’une ou l’autre divinité faisaient l’objet de cérémonies solennelles. Et dans certaines

parties de l’empire romain, durant plusieurs jours, les rôles, les statuts, les fonctions sociales

s’inversaient. Les esclaves endossaient les habits et l’autorité des maîtres tandis que ceux-ci

quittaient leur superbe pour se déguiser en domestiques et vaquer à des tâches subalternes.

Ce renversement saisonnier était épisodique et correspondait très bien au mode de vie d’une

société de spectacle, déjà, s’accommodant du pain et des jeux. Mais en fin de compte, rien ne

changeait. Après cette courte parenthèse, tout redevenait comme avant. Les riches demeuraient

toujours aussi riches et les pauvres toujours aussi pauvres.

Le message de Noël, l’Evangile de la Nativité, ne se vit pas entre parenthèses. Il appelle à une

conversion authentique et durable. Pour lui, demain ne saurait être la reproduction, la copie

conforme ou le duplicata d’un passé où l’homme demeure le prédateur de l’homme.

Parce que Dieu s’est fait l’ami de l’homme, parce que ce qu’il y a de plus haut s’identifie à ce qu’il

y a de plus bas et qu’ainsi le moindre maillon du genre humain se voit revêtu d’excellence et de

noblesse tout est mis en oeuvre, tout est là, pour le surgissement, l’accouchement, l’avènement

d’un monde nouveau où chaque être est devenu inaliénable et partenaire de l’humanité à

construire pour le bien et la vie de tous.

Non, Noël, n’est pas une parenthèse. C’est tous les jours Noël.

Vous avez peut-être entendu cet admirable cantique composé par Odette Vercruysse qui le dit avec

beaucoup de poésie et de tendresse : « C'est Noël sur la terre chaque jour. Car Noël, ô mon frère,

c'est l'Amour. C'est Noël chaque fois qu'on essuie une larme dans les yeux d'un enfant. (…) Noël

chaque fois qu'on arrête une guerre et qu'on ouvre ses mains. (…) Noël chaque fois qu'on force la

misère à reculer plus loin. »

Oui, frères et soeurs, chers téléspectateurs et téléspectatrices, la Paix de Noël, le chant des anges,

c’est chaque jour lorsque sont valorisées les solidarités, fraternités et égalités humaines. Noël

chante toujours la naissance d’une humanité transfigurée ou en voie de transfiguration dont nous

sommes les protagonistes, les acteurs à tous les niveaux de la société. Et Dieu y est avec nous en

Jésus-Christ.

D’ailleurs, n’est-ce pas son autre nom selon l’évangile de Matthieu ? Dieu avec nous : Emmanuel.

Dieu s’offrant au monde qu’il aime et à chacun d’entre nous en particulier, pour ouvrir les portes de

cette autre réalité de vie lumineuse, forçant l’épaisseur de toutes les ténèbres afin d’éclairer

l’humanité de tous les feux d’un amour éternel et sans frontière.

Dieu s’offrant mais sans s’imposer comme il le fit il y a 2000 ans.

Y a-t-il une place pour lui en nos Noëls ? N’ont-ils pas une fâcheuse tendance à l’oublier, le mettre

de côté, entre parenthèse ?

N’avons-nous pas une place à lui offrir ? Chez nous, en nous… Devenant ainsi, un peu, comme la

crèche du Seigneur Jésus, le réceptacle où prend vie la venue d’un monde nouveau.

Paix, bienveillance envers tous les hommes, chantaient les anges. Et si nous chantions avec eux ? Et

si notre chant épousait notre monde en se faisait porteur de l’union de la terre et du ciel ? Ne

serait-ce pas le plus beau miracle, le plus beau cadeau de Noël ?

On embauche dans la chorale des anges pour donner à notre terre un goût de ciel.

Amen.
 

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Lou de Libellus

 


 
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