Lou

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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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l'heure à Lushan

France + 7 heures

 

pour mémoire

Survival

 

Uncontacted tribes

 

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Idothée, Anthologie, 2014

 

Je suis l’envers du décor, l’ourlet de la jupe, le mot enfui qui insiste pourtant.

L’instant d’avant.

A l’abri du voile, le sourire secret, l’attente discrète.

J’écris à l’ombre de souvenirs, de l’autre côté du temps, à rebours des jours qui passent.

La page est un pré sec et jaune d’étés lointains où la tige du blé mûr trace des lignes brunes.

Je laisse les sillons creuser sur ma peau des nostalgies fécondes et des attentes de pluies.

Sous l’écorce de l’arbre la sève endormie attend l’heure des éclosions.

Elle murmure des chants oubliés.

Mélopée de ruisseaux jaillis de l’herbe neuve du printemps dernier.

Elle dit : reviens.

 

_ _ _

 

Il frissonne et sa pluie tombe sur mes épaules

Il sait qu’il existe des derniers automnes

Que toutes les traversées n’ouvrent pas sur de nouveaux soleils

Je ne sais pas comment faire

Et il n’y a rien à lui dire

Il raconte le début

Sa jeunesse d’arbre d’avant la ville

Avant le béton à ses pieds et l’âcre brouillard de la route

Alors je rêve de campagne, d’herbe dans les champs et de moissons abondantes

 

_ _ _

 

La rue est la même

En bas l’immeuble immobile

Rien de neuf

L’ancien m’enserre

Et je m’émiette

Je jette des mots contre la vitre

La pluie me revient en écho

J’ai perdu les virgules

Le rond des phrases

Je n’ai que l’arrête nue

La pointe acérée du verbe

Les heures me filent entre les doigts

Je répète les choses que je disais hier

Pour habiller aujourd’hui

Quand j’étais légère

Mais tout vient quand on se tait

Alors on connaît le visage blanc de l’aube

Je me défais de moi

Demain tu ne trouveras rien

J’ai posé mon chapeau

Dans l’entrée

Dans l’odeur chaude de la maison

Même seule je t’entends

Je suis aux quatre coins du vent

Campagne d’un été sous les roues du vélo

Un été en plein hiver

 

_ _ _

 

J’arrive

Encore une fois

Puisqu’il faut

Entrer dans l’hiver

Y creuser malgré tout

Au piolet

A la hache

A la colère

Un chemin

Inscrire sur le blanc de sa neige

Mon désir

Rouge

 

J’arrive

 

Les yeux blanchis

La peau sèche

Dévorée de soleil

Bourdonnante d’abeilles

Froissée d’herbes craquantes

Prisonnière

D’un rêve de métal

J'attends

Un déchirement du ciel

Retrouver la longueur des jours

Alanguir mon pas

Au pas des anciens étés

La main dans tes silences

Naître à nouveau de la pierre et du sable

 

_ _ _

 

Dans un autre temps

J’ai été pierre, immobile sous le soleil

J’ai été libellule, garçon puis fille

Frémissement

A peine

Simple tristesse sur la joue du ciel

Grain de sel sur les cils du vent

Une ombre comme un soir

Je soulève parfois

Le voile du jour

Pour entendre les récits d’avant l’hiver

Les contes de toutes les saisons

C’est un frisson qui court

Un inquiet souvenir

Puis l’ombre se ferme

Sur le premier souffle

Je perds dans l’instant le mirage entrevu

Je suis pierre, libellule, pierre encore

Fille

 

_ _ _

 

Je suis dans l'été

J'écris debout

Les yeux fermés

Peut-être je suis ce qui n'attend pas

Minérale

Pierre immobile

brûlée de soleil

Rocher solide

Que la chaleur enveloppe

D’une aura d’air en mouvement

 

_ _ _

 

Ma pierre de lune

Trouée de vent

Le silence et les dunes

Dans le désert blanc

 

La danse claire des champs de blé

La langueur des journées d’été

 

Et l’impudeur de certaines nuits

Quand par hasard je rêve de lui

 

Je ne sais dire que ça

 

Ma plage noire

Aux anémones

La ville blanche

De cinéma

 

Un troubadour qui chantait

Dans un soir lointain de juillet

 

Et l’éclair métallique de sa voix

Dans ma mémoire comme un éclat

 

Je ne sais dire que ça

 

Ma pierre de lune

Trouée de vent

Le silence et les dunes

Dans le désert blanc

 

Tu vois, je récite la comptine

Qui m’enracine aux premiers temps

Pour me défaire de ton mirage

 

Je suis la pierre et la lune

Je suis la dune et le vent

Le sable qui m’a vue naître

Le silence où se noue mon désir

 

Et ce touareg qui m’attend

Quand je ferme les yeux

 

_ _ _

 

J’oublie de tous

L’intime et le secret

La nuit et l’aube

Le souffle et les mots

J’oublie mon nom dans leur bouche

Ils sont les passeurs

Sur les rives

Rameur des barques fragiles

Des traversées de temps

Prends

La douceur vibrante

Le cri silencieux

La pierre et le sable

 

_ _ _

 

Tout a commencé là

Peut-être

Dans l’enchâssement de la pierre

Dans le sable et le vent

Et peut-être pas

Dans le murmure alors

Murmure inconnu, chatoiement coloré

Première indiscernable phrase

La pulsation d’un monde étroit d’eau sourde

Tout autour la jungle pressentie

Des percées de cris

Des froissements de feuilles

De tôles

Crissements du sable et tintements d’assiettes

Le silence après, longtemps

Tout a commencé là dans ce berceau de chaos

Et le premier regard a voulu lire une promesse du monde

Une offrande d’horizon, ouverture de ciel

Plaie vive où la plume trouve l'encre d'un trajet

 

_ _ _

 

Je suis un secret

Ma bouche s’est fermée sur un souvenir d’été

Dans les bras d’un soleil chaud

Je ne sais plus les noms des chemins que l’on prend

Verts et silencieux

Je ne sais plus où vivent les petits torrents brefs

Les échappées d’eau aux insolents jaillissements dans les creux des forêts bruissantes

Les pierres m’ont échappé des mains

Les herbes même se taisent

Et sur ma joue, les caresses des arbres sont un oubli de plus

Une trahison du temps

 

_ _ _

 

Regarde

Dehors la nuit s'est déchirée

Elle a des yeux de chat qui ronronne

 

Il fait doux en février

Quand tu m'écris

 

Je me tiens dans le silence

 

Le silence d'avant ta voix

J'attends d'en retrouver l'arrête crissante de métal

 

Est-ce que tu sais

Toi qui me demandes de la chaleur

le soleil que tu tiens dans tes mains ?

 

La tendresse marche sur les saisons

Elle demeure sans rien savoir du temps qui passe

Et se fait pierre dans l'absence

 

_ _ _

 

J’ai entendu qu’un printemps viendrait.

Aussi bruissant et décidé qu’une myriade d’insectes dans un rayon de soleil.

Aussi frais et limpide que l’eau de la cascade dans la vasque de pierre polie par sa chute.

Pour laver le ciel, chauffer le bitume glacé et faire fondre le givre qui enserre les cœurs.

Le mien s’acharne à battre dans sa cage d’intempéries douloureuses.

Toutes les peines n’arrivent pas avec le froid, mais elles se marient si bien avec lui.

Elles nouent avec la nuit des pactes silencieux et éteignent les lumières des fêtes.

Mais j’ai entendu qu’un printemps viendra.

 

_ _ _

 

Si j'étais à l'envers

Derrière la façade tranquille

Les fenêtres sages

Dans le printemps de la ville à peine éveillée

Soulevé le rideau

 

On entendrait, on verrait

Le privé, le vrai, ce que je me dis

Mes conversations intérieures

Mon bruit

La danse et le sauvage

Le doux, le tendre et le cri

Le sang battant dans le tissu des veines

Et la peau rouge

L'indienne

 

Mon envie de viande, à pleines dents

Accroupie près d'un feu

 

Tout ne se dit pas

Ce que je ne sais même pas

A peine pressenti si souvent

 

Comment ma lenteur dérive d'un acharné travail

D'une course intérieure

Comment, parfois, je lève la digue et je laisse

Courir les chevaux, forcenés d'un galop de vagues à l'assaut du barrage

Je sais bien.

Oui je sais

Mais pas tout

Et des fois, de moi-même j'ai peur

Ou de vous

 

_ _ _

 

La peau sèche de soleil

D’abeilles bourdonnantes et d’herbes craquantes

Prisonnière d’un rêve de métal brûlant

Dans l’attente, déjà, d’un déchirement du ciel, de la longueur des jours

De l’alanguissement de mon pas au pas des anciens étés

La main dans tes silences

Mais l’hiver

Et malgré tout, au piolet, à la hache, à la colère, trace sur le blanc de sa neige

Mon désir

Rouge

 

_ _ _

 

La grève des bords de mots est un sable rêche

Roulé de vagues de silence

Les marées de l’absence aiguisent les arrêtes pointues des cailloux salés

Sur le bord des lèvres, là où s’éteignent les appels qu’on ne crie pas

Par décence

Un vieux pêcheur muet lance une ligne

Dans un bruit mat qui se noie aussitôt

Le muet parle à des sourds

Ils avalent les phrases sans en recracher un morceau

Et ça fait un désert si blanc que le pêcheur baisse sa casquette

Protège ses yeux

Et ramène sa ligne

Ça ne mord pas aujourd’hui

 

_ _ _

 

Je rêve d’un été, lourd. D’or et de plomb. Les rivières cachées, loin sous la terre et l’herbe sèche, la terre assoiffée. Comme avant. Écrasant, impitoyable, abattant sa chaleur sur nos têtes d’enfants heureux.

Un rêve éveillé, immobile, de fleurs fanées de trop de soleil.

Debout dans cette brûlure.

Traversée par le ciel. Jusqu’à la transparence.

 

_ _ _

 

Je suis le pêcheur

Des vagues abyssales

Un explorateur

Émergé d’un dédale

J’ai dans mes filets

Des mots si ténus

Qu’il faut pour les serrer

Les tenir à mains nues

 

_ _ _

 

Tu veux savoir

Si j’entends encore le bruit du passé

Les criquets dans les champs de nos étés

Le cliquetis des voiliers dans les ports où je rêvais

Si je vois toujours les cigognes, place Djemaa El Fna et si la tête me tourne de la Koutoubia

Tu veux savoir si ma mémoire est dans la main de la tienne

Si je marche au diapason

A ton pas

L’air tu sais, aujourd’hui, a cette transparence de verre

Cette fragile vibration qui annonce déjà le lendemain

J’imagine ce qu’une griffure d’ongle viendrait y déchirer

Ouvrir de silence

J’ai oublié

 

_ _ _

 

Tu dis des routes sans épines

Des soirs qui s’étirent et la chaleur d’être deux

Ne m’attends pas

Partout où j’ai marché, j’ai trouvé mon silence

Les mots ont tracé des sillons sur ma peau

Plaies ouvertes par où le temps s’enfuit

Je ne sais pas de port

 

_ _ _

 

Peut-être tu es l’histoire entraperçue

A peine

Une constellation de possibles dans un ciel vide

La veille d’un matin qui ne viendra pas

Peut-être

Qu’il faut poursuivre avec ça

Cette fleur rouge à l’intérieur

Et sa soif sans eau

La lettre qui attend la dernière levée

Sans connaître l’adresse

Tu me laisses sans projet

Tu me prends le goût de chaque instant

L’amertume du café

La fenêtre ouverte sur un nouveau matin

Et la musique

Tu me prends les mots dans ma bouche

Ceux qu’on dit savoir

Par habitude de vivre

Le plus simple

Tu as pris le plus simple

Il me reste le compliqué

Le difficile

Comment on respire

Comment on dit bonjour

Et au revoir et merci

Comment on marche

Réfléchir le pas devant l’autre

Penser le moindre geste

Pour un à peine entraperçu

Même pas un début

Une constellation de possibles dans un ciel vide

 

_ _ _

 

Laisse, mon cœur

Laisse les emballements et les fureurs

Respire

Retrouve, le pas ample et posé

Le tracé juste

Le rythme enfin des grands arbres et des herbes

Le temps, au moins, de s'apaiser

Laisse courir, un peu

Laisse-moi

Déprise d'absolu

Me nicher dans les failles

Dormir dans les erreurs et les imperfections

Là où naissent les étranges nouveautés

Les créations incertaines et fugaces

Tout ne vient pas à l'heure de ce que tu veux

Rien n'est donné de ce que tu attends

Et dans la lente promenade des jours tu peux trouver un peu l'éclat, l'éblouissance que tu cherches

Parfois

 

_ _ _

 

Lovée encore dans la persistance d'un rêve d'acier

Du sable plein les yeux et du sel dans la bouche

Le soleil est à l'intérieur

Sa griffe mord comme un jeune chat le ventre de sa mère

Comment faire ?

Cette impression de s'être trompé de jour

Cette quasi certitude de ne pas être d'ici

Ca risque

Ca risque de renverser une journée

La mettre sur le dos

Tortue désespérée affolée déjà de s'imaginer mourir

On veut manger du vent

Courir

Il va falloir

pourtant

En boitant

Crispé sur sa faim

Porter la charge jusqu'au soir

 

_ _ _

 

Des nuits chauve-souris où l’on erre sans trouver de portes, sans voix

Immobilisé dans un rêve de chaos où la fuite qui s’imposerait s’avère impossible, émergent parfois des journées claires

Brillantes comme la lame affûtée de la dague

Des journées de tous les courages

Celles de la parole tirée droite de l’arc vers sa cible

Pas un mot de plus

Et des silences comme les sillons des rides sur les visages qui ont vécu

 

_ _ _

 

J’ai joué

Tellement que j'ai cassé

Le mécanisme à tourner

Le bidule à rebondir

 

Tellement que j'ai usé

Les piles qui ne s'usent pas

Les semelles à mes souliers

Et mon cœur à ses pieds

 

J'ai joué

Un verre dans une main

Un jeton dans l'autre

Jusqu'à plus nuit

Et j'ai perdu

 

Des sous et des amours

Du temps

 

J'ai joué

Aux dés, aux cartes

Et peut-être

Dans un rêve noir

A la roulette russe

 

J’ai joué à m’approcher

Trop près

De tout ce qui brûle

De tout ce qui brille

Les éclairs fugaces

Les regards qu’on croise

Et que le matin éteint

 

J’ai compté les points

 

J’ai parié sur des boxeurs

Hué des Toreros

Abattu quelques chevaux

 

J’ai croisé des bookmakers

Quelques arbitres

Beaucoup de tricheurs

Et peu de héros

 

Tu relances

Je double la mise

 

_ _ _

 

Je ne sais plus rien dire

J’ai perdu la parole

A l’endroit même où je l’ai trouvée

J’y reviens souvent

 

C’est une gare

C’est une terre

 

Jaune

 

Presque déjà de sable

Et le désert plus loin

 

C’est un champ

A l’abandon

Echevelé et sauvage

 

Penser le soleil

Entendre le voyage sur les rails

Marcher sur les bords

 

Oser la traversée

Les chutes

 

Dans les spirales où mes mots tournent

Trouver ce qu’il faut d’envie pour ne pas tomber

 

Et parfois

 

Pousser une porte en terre étrangère

Dans la violence d’un autre monde

Les aspérités d’une rencontre

 

_ _ _

 

Je te sais

Homme bleu

Comme on sait

Dans son sang

L'alliance inscrite

Je suis la gardienne de ta maison

La dague à ta ceinture

L'eau à ta bouche

Tu te tiens sur la dune

Veilleur silencieux

Tu cherches

C'est moi qui te trouve

 

 

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Lou de Libellus

 


 
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