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  • : Un bloc-notes sur la toile. * Lou, fils naturel de Cléo, est né le 21 mai 2002 († 30 avril 2004).

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19 avril 2016 2 19 /04 /avril /2016 00:15
Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans – une couronne de roses

Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans et autres textes, texte établi et traduit du grec ancien par Joseph Souilhé avec la collaboration d'Amand Jagu – extraits des Entretiens –, Folio Sagesses, Gallimard, 2016

 

« Si un homme possède une supériorité quelconque, ou s’imagine du moins la posséder, alors qu’il n’en est rien, cet homme, s’il manque d’éducation philosophique, en sera inévitablement tout bouffi d’orgueil. Le tyran dit, par exemple : "Je suis le plus puissant du monde." »

L’enseignement du sage Épictète est d’une grande modernité : un manuel de savoir-vivre et de liberté de pensée.

4e de couverture

Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans – une couronne de roses

Epictète, Ἐπίκτητος – homme acheté, serviteur –, est né à Hiérapolis, en Phrygie, vers l'année 50. Esclave d'un affranchi de Néron, Epaphrodite, il devient lui-même affranchi. Dans les années '90, il est banni de Rome – l'empereur Domitien s'accommodant mal des philosophes qui dénoncent la tyrannie. Il se retire à Nicopolis, en Epire où il vit dans la pauvreté en compagnie d'une femme et d'un enfant adopté. Il ouvre une école stoïcienne de grande renommée. Son enseignement est oral. Il meurt à Nicopolis, probablement vers l'an 125 ou 130.

Epictète est, avec Sénèque et Marc Aurèle, une grande figure du stoïcisme romain des premiers siècles. Il présente une philosophie qui repose essentiellement sur la raison de nature divine et la liberté de l’homme. Son enseignement se fonde sur la distinction entre « ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous. Dépendent de nous l’opinion, la tendance, le désir, l’aversion, en un mot toutes nos œuvres propres ; ne dépendent pas de nous le corps, la richesse, les témoignages de considération, les hautes charges, en un mot les choses qui ne sont pas nos œuvres propres. »

 

Le tyran n'a aucun pouvoir. Il ne peut faire que mon désir se réalise ni même que son désir advienne.

Mais quoi ? Est-ce que je ne prends pas soin de mon âne ? Est-ce que je ne lui lave pas les pattes, ne l'étrille pas ? Ne sais-tu pas que tout homme prend soin de lui-même ? Et pour toi, est-on aux petits soins comme on l'est pour son âne ?

 

_ Mon nom restera [dit le tyran].

_ Ecris-le sur une pierre et il y restera. Voyons, hors de Nicopolis, qui gardera ton souvenir ?

_ Mais je porterai une couronne d'or.

_ Si en tout et pour tout tu désires une couronne, prends une couronne de roses et mets-la sur ta tête : ton aspect en sera plus élégant.

 

Une belle leçon d'élégance en temps de corruption.

Epictète, De l'attitude à prendre envers les tyrans – une couronne de roses

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 00:15
Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Yves Battistini, Trois contemporains, Héraclite, Parménide, Empédocle – traduction nouvelle et intégrale avec notices, Les Essais LXXVIII, Galimard, 1955/1961

 

Héraclite.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Hendrick ter Brugghen, Héraclite, huile sur toile, 1628, Rijksmuseum, Amsterdam

 

Sa pensée ne nous est parvenue que par la tradition orale, la mémoire des témoins, en fragments – comme le maître s'y complaisait.

Héraclite est un des premiers maîtres de la dialectique. Est-il obscur ou bien poète de la Nature autant que philosophe ? Sa vision du monde en mouvement dans sa densité éternelle est actuelle, selon le mot de Nietzsche : le monde, dans son éternel besoin de vérité, a éternellement besoin d'HéracliteLa philosophie à l'époque tragique des Grecs, 1873.

 

Ποταμῷ γὰρ οὐκ ἔστιν ἐμϐῆναι δὶς τῷ αὐτῷ.

On ne descend pas deux fois dans le même fleuve.

 

Les chercheurs d'or creusent beaucoup et trouvent peu.

 

Puisse la richesse ne vous manquer jamais, Ephésiens, afin que votre corruption soit manifeste.

 

Héraclite est notre contemporain.

 

Parménide.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Raphaël, Parménide, L'École d'Athènes, détail, 1509-1510

 

De son poème Sur la nature ne nous sont parvenus que cent cinquante vers : un préambule, où le poète est présenté à la déesse Dikê, une première partie sur la vérité, une seconde sur l'opinion.

 

Εἰ δ΄ ἄγ΄ ἐγὼν ἐρέω, κόµισαι δὲ σὺ µῦθον ἀκούσας : ἡ µὲν ὅπως ἔστιν τε καὶ ὡς οὐκ ἔστι µὴ εἶναι.

Allons, je vais parler et toi recueille mes paroles : être est et non-être n'est pas.

 

Τὸ γὰρ αὐτὸ νοεῖν ἐστίν τε καὶ εἶναι.

Même chose se donne à penser et à être [et c'est l'être].

 

Si l'être est et si le non-être n'est pas, alors que la pensée et l'être ne font qu'un, comment puis-je penser le non-être ? Parménide refuse le concours des sens et en même temps il écrit : Allons, je vais parler et toi recueille mes paroles.

 

La perception est au cœur de la question.

Qu'y a-t-il (à penser) ? Que perçoit-on ? Voyons René Magritte, La Condition humaine I, ouvrons le dialogue.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

René Magritte, La Condition humaine I, 1933, The National Gallery of Art, Washington

 

_ Qu'y a-t-il derrière la toile peinte posée sur un chevalet devant la fenêtre ? Ce qu'on voit sur la toile ? Une imagination de l'artiste ? Rien ?

_ Que voit-on derrière la toile peinte posée sur un chevalet devant la fenêtre ? Evidemment, on ne voit rien.

 

On peut apprendre à regarder.

Le réel n'est ni de l'ordre d'un univers idéel dont ne nous serait donnée que l'ombre portée ni de l'ordre d'une pure représentation détachée. Nous sommes impliqués dans notre perception du monde et en même temps nous partageons notre expérience avec d'autres témoins (le dialogue, τὸ διάλογος). Ce que nous révèle une œuvre d'art – notre histoire toujours recommencée.

 

Empédocle.

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

Michael Wolgemut and Wilhelm Pleydenwurff, Empedocles, gravure, Liber chronicarum, 1493

 

Empédocle d'Agrigente eut un rôle politique majeur dans sa cité. En démocrate, il lutta contre les ennemis de la liberté qui aspiraient à la tyrannie. Il ne reconnaissait qu'un seul dieu, la Matière éternellement vivante, sans cesse mouvante, conscience pensante et réalité sensible. Il s'opposait à ceux qui faisaient du sacré une profession et voulait briser les cages de la servitude, lever les interdits : pour cela, on le bannit.

Dans son poème philosophique Sur la nature de l'univers, il réalise une synthèse de la pensée de ses prédécesseurs. Quatre éléments composent l'univers : le feu, l'air, la terre et l'eau, en même temps matériels et doués de conscience. Deux forces conduisent l'univers selon des cycles nécessaires : la Haine et l'Amour.

Selon Nietzsche, il est « la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne ».

Yves Battistini, Trois contemporains – où est la vérité ?

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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31 janvier 2016 7 31 /01 /janvier /2016 01:15

* λύχνου φῶς (XII, 15)

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même (Τὰ εἰς ἑαυτόν), traduction de A.-I. Trannoy, introduction de Aimé Puech, édition revue et complétée par M. A. Jagut, illustrations de Scott Pennor's, Les Belles Lettres, 2015

 

Une enfance pieuse, studieuse, où déjà, comme un mot d'Hadrien en témoigne, se révèle le trait spécifique du caractère, l'entière sincérité ; une jeunesse chaste, de bonne heure associée aux responsabilités du gouvernement, sans que les soucis et les charges portent aucune atteinte à la spontanéité ou à l’intensité de la vie intérieure ; l’âge mûr et la vieillesse voués sans réserve au service de l’État et aux intérêts de l’humanité, en un temps où les difficultés furent rudes et qui connut même des dangers graves ; enfin, laissé après soi et parvenu jusqu’à nous, un petit livre, quelques feuillets, mais si pleins, où survit et transparaît une âme aussi haute que pure, tel fut le destin de Marc-Aurèle, destin privilégié, auquel semblent avoir également collaboré – comme pour justifier les dogmes de l’école à laquelle l’empereur philosophe a adhéré si fermement – la raison souveraine qui distribue son lot à chacun et la volonté éclairée de l’homme à qui ce lot était échu.

Aimé Puech, Introduction (extrait)

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Marcus Aurelius, bronze, ca 172, musée du Louvre

 

Marc Aurèle naît à Rome le 26 avril 121 (de notre calendrier) dans une famille de la haute société : son père était préteur, son grand-père, consul et préfet de Rome, son oncle paternel, consul, son bisaïeul paternel, sénateur et préteur, son bisaïeul maternel, consul et préfet de Rome.

Il reçoit la leçon des meilleurs maîtres en philosophie, en lettres grecques et latines, en rhétorique.

Il accède au pouvoir impérial le 8 mars 161 – l'empire est à son plus haut.

Son règne est marqué par l'extension des guerres sur tous les fronts – Parthes, Quades et Marcomans. Il n'a connu que quatre ans de paix au cours de son exercice. A l'intérieur, il a assuré sa sécurité en renforçant la garde prétorienne.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Blandine, martyre de Lyon, gravure de Jan Luyken, XVIIe siècle

 

Il persécute les chrétiens, qu'il considère comme une menace pour l'empire – ils refusent de brûler de l'encens devant les statues de l'empereur. Blandine, sous la torture, tient sa parole : « Je suis chrétienne et nous ne faisons aucun mal. »

> S'il a commis une faute, c'est là qu'est le mal. Mais peut-être n'a-t-il pas commis de faute ? (IX, 38)

 

Il meurt à Vindobona le 17 mars 180 – de la peste ou d'un empoisonnement arrangé par son fils Commode ? L'empire revient alors à Commode.

 

Les Pensées sont formées de courtes notes rédigées par Marc Aurèle à partir de 166. Il écrit en grec, la langue de l'aristocratie – il n'écrit pas dans l'intention de publier un recueil. Il s'agit d'un bloc-notes.

 

Très jeune, il adopte la philosophie des stoïciens, Epictète est son maître à penser : il y a les choses qui dépendent de nous et celles qui ne dépendent pas de nous.

 

Vivre avec les Dieux (Συζῆν θεοῖς - V, 27) est son vœu le plus cher. Marc Aurèle, athée, dans la tradition des stoïciens, fait semblant de croire aux dieux du Panthéon pour assurer sa sérénité et pour trouver un moyen d'entente avec le peuple et ses croyances. La persécution contre les chrétiens a sévi plus durement sous son règne que sous celui de ses prédécesseurs. Les martyrs lui semblent défier l'ordre établi – de ces choses qui ne dépendent pas de nous.

 

II

2

Tout ce que je suis se réduit à ceci : la chair, le souffle, le guide intérieur. Renonce aux livres […], méprise la chair […].

 

13

Rien n'est plus pitoyable que l'homme qui fait le tour de tout, qui scrute, comme dit le <poète>, les profondeurs de la terre * […] et qui ne s'aperçoit pas qu'il lui suffirait d'être attentif uniquement au Génie ** qui habite en lui et de l'entourer d'un culte sincère.

* Pindare, cité par Platon, Théétète, 173 c.

** Le Génie dont il est question ici n'est pas l'être intermédiaire entre les dieux et les hommes, objet de la foi populaire, mais l'âme en tant que fragment détaché de la divinité.

 

15

Evidentes sont les paroles attribuées au cynique Monimos […]. Tout n'est que vaine opinion *.

* Fragment de Ménandre, cité par Diogène Laërce (VI, 82) à propos de Monimos, disciple de Diogène le Cynique et de Cratès.

[NDL : sur l'opinion, voir infra XII, 22]

 

16

[…]

Or la fin des êtres raisonnables, c'est d'obéir à la raison et à la loi de la plus auguste des cités et des républiques.

 

17

[…]

Qu'est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose, la philosophie. Et celle-ci consiste à veiller sur le Génie intérieur […].

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

III

6

[…]

S'il ne t'apparaît rien de supérieur au Génie qui a établi sa demeure en toi […], qui s'est arraché, comme disait Socrate *, aux passions sensuelles […], ne laisse place en toi à aucun autre soin [...]. Il n'est pas permis, en effet, d'opposer au bien selon la raison et la cité quoi que ce soit d'étranger à sa nature, par exemple : l'approbation de la foule, le pouvoir, les richesses, les jouissances des plaisirs.

* Phédon, 63 e sq.

 

IV

1

Le maître intérieur, quand il se conforme à la nature, prend en face des événements une attitude telle qu'il puisse toujours la modifier sans peine, selon qu'il lui est donné.

[NDL : le culte de la nature s'exerce dans le monde et en l'homme > Tout s'accomplit selon la nature universelle – VI, 9]

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

V

23

Considère fréquemment la rapidité avec laquelle les êtres et les événements passent et disparaissent. La substance est, comme un fleuve, en perpétuel écoulement […].

[NDL : Héraclite - On ne saurait entrer deux fois dans le même fleuve.]

 

27

Συζῆν θεοῖς. Συζῇ δὲ θεοῖς ὁ συνεχῶς δεικνὺς αὐτοῖς τὴν ἑαυτοῦ ψυχὴν ἀρεσκομένην μὲν τοῖς ἀπονεμομένοις, ποιοῦσαν δὲ ὅσα βούλεται ὁ δαίμων, ὃν ἑκάστῳ προστάτην καὶ ἡγεμόνα ὁ Ζεὺς ἔδωκεν, ἀπόσπασμα ἑαυτοῦ. Οὗτος δέ ἐστιν ὁ ἑκάστου νοῦς καὶ λόγος.

 

Vivre avec les Dieux. Il vit avec les Dieux, celuis qui leur montre constamment une âme satisfaite du lot qui lui est attribué et faisant toutes les volontés du Génie que Zeus a donné à chacun comme maître et comme guide, parcelle détachée de lui-même. Et ce Génie, c'est l'esprit de la raison de chacun.

 

[NDL : y aurait-il une contradiction entre la volonté qui affranchit des servitudes du monde (Traverse la vie libre de contrainte - VII, 68) et la soumission au maître donné ? Selon Marc Aurèle, le maître est donné par Dieu qui ne permet pas l'erreur.]

 

Les Pensées sont répétitives. Une certaine monotonie ?

 

VI

6

Une excellente manière de se défendre d'eux, c'est d'éviter de leur ressembler.

[NDL : eux, ce sont les objets du désir > voir infra IX, 33]

 

VII

61

L'art de vivre ressemble plutôt à la lutte qu'à la danse en ce qu'il faut toujours se tenir en garde et d'aplomb contre les coups qui fondent sur vous à l'improviste.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

VIII

9

Que personne ne t'entende plus te plaindre de la vie qu'on mène à la cour ! Et que tu ne t'entendes plus toi-même t'en plaindre !

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

IX

33

Tous les objets que tu vois périront en un rien de temps et ceux qui les auront vu périr périront eux-mêmes en un rien de temps.

 

XI

10

Aucune nature n'est inférieure à l'art, car les arts ne consistent qu'en l'imitation de la nature.

[Tout s'accomplit selon la nature universelle - VI, 9]

 

XII

13

Qu'il est ridicule et étrange l'homme qui s'étonne de quoi que ce soit qui arrive dans la vie.

 

22

Que tout n'est qu'opinion et que l'opinion dépend de toi.

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

Un peu de musique restituée ? Marc Aurèle écoutait peut-être cet air martelé et lancinant comme son discours.

 

Synaulia, Synphoniaci, in La musica dell'antica Roma

Marc Aurèle, Pensées pour moi-même – la flamme de la lampe *

2016, année grecque, avec Cryssilda et Yueyin !

 

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21 décembre 2015 1 21 /12 /décembre /2015 01:15
Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Karl Marx, Le Capital 1, adapt. en manga : Studio Variety Artworks, trad. : Florent Georges, préface d'Olivier Besancenot, Soleil Manga, 2011

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

John Jabez Edwin Mayall, Karl Marx, 1875

 

« Voyez une souris qui ne peut s'échapper de la roue dans laquelle elle tourne, sans cesse. Le problème, ce n'est pas la souris, c'est la roue. »

Ken Loach – cité par Olivier Besancenot dans sa préface.

Ce qui est ici démonté pièce par pièce, c'est la roue.

Préface.

 

A partir d'une étude minutieuse et obsédante, comme il l'écrivit lui-même, de la grande crise de 1857, Marx élabora sa propre théorie de la plus-value. Il démontra que l'exploitation salariale (qui sépare le travailleur qui vend sa force de travail manuel ou intellectuel de ses moyens de production) est la source d'accroissement du capital.

[…]

Marx parvint à déceler le moment précis où la plus-value est créée. Ce n'est pas sur les machines ou les matières premières, mais sur la force de travail.

Préface.

 

Le travailleur est moitié moins payé que ne le vaut son travail. Le bourgeois (celui qui détient les moyens de production) met cet impayé à son profit.

L'argent étant devenu une fin en soi (et non plus un simple objet d'échange entre un marchand et un client), le capitaliste se lance dans une course folle (une schizophrénie économique et financière) pour produire toujours plus en rémunérant toujours moins. Les travailleurs n'ont alors plus les moyens d'acquérir les produits qu'ils fabriquent. Il s'ensuit une crise, une faillite généralisée dont l'Etat-Patron n'est pas épargné.

La surproduction génère une crise de l'invendu dont le patron ne peut se sortir que par une grève – on liquide le surplus et on ne paie plus la main-d'œuvre.

[NDL : on se rappelle la longue grève de la Rhodiaceta en 1967 et celle, générale, en mai 68 – il sera répondu aux questions en commentaire]

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Nous achetons leur force de travail.

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Nous achetons une marchandise très particulière : la force de travail de nos ouvriers !

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Les travailleurs se prostituent, les bourgeois se font proxénètes.

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

L'argent-roi.

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Réveillez-vous !

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Karl Marx, Le Capital 2, adapt. en manga : Studio Variety Artworks, trad. : Florent Georges, Soleil Manga, 2011

 

Le second volume reprend et développe les concepts présentés dans le premier. Il s'agit de définir les mécanismes (la mécanique) du capitalisme : la plus-value, la recherche du profit et la surproduction, les contradictions du capitalisme, les banques et la suraccumulation, les crises du capitalisme.

Karl Marx, Le Capital – Réveillez-vous !

Karl Marx et Friedrich Engels, Le Manifeste du parti communiste, adapt. en manga : Studio Variety Artworks, trad. : Florent Georges, Soleil Manga, 2012

 

Le Manifeste du parti communiste remet en mémoire les concepts de bourgeois et de prolétaires.

« Par bourgeoisie, on entend la classe des capitalistes modernes, qui possèdent les moyens de la production sociale et emploient du travail salarié ; par prolétariat, la classe des travailleurs salariés modernes qui, ne possédant pas en propre leurs moyens de production, sont réduits à vendre leur force de travail pour vivre. »

Le communisme selon Marx est proche du projet libertaire gaulliste.

 

Charles Reisner, The Big Store, 1941

 

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17 juillet 2015 5 17 /07 /juillet /2015 00:15
Jean Starobinski, Miquel Barceló, Interrogatoire du masque

Jean Starobinski, Miquel Barceló, Interrogatoire du masque, Éditions Galilée, 2015

Jean Starobinski, Miquel Barceló, Interrogatoire du masque

Jean Starobinski

Jean Starobinski, Miquel Barceló, Interrogatoire du masque

Miquel Barceló

Jean Starobinski, Miquel Barceló, Interrogatoire du masque

Miquel Barceló, Frontispice

 

L'image figure au seuil de cet essai de Jean Starobinski, Interrogatoire du masque, qui pourrait apparaître comme le dénouement épuré, décanté, de la réflexion menée depuis plus d'un demi-siècle par l'écrivain et essayiste – il a fait du masque, symbole et métaphore du travestissement, du paraître et de l'illusion, l'un des motifs essentiels et récurrents de son travail.

Nathalie Crom, Télérama n° 3414, 20 juin 2015

 

L’être humain est le vivant dont l’existence s’accompagne d’une aptitude à se faire être de façon accrue, à se manifester dans des rôles surajoutés.

Pour soutenir ces rôles, dans la vie comme sur la scène, il fallut des grimages ou des masques, pourvoyeurs de simulation et de dissimulation, producteurs d’une mimique efficace. Les masques furent tantôt des porteurs de souveraineté, et tantôt aussi bien d’infamie ou de ridicule. Pour des sujets dans l’obligation de faire face, ils furent des figures de secours. Ils permirent de faire jouer de concert l’occultation et la manifestation.

Ce recueil de quelques études comporte les pages toutes récentes sur « Les pouvoirs du masque » qui figurèrent en tête du catalogue de l’exposition Masques, Mascarades, Mascarons que le musée du Louvre a offerte au public en 2014.

D’autres textes du présent recueil appartiennent à une époque où mon intérêt se portait sur les ennemis des masques dans la tradition littéraire française. Le texte intitulé « Interrogatoire du masque » est une fantaisie juvénile qui n'a jamais paru à nouveau depuis sa publication en revue datant de 1946.

Jean Starobinski

 

Incipit

 

Le masque, d’immémoriale origine, a été pour les humains un suppléant, un vecteur de puissance, ou, pour qui n’en possédait pas la maîtrise, un redoutable antagoniste. Façonné de main humaine, il est composé de matériaux très divers et de toutes provenances : glaise, bois, herbes ou feuillages, cuir, métaux, coquillages, parfois verre ou miroirs… La présence du masque, si fréquente, et dans de si nombreuses cultures (mais pour nous, Européens, surtout dans le passé gréco-latin), atteste qu’il

est, comme le langage articulé, l’une des manifestations révélatrices de la condition humaine. Puisqu’il couvre, protège et parfois supplante la face, il n’est pas un outil semblable à d’autres. II est une face nouvelle, produite par un agencement de matériaux et parfois d’objets, soutenue par l’espoir d’agir sur ses alentours ou peut-être encore au-delà, par le moyen de signes efficaces, d’une portée supérieure à ceux que le seul visage nu est estimé capable de manifester. Il mène à son terme ce que le tatouage ne fait qu’ébaucher. Son pouvoir est double, car en lui coexistent des possibilités de simulation et de dissimulation, vie et mort, passé ancestral et présence dans le surgissement. Il satisfait un désir d’auxiliaires et de maîtrise, un besoin d’étendre sa domination, que l’être humain est seul à éprouver au même degré parmi les vivants.

 

Il persiste en chacun de nous une région d'enfance où les masques sont puissants. Ils apparaissent entre la nuit et le jour, mais la nuit tombe vite, et tout un champ de foire s'allume pour les recevoir. La grande folie du Carnaval agite ses oripeaux...

 

Un souvenir d'enfance de Jean Starobinski, à Genève, où chaque année en décembre se tient l'Escalade, une fête populaire donnant lieu à des diableries carnavalesques. C'était, dans la nuit hivernale, un moment d'étrangeté, qui a perduré dans ma mémoire, écrit-il.

 

C'est Carnaval, la fête s'allume, les ombres dansent. Le masque assure l'impunité. Un jeu autorisant la figure (le simulacre) du mystère en pleine lumière avant le retour à la nuit.

 

Les temps ont changé. Le Mensonge, ayant pris figure et puissance, ayant armé les peuples de pied en cap, s'est logé au cœur de notre réalité sans réalité.

 

Violence, destruction, angoisse.

 

Les masques tombent, disent les politiciens. Tous les marchés de coquins et de dupes commencent par un : « Parlons franc ! » Carnaval est mort.

 

La parole mensongère peut susciter des images qui s'imposeront sans difficulté par leur vérité d'images, tant qu'elles n'auront pas été supplantées victorieusement par l'image de la vérité.

La vérité elle-même n'est qu'une image tant qu'elle n'est pas avérée.

Jean Starobinski, Miquel Barceló, Interrogatoire du masque

James Ensor, La mort et les masques, huile sur toile, 1897, Musée des Beaux-Arts, Liège – © ville de Liège

 

« Un monde si monstrueusement perdu dans le mensonge est un monde sur qui la mort a prise. »

James Ensor

 

Le réel semble s'être retiré dans les profondeurs de l'absurde, forme sournoise de la mort. La dissimulation tragique masque la vérité insoutenable. Comme un malentendu.

 

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25 juin 2015 4 25 /06 /juin /2015 00:15
Prisons – on enferme, on colmate, on se venge
Prisons – on enferme, on colmate, on se venge
Prisons – on enferme, on colmate, on se venge
Prisons – on enferme, on colmate, on se venge
Prisons – on enferme, on colmate, on se venge
Prisons – on enferme, on colmate, on se venge

Crédits photo : Grégoire Korganow

 

La prison ne remplit pas sa mission. On enferme. On colmate. On se venge.

 

On suit la logique du ressentiment, la culture de la haine de l'autre, une morale de l'esclave selon Friedrich Nietzsche, un procès mimétique selon René Girard.

 

{Cet article ne cite pas suffisamment ses sources} {Référence nécessaire}

 

Cherchez, vous trouverez.

Mt, 7, 7

 

Le code pénal est obsolète, il en reste à la loi du talion, laquelle était un progrès – l'ancienne loi de la vengeance de génération en génération était abolie.

 

La loi du talion.

 

Mais s’il arrive malheur, tu paieras vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, blessure pour blessure, meurtrissure pour meurtrissure.

Exode, 21, 23-25

 

Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. Celui qui frappe à mort un animal le remplacera par un autre, vie pour vie. Si un homme provoque une infirmité chez un de ses compatriotes, on lui fera comme il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent. Telle l’infirmité provoquée, telle l’infirmité subie. Celui qui frappe à mort un animal le remplacera par un autre ; celui qui frappe à mort un homme mourra.

Lévitique, 24, 17-21

 

Les pères ne seront pas mis à mort à la place des fils, les fils ne seront pas mis à mort à la place des pères : chacun sera mis à mort pour son propre péché.

Deutéronome, 24, 16

 

Au-delà du talion.

 

Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur.

Lévitique, 19, 18

 

Ne dis pas : « Il me l’a fait, je le lui ferai : je rendrai à chacun selon ses actes ! »

Proverbes, 24, 29

 

Ô vous qui croyez ! On vous a prescrit le Qiçâç (le talion) au sujet des tués : homme libre pour homme libre, esclave pour esclave, femme pour femme. Mais celui à qui son frère aura pardonné de quelque façon doit faire face à une requête convenable et doit payer des dommages de bonne grâce. Ceci est un allègement de la part de votre Seigneur et une miséricorde. Donc, quiconque après cela transgresse (en tuant le meurtrier après avoir obtenu le prix du sang) aura un châtiment douloureux.

Saint Qour'ân, Sourate II, verset 178 – traduction : Cheikh Boureïma Abdou Daouda, Daroussalam, 1999

(un ouvrage précieux que m'a offert mon ami Gaylord, ancien maître de Cashmir, chien guide d'aveugle)

 

Le code pénal.

 

Article 312-1

Modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 - art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002

L'extorsion est le fait d'obtenir par violence, menace de violences ou contrainte soit une signature, un engagement ou une renonciation, soit la révélation d'un secret, soit la remise de fonds, de valeurs ou d'un bien quelconque.

 

Exemple : un commis-voyageur vient vous fourguer un contrat d'assurance vie, alors que vous ne pouvez pas déchiffrer les termes de l'engagement.

 

L'extorsion est punie de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende.

 

Article 221-1

Le fait de donner volontairement la mort à autrui constitue un meurtre.

 

Exemple : un artiste étrangle sa belle-mère qui l'étouffait.

 

Il est puni de trente ans de réclusion criminelle.

 

Après sept ans de réflexion, le commis-voyageur a peaufiné sa tactique. Il a eu de bonnes fréquentations en prison. Il est libéré, il se fait dealer de haut vol, un commerce mieux qu'un autre.

 

Le gendre reprend son souffle. Avant même sa première heure de garde à vue, il a pris conscience de sa bêtise. Il ne présente aucun danger public, il n'avait qu'une seule belle-mère.

On ne va peut-être pas le relâcher aussitôt, mais on verra bientôt qu'il est inoffensif, bien avant trente années d'enfermement.

 

Qui vole un œuf... Huit jours. A la sortie, l'affamé vole une douzaine d’œufs, et la poule avec.

 

Qui vole un bœuf... Le commis agricole enviait son patron, il voulait s'établir à son compte, avec son bœuf. Il comprend immédiatement son erreur, son patron le gardait au chaud pour en faire son associé, il a été impatient et il s'en repent, sans risque de récidive.

 

On enferme pour cause ou close de sécurité, ou par vengeance ?

 

Les conditions de vie en prison sont intolérables.

 

On se suicide.

 

Le Ministère de la Justice recrute et forme des surveillants pénitentiaires. La prison change, changez-la avec nous.

 

Le Ministère de la Justice recrute et forme des surveillants pénitentiaires.

 

Erik Silance, Gardiens de prison, documentaire, Belgique, 2009 – Coproduction : Zebra Images, RTL-TVI, BeTV, Prix de la presse Dexia 2009

A 26' 53" : Parfois, certains sortent pires qu'ils ne sont rentrés.

 

La prison de Fleury-Mérogis filmée par des détenus.

Prisons – on enferme, on colmate, on se venge

Éduquer, rééduquer ? Former à un travail ? Conduire à une vie sociale ? Oui, mais pas en donnant à fabriquer des lampions !

 

La prison ne remplit pas sa mission. On enferme. On colmate. On se venge.

 

Les conditions de vie en prison sont intolérables.

 

Dans les prisons de Nantes, traditionnel, int. Charles Marchand, 1925

 

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15 juin 2015 1 15 /06 /juin /2015 00:15
Le Sud du Fleuve

 

Ballade du Henan, traditionnel, Yu Hongmei, erhu, 2012

Le Henan (河南, hénán en pinyin, « au sud du fleuve »), une province du centre-est de la Chine, est un des berceaux de la civilisation chinoise.

 

Un moine demanda à maître Feng hsueh : « Si parole et silence sont tous deux irrecevables, comment passer outre ? »


Feng hsueh répondit : « Je me rappelle encore le Sud du Fleuve au troisième mois, le cri des perdrix et le parfum de cent fleurs. »


Feng-hsueh Yen-chao – Fuketsu Ensho, maître Rinzai, 896-973.

 

[Cet article a été le premier publié sur Libellus. Il a été enrichi pour tenter de publier un premier article sur un Libellus/WordPress. Ah ! La tentation ! Dans sa forme présente, cette page ne peut être publiée sur WP, malgré une obole de 26 euros encaissée – on vous propose de miser 99 euros de plus, sans vous annoncer ce que vous aurez en échange.]

[[OverBlog est nul, le nouvel OverBlog, mais il n'arrive pas encore à la cheville de WP pour un abonné un peu exigeant.]]

 

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3 juin 2015 3 03 /06 /juin /2015 00:15
René Radouant, Grammaire française

René Radouant, Grammaire française, Hachette, 1922

 

 

Lisons.

 

Accord du participe passé conjugué avec être.

 

Le participe passé conjugué avec être s'accorde avec le sujet, puisqu'il en est l'attribut.

La maison fut détruite (passif). La foudre est tombée (intransitif).

En vertu de ce principe, les participes de tous les verbes pronominaux, puisqu'ils sont conjugués avec être, devraient s'accorder, non pas avec leur complément, puisque beaucoup n'en ont pas, mais avec leur sujet.

Ils se sont évanouis. Ils se sont doutés de leur erreur.

Tel était au reste l'ancien usage :

Ils se sont donnés l'un à l'autre une promesse de mariage. (Molière)

Aujourd'hui, les choses se passent comme si tous s'accordaient avec le sujet, excepté ceux-là seuls dans lesquels le pronom réfléchi joue le rôle de complément indirect ou circonstanciel. On les reconnaît à ce que, si l'on substitue l'auxiliaire avoir à l'auxiliaire être et si l'on pose la question du complément, on obtient la réponse : à lui, à elle, à eux.

Ils se sont nui. Ils se sont succédé. (Ils ont nui, ont succédé à eux.)

 

Reprenez une aspirine, ce n'est pas fini.

 

Ils se sont frayé un chemin. (Ils ont frayé un chemin à eux.)

Dans ce cas il reste encore à voir s'il n'y a pas avant le verbe un complément d'objet direct exprimé. S'il y en a un [NDL : le traître !], l'accord se fait avec lui, suivant la règle ordinaire.

Elle s'est imposé la peine de venir (le compl. d'objet direct, peine, suit le verbe).

Je sais les peines qu'elle s'est imposées (le compl. d'objet direct, qu', précède le verbe).

Il faut mentionner à part des verbes comme se rire, se plaire, dont il n'est pas possible de dire pourquoi ils ne varient pas, alors que s'apercevoir, s'aviser, se prévaloir, se taire, etc... sont variables.

Ils se sont ri de nos menaces.

 

Vous reprendrez bien une larmichette ?

René Radouant, Grammaire française

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21 octobre 2014 2 21 /10 /octobre /2014 00:09
Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Camile Belliard, Le Bois de la Croix, L'Amitié par le livre, 1948 – Bois de Tilmans

Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Camille Belliard est né en 1899 à Beuzeville-au-Pin, près de Sainte-Mère-Église, dans une famille d'ouvriers agricoles.

A l’école primaire supérieure de Carentan, il apprend la poésie auprès du directeur, et à Blosville, le curé lui enseigne la philosophie. Son instituteur l’encourage à entrer dans l’enseignement.

En 1915, après l’École Normale de Saint-Lô, il est nommé instituteur à Villedieu-les-Poêles. Sanctionné pour avoir écrit une brochure pacifiste, il est muté en Champagne-Ardenne. En 1921, il revient dans la Manche, il se marie avec Louise Lefillâtre, enseignante également : ils auront trois enfants.

En 1924, il publie son premier essai philosophique, Le Bois de la Croix.

En 1930, il fonde « L’Amitié par le Livre », une maison d'édition bien reconnue, en particulier chez les enseignants.

En 1943, il s’installe à Blainville-sur-Mer. Puis, au lendemain de la guerre, en 1946, l’administration lui confie la direction du nouveau « Centre de rééducation de Tatihou ». Il y met en pratique pendant huit ans sa pensée. Il y compose Les cahiers de l’île.

En 1947, il crée « La pensée libre ».

En 1954, il prend sa retraite d’enseignant, et se retire dans la maison familiale de Blainville-sur-Mer.

En 1960, il est aux origines de l’Association de l’Enfance et de l’Adolescence Inadaptées de la Manche, en continuant son travail d'écriture.

 

Ce philosophe à la plume poétique était un an-archiste en recherche de Dieu : Le Bois de la Croix en fait foi.

 

Psaume 22 (23), Le Seigneur est mon berger, in album : Suzanne Haïk-Vantoura, La musique de la bible révélée – Adolphe Attia, ténor ; harpe celtique, Martine Géliot, Harmonia Mundi, 2000

Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Bois de Tilmans, et typographie à l'ancienne, à la main

 

« CES paroles ne s'adressent point

aux savants ni aux philosophes.

Mais aux hommes que sont ces

savants et à leur cœur. »

 

« VOUS les îlots d'amour dans cette mer de suffisance et de perversion.

Vous les assoifés de vérité, les douloureux du

désir de connaître et d'aimer.

[…]

Joignez à notre mal d'aimer votre

mal d'aimer et qu'il devienne

fécond de la fraternité.

[…]

Ils ont un esprit et ne

connaissent point.

[…]

Les voici semblables à la brutalité

des bielles et aux courroies des

usines. »

Camile Belliard, Le Bois de la Croix – le mouvement de l'eau

Charlie Chaplin, Les Temps modernes, 1936

 

« TES savants construisent des

canons et préparent de la poudre. »

 

« L'ARTISTE sculpte dans la pierre ou dans le bois l'image qu'il a en son esprit de l’œuvre qu'il doit accomplir. Mais après qu'il en a fixé les grands traits, l'image de son esprit se modifie selon les lois de la matière que ses mains travaillent. »

 

« LE mouvement de l'eau est d'aller de la mer à la terre et par la terre de retourner à la terre. »

 

A rapprocher de la parole de l'ermite :

 

« Comment concevoir que l'irréversibilité de cet ordre impérieux qu'est le temps puisse être rompue ? C'est ici qu'interviennent les Vides médians inhérents à la Voie. Eux-mêmes Souffles, ils impriment à la Voie son rythme, sa respiration et lui permettent surtout d'opérer la mutation des choses et son retour vers l'Origine, source même du Souffle primordial. Pour le fleuve, les Vides médians se présentent sous forme de nuages. Étant de la Voie, le fleuve, comme il se doit, participe aussi bien de l'ordre terrestre que de l'ordre céleste. Son eau s'évapore, se condense en nuage, lequel retombe en pluie pour l'alimenter. Par ce mouvement en cercle vertical, le fleuve, assurant la liaison entre terre et ciel, rompt la fatalité de son propre cours forcené. De même, à ses deux extrémités, il imprime la même sorte de cercle entre mer et montagne, yin et yang. Ces deux entités, grâce au fleuve, entrent dans le processus du devenir réciproque : la mer s'évaporant dans le ciel et retombant en pluie sur la montagne, laquelle active sans cesse la source. Le terme rejoint par là le germe. »

François Cheng, Le dit de Tianyi, 1998

 

En une prose poétique, le prophète annonce la bonne nouvelle aux foules.

 

Camille Belliard vivait comme il écrivait : accueillant, généreux, amoureux de la connaissance.

 

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 23:01
Jean Nocher, Hitler est vivant – Nous remettrons ce monde à l'endroit

Jean Nocher, Hitler est vivant, Le pamphlet atomique n° 5, 15 septembre-15 octobre 1947 – écrit à Paris, 15-18 août 1947, Illustrations de Colette Canty

Jean Nocher, Hitler est vivant – Nous remettrons ce monde à l'endroit
Jean Nocher, Hitler est vivant – Nous remettrons ce monde à l'endroit

Hitler est vivant : telle est la révélation que je vous apporte aujourd'hui.

Depuis plus de deux ans, l'Intelligence Service britannique, l'O.S.S. Américain, le 2e Bureau français et la Section allemande du N.K.V.D. Russe se sont livrés à des investigations gigantesques pour « résoudre l'énigme », comme disent nos reporters spécialisés dans les grands crimes et dans les petites fautes de langage...

[…]

La vérité est qu'Hitler est vivant – et en pleine santé : j'en apporte ici la preuve décisive, et je nommerai les pays où le Führer de toutes les Allemagnes se promène en liberté, à la barbe des hommes et des femmes qui ont souffert dans leurs amours et dans leur chair pour abattre le monstre. Hitler est non seulement en vie, mais il est présent dans les pensées et dans les actes des nouveaux maîtres du monde […].

Je vais prouver qu'Hitler est le premier acteur du drame terrible dont nous sommes les futures victimes, et je démontrerai que ce génie du mal a déjà presque réalisé son rêve de fou, qu'il assiste avec insolence à de nombreux conseils internationaux, qu'il a introduit ses hommes dans presque tous les gouvernements, et que s'il a peut-être perdu la bataille d'Allemagne, il a sans doute déjà gagné la guerre – la guerre mondiale, la guerre qui vient.

Je vous dirai où se cache Hitler, je vous mènerai jusqu'à lui ; et je vous inviterai à lui donner enfin le dernier coup : le coup de grâce...

Mais d'abord : a-t-il perdu la bataille d'Allemagne ?

 

Entre 1933 et 1947, l’Allemagne a grandi en population de 67 à 75 millions d'habitants – alors que plus de vingt millions de personnes ont disparu du seul fait de la guerre, sa puissance industrielle a considérablement augmenté. Son armée s'est reconstituée sous l'égide de Yalta * et de Staline.

* [note de Jean Nocher] c'est en revenant de Yalta que Roosevelt prétendit siffler le Général de Gaulle comme un subordonné pour lui signifier après coup les décisions prises sans la France...

 

Qu'on ne nous raconte pas d'histoires en voulant refaire l'Histoire : Allemands nazis ou Allemands cocos, ils resteront toujours les boches que nous avons connus à Oradour, dans le Vercors, à Buchenwald ou à Staraïa-Russia. Le gris-vert de l'uniforme et le rouge sang de la faucille se mêleront harmonieusement pour reconstituer le brun de l'ancienne chemise d'Hitler, qui est la livrée-maison de l'Allemagne éternelle.

 

Le rêve d'Hitler est devenu réalité des rives de l'Europe jusqu'à Vladivostok.

 

Je demande ici à tous les camarades qui fondèrent avec nous, jadis, le Comité antifaciste d'Amsterdam-Pleyel, […] le Secours Rouge [...], à tous ceux qui combattirent avec Borodine [...], à tous ceux qui s'envolèrent avec la Brigade Malraux pour que ne meure pas la Liberté en Espagne, à tous nos camarades F.T.P. [de garder] notre fidélité à l'Homme : ce n'est pas nous qui avons trahi nos premières amours.

[...]

Nous sommes les derniers hommes libres d'Europe.

 

Le monstre s'est camouflé.

 

Nous somme écœurés des horreurs, des haines, des tortures, des charniers, de ces mares de honte et de sang où baignent encore nos maisons écrasées. Nous sommes las de voir tomber les meilleurs, et nous voudrions tant voir grandir nos fils dans la vie simple et tranquille...

Voilà pourquoi, amis, nous vous appelons à la croisade contre le nouvel Antéchrist. La peste brune ronge cette terre promise à notre lumière. Désintoxiquez-vous, braves gens ! Vous savez à présent où est le mal : Hitler est en vous. Je vous avais promis de vous mener à lui : je vous ramène finalement à vous-même – à votre libre-arbitre.

 

Qui, aujourd'hui, régit le Bestiarium ? Qui gouverne la société humaine, la finance, l'industrie, l'armement ?

 

L'Histoire peut se répéter en s'inversant.

 

On se souvient qu'en temps d'Occupation, les Collaborateurs sont à l’œuvre.

 

Nous en sommes là, et notre civilisation occidentale doit savoir si elle va s'incliner devant les diktats de ceux dont l'éthique se résume en un mot : « réussir ».

[...]

Nous remettrons ce monde à l'endroit en remettant l'Homme debout.

 

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